‹ Richard IIChapitre 41 sur 80 · Froissait, IV · texte numérisé non relu

Froissait, IV

avait fait venir et faisait surveiller leurs enfants à sa cour : mais l'héritage de Glocester lui échappait; la popularité dont le prince avait joui de son vivant, et qui n'avait fait que s'accroître par sa mort, passait à celui qui, en luttant contre le lord maréchal, semhlait appelé à tirer de sa mort une première vengeance. Ce redoutable personnage que le roi pensait avoir supprimé de la scène se relevait devant lui dans le fils de Lancastre.

Richard avait des appuis, sans doute. Il pouvait compter sur le dévouement de son frère utérin (Jean de Holland, duc d'Exeter), de son neveu (Thomas, duc de Surrey); et parmi ceux que le sang rapprochait de lui, mais aussi de Glocester, il paraissait avoir le duc d'Aumarle, fils du duc d'York, grâce au titre de connétable, repris en sa faveur de la succession de Glocester, et peut-être à la jalousie du nouveau dignitaire pour son cousin de Derby. Mais Lancastre et York se tenaient à Técart. Ces deux princes qui, du vivant de Glocester, couvraient de leur approbation la politique du roi, irrités de la mort de leur frère, semblaient maintenant revenir à des idées qii'ils ne partageaient point jadis. Le vide se faisait donc autour de Richard, et les faveurs qu'il avait prodiguées ne suffisaient point pour le coml)ler. Nul dévouement n'était plus sûr, nul gage assez fort pour commander la foi, si le comte maréchal, lié à lui par sa complicité dans la mort de Glocester comme par les grâces qui en avaient été la récom-

pense, songeait à prendre ses garanties contre luimême. Ainsi le doute avait pénétré dans l'âme du roi, et s'y était d'autant plus étendu que sa sécurité avait été plus complète. Par un étrange contraste, jamais il ne s'était trouvé moins rassuré que depuis qu'il pouvait tout. Au lendemain de son triomphe, dans cette terreur universelle qu'il inspirait, il avait peur. Il avait doublé sa garde; il l'avait composée d'hommes tirés du comté le plus reculé et le plus sauvage (Chester), comme pour les rendre moins pénétrables à l'esprit qui régnait à Londres et aux alentours*.

C'était donc avec une vive anxiété qu'il attendait le dénoûment d'un combat où peut-être il devait trouver le secret de la situation présente, et voir clairement parmi ces lords, en apparence si dévoués à sa personne, qui était ami ou ennemi. Quelle ne fut pas sa surprise et sa déconvenue, quand des hommes dont il ne pouvait suspecter les sentiments, le duc d'Exeter,son frère, le comte de Salisbury^ l'archevêque d'York, le vinrent détourner de consentir à cette épreuve : « Le peuple, disaient-ils, et notamment les habitants de Londres, murmuraient qu'en ordonnant la bataille le roi avait voulu perdre Derby ; qu'après Glocester il s'attaquait à la branche de Lancastre;

1. Aumarle, cnrinetahle. Il ic'joit un crdre (;n C(!ltc (juulité If 10 septembre 1398; Hymer, t. VIII, j). kk. — Mesures de précau lions, etc. Froissait, IV, 61; cf Hardyng, Chron., cité par Tur ner, t. II, p. 312.

qu'il voulait ainsi détruire toute sa famille : on se disait résolu à ne le point souffrir. » A ces paroles, le roi changea de couleur; il se retira à l'écart, et, s'accoudant sur une fenêtre, il y demeura quelque temps pensif. Quand il revint à ses conseillers ^ il était décidé, et leur déclara qu'il tiendrait compte de leur avis\

Le jour venu (16 septembre 1398), comme les deux adversaires s'étaient rendus à Coventry, où les seigneurs éîaient assemblés pour être témoins de cet émouvant spectacle : au moment qu'ils allaient engager la bataille, le roi déclara qu'il la prenait en main ; et, de l'avis du parlement, c'est-à-dire de la commission qui lui en tenait lieu, il ordonna a que pour la paix et la tranquillité du roi et du royaume, pour prévenir les querelles qui pouvaient éclater soit entre les deux ducs, soit entre leurs amis, le duc de Hereford (Derby) serait banni du royaume pour dix ans, avec obligation de partir avant le 13 octobre prochain, sous peine de trahison. » Quant au duc de Norfolk, « comme il avait confessé à Windsor, le 29 avril dernier, devantleroi, certains points de l'accusation qu'il avait niés le 23 février précédent , et qui pouvaient engendrer le trouble dans le royaume, le roi, voulant punir, selon son devoir de justice, tous auteurs de troubles, quels qu'ils fussent, et en prévenir les occasions , ordonnait qu'il quitterait le

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