‹ Richard IIChapitre 46 sur 80 · Froissart, IV, 68 et · texte numérisé non relu

Froissart, IV, 68 et

personnages, le comte de Northumberland et son fils Henri Percy ne se taisaient pas sur la conduite du prince : « Notre roi, disaient-ils, se gouverne trop follement et croit mauvais conseil. » On les dénonça; et Ton suggéra au roi un moyen de mettre leur fidélité à l'épreuve : c'était de les convoquer à l'expédition d'Irlande. Les deux seigneurs, prévenus que Richard était instruit de leurs discours, ne vinrent pas^ et ils furent menacés de l'exil. Cette menace, que le roi n'avait plus le temps d'exécuter par lui-même, ne faisait que mettre en péril la frontière de l'Angleterre du côté de l'Ecosse, et préparer dans le nord un redoutable auxiliaire au nouveau duc de Lancastre. Quant au peuple, il n'était pas moins irrité que les grands, et ce mécontentement était plus difficile à atteindre. Si l'on en croit les bruits du temps, recueillis par Froissart, cette tyrannie d'un an à peine avait déjà tourné en anarchie. On disait (disait-on vrai? le despotisme, en voulant étouffer la vérité, provoque au mensonge et le fait croire), on disait que le cours de la justice était partout suspendu ; que le pays était livré au brigandage ; que les marchands n'osaient plus s'aventurer sur les routes; qu'on leur prenait leur argent dans leurs ceintures; qu'on entrait même impunément chez les laboureurs pour leur enlever blé, avoine, bœufs, vaches, porcs et brebis. On se reportait au prédécesseur de Richard, qui devenait le bon Edouard. Rien de semblable n'avait jamais eu lieu sous son règne; nul n'eût été

si hardi que de prendre en Angleterre une poule ni un mouton sans payer. De Richard tout était mal, tout devenait suspect. Le roi, ne pouvant plus guère se fier qu'en ses proches et ses amis les plus dévoués, leur avait remis la garde des places les plus importantes. Nouveau grief : car c'était d'eux que le peuple se défiait le plus. Il avait donné le commandement du château de Calais à W. le Scrop : on disait qu'il l'avait mis là pour livrer la place aux Français et leur rendre ainsi les clefs de la France (a).

Tout marchait donc vers une révolution, et les esprits, pour s'y enhardir, évoquaient les plus sombres souvenirs du passé. A Londres on rappelait Edouard II et les Despenser, sans reculer devant le dénoûment de cet horrible drame, a Nos pères , disaient-ils, ont jadis bien su remédier aux maux de l'Angleterre, et jamais ils n'ont été plus grands qu'aujourd'hui : car si on laisse ce méchant roi Richard de Bordeaux faire ses volontés, il hunnira tout. Il montre bien que le prince de Galles n'est pas son père. Loin de suivre son exemple, il n'a cherché que le repos, les plaisirs et la compagnie des dames, amassant des trésors et ruinant l'Angleterre. Ce vaillant homme, le duc de Glocester, qui y voyait clair et disait que les affaires allaient mal, les traîtres qui entourent le roi l'ont fait périr. Ils ont fait périr Arundel, chassé du royaume Mgr Henri deLancastre, comte Derby. On exile le père^, on déshérite les enfants ; on bannit les chevaliers qui osent parler

raison, comme le comte de Northumberland et son fils. Bientôt il n'y aura plus homme de vaillance en Angleterre. 11 faut mander le comte Derby qui perd son temps en France : Qu'on lui donne le gouvernement de l'Angleterre, et qu'on mette Richard de Bordeaux à la Tour. Quand on aura mis tous ses faits par articles, et qu'on les aura examinés, on verra qu'il n'est pas digne de porter la couronne : « car ses w œuvres le condamneront, qui sont infâmes \ »

Tels étaient, au rapport de Froissart, les murmures du peuple anglais; telle fut la résolution dans laquelle ceux de Londres les traduisirent. On s'occupa, sans plus tarder, de rappeler Henri de Lancastre, et l'ancien archevêque de Ganterbury, Thomas Arundel, eut mission de l'aller chercher. Qu'il ait eu cette mission ou qu'il n'ait pris conseil que de lui-même, il vint de Flandre sous un habit de moine, et fut reçu par le prince hors Paris, au château de Bicêtre. Il ne pouvait point se cacher des Anglais : il dit qu'il venait en pèlerinage, et, prenant Henri à part, il lui exposa l'état des esprits en Angleterre, et le pressa de répondre aux voix qui l'y rappelaient (a).

Henri savait dissimuler, même avec ses plus dévoués partisans. U écouta l'archevêque en silence, et quand il eut lini de parler, il demeura quelque temps encore sans lien dire, accoudé à la fenêtre et comme plongé dans ses réilcxions. Enfin il lui dit :

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