‹ Richard IIChapitre 35 sur 80 · Rot. Pari, t. III, p · texte numérisé non relu

Rot. Pari, t. III, p

d'être poursuivis à ce litre^ un jour ou l'autre. Les communes demandèrent au roi de les tenir pour excusés, tant ceux qui vivaient encore (le duc d'York, Tévêque de Winchester, Richard le Scrop) que ceux qui étaient morts, mais dont les héritiers pouvaient être compromis (W. Courtney, ancien archevêque de Canterbury, Alexandre Nevil, ancien archevêque d'York, l'évêque d'Exeter et l'abbé deWaltham); et le roi les déclara quittes de toute charge, défendant qu'on les inquiétât jamais pour cette cause, et voulant que cette déclaration fût publiée et eût force de statut. Il y avait deux autres hommes bien plus compromis que ceux-là : c'étaient ceux qui, avec Glocester, Arundel et Warwick, avaient été lords appelants en la onzième année de Richard, complices du mouvement de Haringhay-Park et de la plupart des actes de l'Admirable Parlement : Henri de Lancastre, comte de Derby, et Thomas de Mowbray, comte de Nottingham; mais ces deux-là figuraient alors parmi les accusateurs, les bourreaux ou les juges! Les communes invoquant la déclaration du roi en faveur des membres, ci-dessus nommés, du conseil de Fan x, implorèrent une distinction pareille à la décharge des deux comtes. Ils alléguaient qu'ils s'étaient séparés de leurs collègues, lorsqu'ils avaient reconnu la déloyauté de leurs desseins. Le roi^ d'accord avec les communes pour ne point trop approfondir la matière, déclara qu'il était à sa connaissance que Derby et Nottingham avaient fait leur devoir envers lui, qu'ils

avaient rompu avec les rebelles pour se rattacher à sa cause. En conséquence, il voulait qu'on les tînt, eux et ceux de leur compagnie, pour sujets loyaux et fidèles^ et que jamais à l'avenir ils ne fussent recherchés ou molestés à cette occasion (samedi, 22 septembre) : déclaration qui, à la demande des communesy fut aussi convertie en statut, comme on le fit de toutes les ordonnances et de tous les jugements rendus alors (a).

Une chose eût manqué à la honte de ce parlement s'il n'eût reçu le salaire de ses complaisances. Le samedi 29^ fête de la Saint-Michel, Richard déclara que pour fortifier son sceptre, honorer son sang et les personnes qui avaient, par leurs exploits ou leurs services, travaillé à la gloire du roi et du royaume, il les voulait élever en dignité; et, siégeant en sa majesté, la couronne sur la tête, la verge royale à la main, il créa Henri de Lancastre (comte de Derby), duc de Ilereford ; Edouard Plantagenet (comte de Hutland), fils du duc d'York, duc d'Aumarle ; Thomas de HoUand (comte de Kent), son neveu, duc de Surrey; Jean de Holland (comte de Huntingdon), son frère, duc d'Exeter; Thomas de Mowbray (comte de Nottingham, comte-maréchal), duc de Norfolk; Jean de Beaufort (comte de Sommerset), fils naturel de Lancastre, marquis de Dorset; Thomas le Despenser, comte de Glocesler; Raulf do Nevil, comte de Westmoreland ; Thomas Percy, le fondé de pouvoirs du clergé dans les dernières poursuites,

comte de Worcester; et W. le Scrop, chambellan, comte de Wiltshire. Quant aux députés des communes, ils applaudirent à ces élévations comme ils avaient fait aux sentences. Un mot explique leur servilité : « Ils avaient été choisis, dit Otterbourne, non par les communes, selon le droit et l'usage, mais par les shériffs^ agents du roi (a). »

Le parlement fut ajourné à la quinzaine de la Saint-Hilaire; mais avant de se séparer, le lendemain dimanche , une messe fut célébrée en l'église de Westminster, pour l'accomplissement de la cérémonie ordonnée à la requête des communes; et les prélats comme les seigneurs vinrent, l'un après l'autre, devant la châsse de saint Edouard, prêter le serment dont la formule était dressée :

« Vous jurez que bien et loyalement tiendrez et soutiendrez, sans fraude et mal engin, les statuts, ordonnances et jugements faits en ce parlement, sans jamais aller à l'encontre; et que jamais vous ne les rappellerez , révoquerez , casserez ni annulerez , ni jamais souffrirez qu'on les rappelle, révoque, casse ni annule à la vie et à la mort. »

La formule jurée par les lords contenait en outre l'obligation de poursuivre comme traître quiconque tenterait de les enfreindre.

Ce serment prêté, les chevaUers des comtés d'Angleterre, présents au parlement, furent interrogés s'ils voulaient le tenir de même, ils répondirent à haute voix et en levant la main; et Thomas Percv,

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procureur du clergé, s'engagea au nom des prélats pour le point que la formule des évêques ne comportait pas. Alors le roi, les prélats et les seigneurs s'éloignant de la châsse vinrent devant l'autel, et les évêques prononcèrent l'excommunication des contrevenants (a).

Tel fut le procès odieux qui marqua les débuts de Richard dans la tyrannie. Faut-il croire que le prince n'ait songé qu'à tirer vengeance des actes de sa onzième année; qu'une fois revenu au pouvoir, il n'ait fait que ruminer sa haine, ajournant pendant huit ans entiers les représailles? Mais si le sentiment de la vengeance était si fort en lui, jamais il n'avait dû parler plus haut qu'à l'heure où il brisa le joug de Glocester, et pour le satisfaire nul moment n'était plus propice : l'usurpation était flagrante, les esprits mécontents de Glocester revenaient au roi avec empressement; rien ne lui était si aisé que de faire agréer du parlement, non l'amnistie, mais la condamnation de ces crimes. Toute la conduite de Richard, dans ces dernières années, prouve qu'en pardonnant à son oncle, en le rappelant au conseil, en lui donnant tant de marques de déférence et de faveur, il était sincère : il n'eût pas élevé en honneur, en pouvoirs, les anciens partisans de Glocester, s'il eût nourri, au fond de son âme, la pensée de les châtier un jour. Avec les droits qu'il tenait de sa naissance et la légitime influence qu'il avait reconquise dans le parlement comme dans le pays, il ne voulait

ptus qu'une seule chose : l'union de tous les esprits (car cette union faisait sa force), et le développement des destinées de TAngleterre dans la carrière plus vaste et plus heureuse que la paix lui devait ouvrir. Mais cette tendance vers la paix avait réveillé, avec les haines du commun de la nation contre la France^ toute l'ambition de Glocester. Employé par Richard aux négociations de la paix, il s'était appliqué tout entier à les faire échouer, et, le traité conclu, à en tirer parti pour soulever contre le roi le préjugé national, qu'il n'avait point cessé d'aigrir. Ses intrigues allèrent-elles, comme on Ta dit^ jusqu'à la conjuration? Tous les antécédents de Glocester l'en accusent, mais tout son procès l'en absout. Au lieu de mettre ce complot en plein jour, Richard avait trouvé plus aisé^ au sein d'un parlement prêt à lui complaire en toutes choses, de reprendre et de remettre en jugement le passé, malgré l'amnistie dont il l'avait couvert : et par là il a donné, en quelque sorte, le droit de dire qu'il n'avait pas d'autre grief contre Glocester; que toutes les faveurs dont il l'avait comblé depuis lors n'avaient été que de perfides amorces, et que l'arrestation du prince fut un guetapens sans motif; par là il a transformé un acte de justice en un acte de vengeance. Ce procès justement entrepris, peut-être, pour la défense des droits de la couronne^ il l'avait ouvert par un parjure pour le finir par un assassinat ! Ainsi la servilité du parlement a pour premier effet d'imprimer une tache de

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sanor sur la figure jusque-là si belle du jeune prince. Elle en aura d'autres encore : en l'introduisant dans la tyrannie, elle lui ouvre le chemin de rabîme(a).

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