Froissart, IV, 66 et
2. Mort de Jean de Gand, duc de Lancastre, vers la fête de la Purification (2 février 1399). Wals., p. 375 et Hypodigma Neustriœ, p. 553; le moine d'Rvesham (p. 147), la rapporte aux environs de Noël 1398.
il pouvait effacer encore la fâcheuse impression de son exil, le regagner lui-même peut-être et du moins désarmer son parti. Il n'en fît rien. Derby lui semblait trop à craindre, s'il prenait la place de son père, quand la mort de Roger Mortimer le laissait si près de lui sur les marches du trône : c'était l'appeler à s'y asseoir.
On sut bientôt, en effet, les résolutions violentes prises par le roi. Le 18 mars il réunit le conseil qui remplaçait les communes et les lords, et au nom du parlement, comme on disait, révoqua les lettres patentes que ce même conseil avait accordées à Derby au jour de son exil. Pour qu'il n'y eût pas deux mesures, on fit de même des lettres semblables accordées au duc de Norfolk : les unes et les autres furent déclarées nulles, comme obtenues par surprise et contrairement à la loi. Le sort donc en était jeté; et le roi parut sentir la gravité de la décision qu'il venait de prendre. Le jour oiî il fit cette déclaration fatale, il requit les évêques et les lords de jurer publiquement, sur la croix de Ganterbury, l'observation des statuts et ordonnances faits à Coventry ou ailleurs par l'autorité de ces dix ou douze hommes qu'on appelait le parlement. Les lords, les prélats firent devant la relique le défilé et le serment qu'on avait déjà vus tant de fois. Puis le chancelier invita le peuple présent à lever la main en signe d'adhésion; et toutes les mains se levèrent ; vaine garantie, qui faisait illusion au roi, sans rien diminuer du péril!
Il voulut même donner à cet arrêt comme une sanction de plus. Le conseil qui lui tenait lieu des trois États, se croyait le droit de décider de la vie des citoyens comme des lois du royaume ; et ce jour même il avait condamné comme traître un chevalier accusé, au dernier parlement, de complicité dans l'affaire de Glocester : jugement qui ne fut pas exécuté en ce qui touchait la personne du condamné : il était mort; mais ses biens furent confisqués. Le 23 avril, le roi fit comparaître devant le même tribunal un clerc (Henri Bowet)^ accusé d'avoir suggéré au comte de Derby l'idée de sa pétition, et de l'avoir aidé à obtenir ses lettres patentes de ce conseil même qui jugeait, et du roi. Il fut déclaré traître, et condamné à être traîné sur la claie, pendu, décollé et mis en quartiers; mais , comme il était chapelain du roi, le roi lui fit grâce de la vie : on se borna à l'exiler pour le reste de ses jours (a).
Cette éclatante confiscation excita en Angleterre une émotion générale. Prendre à Derby son héritage, c'était trop dire que le temps de son exil, loin de se réduire, comme on en avait l'espoir, ne finirait pas. En France aussi^ quelque aimé que fût Richard, la nouvelle fut mal accueillie ; « Le roi d'Angleterre, disait-on, montre trop de haine pour le comte de Derby , son cousin germain et le plus grand en Angleterre après lui. Il est pourtant gracieux chevalier, doux, courtois et traitable, et il fait bon le voir et lui parler. Ou le roi d'Angleterre sait de lui
autre chose que nous ne savons, ou il est mal conseillé; et c'est -merveille que le roi de France, son frère et ses oncles n'y mettent attrempance (adoucissement) : car il est tous les jours avec eux, et ils y devraient pourvoir mieux que nul autre; nul ne serait mieux écoulé du roi d'i\ngleterre, pour l'amour de sa femme qui est fille du roi de France. » Le roi de France partageait bien les mêmes sentiments à l'égard de Derby. Il ne renonçait point à l'aider en cette afYaire; il songeait même à se l'attacher de plus près, comptant par là le rapprocher plus sûrement du roi d'Angleterre : il pensait à le marier à la lille du duc de Berri , déjà deux fois veuve, bien qu'âgée de moins de vingt-trois ans. Mais Richard^ instruit de ce projet, envoya le comte de Salisbury en France pour le faire échouer. Charles VI reçut avec grand chagrin ce message. Toutefois, ni lui, ni ses oncles ne voulurent aller contre les intentions de Richard. On supposa que le roi d'Angleterre avait sans doute quelque grande raison secrète; et l'on rompit avec Derby. Le roi lâcha d'adoucir ce qu'il y avait de blessant dans la rupture, en lui disant que le projet n'était qu'ajourné jusqu'au temps où il aurait pris possession du duché de Lancastre. Mais quel espoir de lui faire donner l'investiture de ce duché, après l'acte de Richard et après la démarche qui avait ajouté à la confiscation cette injure nouvelle? On ne putenctTetdissinmler à Derby que l'obstacle au mariage était venu d'Angleterre, et ce nouveau grief
accrut le ressentiment du iils de Lancastre, comme l'indignation du peuple anglaise
La disgrâce du fils de Lancastre l'avait désigné comme chef à tous les mécontents; et d'abord il avait paru se dérober à ce rôle au milieu des distractions et des plaisirs de la cour de France. Mais ces plaisirs étaient comme un voile qui dérobait ses desseins à ses hôtes. Qui eût soupçonné un homme si bien accueilli de Charles VI, de méditer une révolution qui était le renversement de la fille de ce prince et la rupture de tout lien entre la France et l'Angleterre ? Après le coup qu'il avait reçu de l'Angleterre et le refus qu'il avait essuyé de la France, il était tout à la fois plus en butte aux sollicitations des siens et plus porté à agir. Les circonstances étaient singulièrement favorables. Le roi s'en allait en Irlande, au moment où l'Angleterre se montrait plus que jamais irritée. En dehors de son entourage le plus étroit, Richard ne voyait plus personne qui s'intéressât à sa cause. Les barons étaient en défiance : Texil aussi les pouvait atteindre, au bon plaisir du prince, et entraîner la spoliation de leurs enfants. Le roi put avoir un signe de ces dispositions de la noblesse dans un tournoi qu'il donna devant la jeune reine, à Windsor, peu de temps avant son départ : presque personne n'y vint; et l'on ne s'en tenait point à cette opposition muette. Quelques-uns des plus importants