Froissart, IV
peuple. Il passa par Calais dont il avait été gouverneur, prit congé des habitants, et, après un court séjour en Flandre, alla en Allemagne, puis à Venise, où il ne tarda point à mourir. Quant à Derb}', trois fois traître déjà, une trahison de plus liii devait ménager une tout autre fortune. Son départ lui pouvait donner comme un avant-goût d'un retour triomphal. Lorsqu'il monta à cheval et quitta Londres, plus de quarante mille hommes et femmes étaient dans les rues, criant et pleurant après lui : « Ah ! gentil comte Derby, disaient-ils, nous laisserez-vous donc? jamais il n'y aura joie ni bien en ce pays tant que vous n'y serez revenu. Mais les jours du retour sont trop longs : c'est par envie et trahison qu'on vous met hors; vous y devriez mieux demeurer que nul autre! » Il y avait déjà toute une révolution en germe dans ces démonstrations de la foule ; les amis de Derby le voyaient bien, mais ce n'était pas l'heure. La présence seule et le silence du vieux Lancastre eût entravé lo mouvement; avec le temps la chose devait mûrir. Le maire de Londres et les principaux de la ville accom- ]>agnèrent Derby jusqu'au delà deDartford, quelquesuns même jusqu'à Douvres et jusqu'au vaisseau qui lemmena à Calais (a).