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lendemain seulement (25 septembre), les appelants se demandèrent s'il n'y avait point quelque pièce émanant de Glocester et pouvant, à défaut de sa personne, figurer au procès. Ils vinrent donc au parlement, et requirent la production de tout acte de ce genre relatif à l'appel ou à l'un des appelés, si quelqu'un en était consigné aux registres. Sur cette requête, le roi ordonna que Ton produisît un rapport de W. Rickhill, un des juges du banc du roi, envoyé par commission le 17 août passé, pour interroger Glocester, Or, on y trouvait une chose de la plus haute importance.
C'est une déclaration de Glocester lui-même, en date du 8 septembre, où l'accusé fait l'aveu des torts dont il se reconnaît coupable, afin de les réduire et de rejeter du même coup ceux qu'on lui voudrait imputer au delà. Il reconnaît qu'il a concouru au statut de 1 386 et à la nomination du conseil, acte par lequel il a restreint la liberté du roi et mis la main sur son autorité, sans toutefois qu'il ait eu conscience d'attenter par là à la royauté : il en a demandé pardon au roi, et il l'a obtenu. S*il est venu en armes devant le roi, c'est par crainte pour sa vie : mais il avoue qu'il a fait mal, et demande grâce. Mêmes aveux, même demande de pardon pour les lettres des messagers du roi, ouvertes sans sa permission, et pour des paroles irrespectueuses adressées au roi en présence d'autres personnes. A-t-il, avec d'autres, demandé à des gens d'église si, pour sauver leur vie, ils pou-
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valent renoncer à leur hon^mage? il n'en a pas bien nettement souvenir. Quant au projet de déposer Richard, il reconnaît qu'il a bien donné consentement à le faire pour deux ou trois jours, mais il voulait ensuite lui rendre son hommage et le rétablir en tout pouvoir : entreprise déloyale, il le confesse, et en demande humblement pardon au roi. Mais pour toutes les choses qu'on pourrait l'accuser d'avoir sues ou connues, ordonnées ou agréées contre la volonté du roi, depuis le jour où il lui prêta serment à Langley (en l'an xi, 1387-1388), il affirme, sur le corps du Seigneur, qu'il en est innocent. Dans les cas mêmes dont il a fait l'aveu à W. Rickhill, et où il reconnaît qu'il a offensé le roi, il ne voulait pourtant agir que pour le plus grand bien de son État et de sa personne. Il l'atteste, comme il en doit répondre devant Dieu au jour du Jugement. C'est pourquoi il prie le roi, son souverain seigneur, de le prendre à merci : se remettant à sa volonté, vie, corps et biens, aussi humblement que peut faire une créature à son souverain maître; le priant par Celui qui a souffert sur la croix pour tous les hommes, par la compassion qu'il montra à sa mère, et la pitié qu'il eut de Marie- Madeleine, d'avoir compassion et pitié de lui, et de le prendre en miséricorde, quoique indigne.
Après la lecture de cette déclaration, qui, en bien ou en mal, ne pouvait plus avoir d'effet, Rickhill reçut Tordre du roi de faire connaître comment elle avait été recueillie. Il dit qu'il était venu un malin
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trouver Glocester au château de Calais et lui avait présenté sa commission, l'invitant à lui donner par écrit ce qu'il avait à dire. Il l'avait laissé alors ; et, quand il revint le soir, le duc lui donna lecture de sa confession et la lui remit écrite de sa propre main. {( N'avez-vous rien à ajouter (lui avait dit le juge) pour la satisfaction du roi et l'entière manifestation de la vérité? — Jai, reprit Glocester, omis une chose qui me revient en mémoire : c'est qu'autrefois j'ai dit au roi que s'il voulait être roi, il ne devait point prier pour sauver Simon Burley de la mort. Je désire que vous le répétiez au roi (a). «
Il y avait un autre rapport que Ton devait attendre avec plus d'impatience : c'est celui du comte maréchal sur la mort de son prisonnier. De celui-là pas un mot; et sans doute on ne prit pas la peine de le lui faire écrire. Mais ce silence autorisait toutes les suppositions. Nul doute que cette mort n'ait été violente. Le roi en a-t-il donné l'ordre, ou fut-il prévenu par le zèle de serviteurs peu scrupuleux? Le comte maréchal était assez compromis dans les anciennes machinations de Glocester, les seules qu'on évoquât, pour tâcher de faire oublier son passé à force de services. Mais si lui-même ne fut qu'un instrument, le jeune roi n'a peut-être pas été le seul qui l'ait fait agir. Si l'on on croit le Religieux de Saint-Denys, ce fut le parlement qui, craignant la puissance de Glocester, opina qu'il ne fallait point le faire périr d'une mort vulgaire, et ce fut sur cet avis que le roi le fit
étrangler à Calais \ Sans y faire intervenir le parlement en séance et en corps, il est moins interdit de croire que les principaux dans une délibération secrète purent donner au roi ce funeste conseil. On put lui dire que le crime était constant et le châtiment mérité; qu'en cet état de choses, devancer le jugement c'était épargner à Glocester l'infamie du supplice. N'y a-t-il dans l'histoire aucun exemple de ces exécutions, suicides ou assassinats, qui, pour sauver l'honneur d'une famille ou d'un corps , ont prévenu le cours de la justice? La chose ainsi conduite répugnerait moins à l'idée qu'on a pu se faire du caractère de Richard, et ne serait pas inconciliable avec ce que l'on sait de ce parlement. On comprendrait alors qu'il eût eu ses raisons pour procéder sans autre enquête, dès la nouvelle de la mort de Glocester, à la condamnation de sa mémoire.
Quoi qu'il en soit, le roi seul en dut répondre devant le public. Le bruit courut que, par son ordre, le comte maréchal avait fait étouffer Glocester; etFroissart en fait un récit qui, sans nommer personne, accuse suffisamment l'un et l'autre. Il dit qu'au moment où le duc se mettait à table, quatre hommes se jetèrent sur lui tout à coup, lui enveloppèrent la tête d'un drap et l'étranglèrent; puis lui ôtant ses vête-
1. « Nonnulli verentes auctoritatcm ducis Gloeesti'iœ, non censuerunteum morte vuljj^aripuniendum. Hac de causa eum rex apud Galesium mi^it, ubi, ut publiée ferebatur, clandestine slrangulalus interiit. » (Uelig. de Saint-Denys, XVIII, 5.)
menls, le couchèrent dans son lit et Vinrent dire qu'il était mort d'apoplexie. Mais il y a un document d'une autre sorte^ qui implique bien plus directement dans le crime et le comte maréchal et le roi lui-même.
Au début du règne suivant, on amena devant le parlement un certain John Halle, ancien domestique du comte maréchal devenu duc de Norfolk, et on donna lecture d'une déclaration qu'il avait faite devant le clerc de la couronne, en présence du nouveau connétable d'Angleterre. Selon ce qu'il déposa, le lord maréchal le venant prendre au lit, l'avait forcé sous peine de mort à l'assister dans l'exécution du duc de Glocester. Il l'avait conduit avec un de ses écuyers à l'église Notre-Dame, où se trouvaient sept autres personnes : quatre de la maison du comte, William Série, valet du roi; François, valet du comte de Rutland, et un autre, attaché au même seigneur. On dit à John Halle qu'ils y étaient venus s'obliger au secret, et on lui fit prêter le même serment. Puis le comte les mena à un hôtel nommé « l'auberge du Prince; » et peu après, plusieurs écuyers du gouverneur y amenèrent Glocester et le remirent aux mains du valet du roi et de celui du comte de Rutland. « Comment se porte monseigneur? dit Glocester au premier. — Fort bien, et il vous salue. » Et tous les deux, emmenant le duc dans une chambre retirée, lui déclarèrent, par ordre du roi, qu'il devait mourir. « Si c'est la volonté de
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monseigneur, dit-il , qu'elle soit la bienvenue. » On lui offrit de faire venir un prêtre. Il se confessa; puis les deux valets le firent coucher sur un lit et l'étouffèrent sous un matelas, en présence du reste de la troupe, les uns tenant les côtés, d'autres étant à genoux, pleurant et priant^ et J. Halle, qui dépose, gardant la porte. Après quoi, le comte maréchal vint s'assurer qu'il était bien mort, et s'en alla disant : « Bien habile serait qui maintenant le ferait vivre (a). »
Rien ne manque au récit, ni la précision des détails, ni la compétence de l'auteur: c'est un témoin qui s'accuse. Mais ce témoignage se produi sit-il dans des conditions qui dissipent tous les doutes? Sur cette déclaration, sans plus d'enquête, sans qu'on prît la peine de confronter Taccusé avec ceux qu'il impliquait à des titres divers dans le crime, il fut amené devant le parlement, condamné et exécuté le jour même. Eût-on agi avec tant de hâte, si l'on n'eût craint qu'il ne rétractât on ne modifiât ses aveux ? La pièce écrite, on ne lui demande rien autre chose; et des sept autres personnes qu'il avait dénoncées, nulle ne fut alors poursuivie. C'était trop dire que, dans toute cette affaire, on avait surtout pour objet de flétrir la mémoire de Richard. Fatal égarement du despotisme! il s'ôte , par sa manière d'agir, le bénéfice de la vérité quand il la pourrait invoquer dans sa cause. Richard pouvait frapper Glocester par le glaive de la loi : il donne le droit de
dire qu'il l'a fait périr par un meurtre. Henri IV aurait pu constater judiciairement les circonstances de ce meurtre : il éteint autant qu*il est en lui la lumière par la mort précipitée du dénonciateur (a).
Le jour même oii l'on communiquait au parlement le rapport de W. Rickhill et la déclaration de Glocester (25 septembre), les communes reprirent l'affaire de l'archevêque de Canterbury, et demandèrent au roi d'en faire justice. L'archevêque n'avait pas essayé de faire tête à l'orage amassé contre lui, ni de braver le coup qui avait frappé son frère. Le roi dit que le prélat, devant plusieurs seigneurs, lui avait confessé la part qu'il avait prise à la commission de l'an x, et s'en était remis à sa merci. Là-dessus les lords prononcèrent que les actes avoués par Tarchevêque constituaient le crime de trahison. Ils le déclarèrent traître et le condamnèrent au bannissement, à la saisie de son temporel et à la confiscation de ses biens et de ses châteaux. Le roi, laissé maître de fixer le moment de son exil, lui donna un délai de six semaines à partir de la Saint-Michel; et le pape (singulières représailles!) pour lui ôter son siège, fit, à la prière du roi, ce qu'il avait fait sur la requête du parti de Glocester^ à l'ancien archevêque d'York, quand il s'était agi de donner ce siège à Thomas Arundel lui-même, alors évêque d'Ély : il le nomma archevêque de Saint- André en Ecosse, in partibus infidelium (b) \
Restait Warwick. On l'amena le 28 septembre de-
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vant le parlement. Le duc de Lancastre lui fit connaître sur quels chefs il était accusé de haute trahison. AYarwick n'imita point la constance d'Arundel. il ne chercha même pas dans Tamnistie qui le couvrait, une défense que le droit lui donnait, mais que lui avait retirée à l'avance la résolution de ses juges. Il s'avoua coupable pour avoir partagé les entreprises de Glocester, et dit qu'il s'en remettait à la merci dujroi. On le condamna à mort^ avec confiscation des biens, comme les autres; mais le roi, à la prière des lords temporels et des prélats, lui fit grâce de la vie, et le relégua pour toujours dans l'île de Man, sous la garde de William le Scrop, seigneur de l'île, et d'Etienne le Scrop, qui en devaient répondre corps pour corps. Il y mettait cette condition, digne de toute cette procédure : que si l'on cherchait par quelque moyen à le faire rentrer en faveur, ou s'il tentait de s'échapper, la grâce serait annulée de plein droit et la sentence exécutée (a).
On avait compris dans l'accusation Thomas Mortimer; mais comme il était en Irlande, il s'était enfui dans les montagnes parmi les Irlandais rebelles, où les sergents du roi, chargés de l'arrêter, n'eussent guère trouvé main-forte. Les communes , dès le commencement du procès, demandaient qu'on le condamnât sans plus attendre; mais le roi voulut qu'on rajournât encore par une proclamation. Roger Mortimer, comte de la Marche, lieutenant d'Irlande, et,
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par surcroît de précaution, chacun des \icomies d'Angleterre, reçurent l'ordre de la publier dans toutes les villes de leur ressort. On sommait l'accusé de se rendre en Angleterre dans les trois mois, sous peine d'être déclaré traître et de voir ses terres et ses biens confisqués (a).
Au milieu de ces procès, le parlement avait cru bon de rédiger en statut ce qu'il appliquait par sentence. Il y déclarait que quiconque formerait le dessein de tuer le roi, ou de le déposer, ou de lui retirer son hommage, ou de soulever le peuple et de marcher contre lui, serait jugé comme coupable de haute trahison et frappé dans sa personne et dans ses biens, la confiscation remontant au jour du crime; et il décidait que ce statut atteindrait ceux qui étaient jugés dans ce parlement, comme ceux qui le seraient à l'avenir. Le lendemain de la condamnation de Glocester et avant celle de Warwick, on ordonna que quiconque tenterait d'annuler ou de casser les jugements ou les statuts de ce parlement, seraient réputés traîtres. Pour plus de sûreté, on décida que les prélats et les seigneurs temporels jureraient sur la fierté (la châsse) de saint Edouard de les observer sans malice et sans fraude; que cet engagement solennel serait enregistré à la chancellerie, et que désormais, avant de recevoir son temporel, ou de faire hommage et de prendre livraison de ses terres, tout prélat, tout seigneur prêterait pareil serment ; enfin , pour y donner plus de force encore, que les prélats excommunie-
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raient et frapperaient des censures de l'Église quiconque irait à l'encontre de ces jugements et de ces ordonnances ^
On avait frappé les accusés dans leur personne; on les frappa dans leur race. Sur la requête des communes, leurs héritiers mâles, de père en fils, furent à jamais exclus du parlement et des conseils du roi. Quant à leurs biens, la sentence en avait décidé, et l'on a vu qu'avant comme après la décision des communes, on avait fait remonter le statut qui les atteignait au jour même de l'acte pour lequel ils étaient mis en cause : ce qui annulait les aliénations qu'ils avaient pu faire depuis ce jour-là, sans leur oter la faculté d'acquérir; car le fisc, en reprenant les biens aliénés, voulait garder les biens acquis. Le parlement régla en particulier plusieurs applications de ce principe : les redevances consenties à leur charge depuis le jour de leur trahison furent déclarées nulles; les bénéfices, dont ils avaient la collation et auxquels ils avaient nommé depuis cette môme époque, furent remis entre les mains du roi, à moins que les bénéficiaires n'en eussent obtenu confirmation du prince'.
On avait incriminé le statut de l'an x comme attentant au pouvoir royal ; mais d'autres que Glocester, Arnndel, Warwick et l'archevêque Thomas avaient été membres de ce conseil, et pouvaient craindre