‹ Richard IIChapitre 49 sur 80 · Mss 388^, l'ol. 126-U · texte numérisé non relu

Mss 388^, l'ol. 126-U

2. Lettres lues aux bourgeois^ ibid.^ fol. 127. Le manuscrit publié par Biichon ne reproduit ni les lettres ni rien de cette scène, mais l'éditeur les a données en variantes, t. XV, p. 66. — Uarchevéqae de Canttrbury Creton, ap. Huchoii, t. XIV, p. 3^*0.

eu i];ar(lo de dire tout haut jusqu'où il le voulait pousser. Autant les seigneurs et le peuple en général étaient hostiles au gouvernement de Richard, autant la personne du roi leur était sacrée. S'attaquer de prime-abord à la couronne, c'était risquer de mettre contre soi le sentiment traditionnel de loyauté dont le peuple anglais était fier. Henri déclara bien haut qu'il n'en voulait qu'aux ministres de Richard. 11 s'agissait, non de déposséder le roi, mais de lui donner d'autres conseillers; de faire une de ces révolutions que le règne de Richard avait déjà vues, de renouveler les actes de sa dixième et de sa onzième année, par exemple. Henri le jura sur PÉvangile, devant les seigneurs réunis autour de lui à Doncastre, devant le comte de Northumberland et son fils Henri Hotspur, venus à lui parmi les premiers, et qui plus tard lui rappelèrent sa foi jurée et parjurée. Dans ces termes^ le soulèvement demeurait populaire et ne provoquait aucun scrupule. Aussi, en peu de jours^ Henri eut-il une armée de soixante mille hommes, avec laquelle il put s'avancer vers les comtés du sud. Tous les châteaux du roi se rendaient à lui (a).

Le duc d'York était loin de se douter de l'entreprise. Il venait de charger William le Scrop, comte deWiltshire, trésorier, d'une missionpour la France. Le comte, en arrivant à Douvres, trouva, dit-on, tous les vaisseaux partis pour se joindre à Lancastre, et il vint en apporter la nouvelle au malencontreux lieu-

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tenant du roi. Le prince convoqua aussitôt les grands officiers et les membres de son conseil. Il fit publier dans Londres qu'on s'armât le lendemain pour le suivre, réunit trois mille chevaux et sortit comme pour combattre Lancastre. Henri était au nord; le duc d'York s'en alla vers l'ouest et rentra dans Londres au bout de trois jours. Ce n'était point avec trois mille hommes, après tout, qu'il pouvait rien tenter de sérieux. On fit un nouvel appel : on promettait vingt-quatre deniers par jour à ceux qui viendraient se mettre aux ordres du lieutenant du roi à Saint-Alban. On réunit ainsi mille lances et soixante mille archers ; mais ces hommes déclarèrent qu'ils ne voulaient faire aucun mal au duc de Lancastre, un si bon duc, si injustement traité par le roi. Marcher avec de telles troupes contre lui, c'était les lui conduire. York se dirigea vers le pays de Galles, pays plus sûr et oii l'on était plus à portée de rejoindre Richard. Il s'arrêta à Berkley, tandis que le trésorier et les chevaliers du conseil, W. le Scrop, Green, Bussy, J. Russel^ se rendaient à Bristol. Y allaient-ils d'eux-mêmes ou envoyés par lui? et, s'il les y envoyait, voulait-il s'assurer de ce port, ou se débarrasser d'hommes trop compromis pour n'être pas déterminés à risquer plus qu'il ne convenait à sa politique? Il est difficile de le dire. Il est des cas oii la faiblesse est une trahison et peut bien passer pour (elle. Il resta donc à la tête de l'armée, tandis que ses conseillers allaient mettre Bristol en défense et

qu'on les accusait d'y fuir : il resta, mais pour jouer ce personnage que Shakespeare a immortalisé comme un type dont les exemplaires n'ont jamais fait défaut aux révolutions politiques. A peine ses conseillers partis, moins rassuré, ou plus libre d'agir dans le sens de la peur, il envoya un message à Henri pour lui demander s'il était venu avec des sentiments hostiles au roi et au royaume. Henri protesta de son dévouement au roi : « Je ne veux, disait-il, que le débarrasser des ministres qui l'égarent; » et il vint à la tête de ses soixante mille hommes pour donner à son oncle d'autres explications, s'il le voulait. Une déclaration si nette, et si bien appuyée, ne pouvait manquer d'être agréée du duc d'York. 11 eut avec son neveu une entrevue dans une église aux portes de la ville. Lancastre lui renouvela des assurances qu'on ne lui demandait sans doute plus; et York se rangea de son parti (a).

Le duc d'York était sans nulle valeur, de sa personne; mais il était l'oncle et le lieutenant du roi. Ceux qui ne voulaient qu'un prétexte pour passer à Henri, purent se dire qu'il avait avec lui le pouvoir institué par le roi lui-même pour gouverner le pays en son absence. Henri en usa comme si dès lors c'était à lui qu'il fallût obéir. Chaque jour avait vu de nouveaux adhérents lui arriver. Ceux qui ne venaient pas furent, sans plus attendre, traités de rebelles et punis par la confiscation de leurs biens. Quoi qu'on pût dire du droit, il avait la force, et,

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SOUS l'empire de cette menace, un plus grand nombre accouraient auprès de lui (a).

Dès le lendemain de son accord avec York, il se porta vers Bristol : il avait déjà cent mille hommes sous la main. Que pouvaient faire contre une pareille force les conseillers retranchés dans ce château? Le capitaine cependant refusait de se rendre aux sommations de Henri ; mais il ouvrit ses portes sur Tordre du régent. Les conseillers de Richard furent donc livrés à Lancastre. On leur fit sommairement leur procès. William le Scrop fut déclaré coupable d'avoir vendu Calais au roi de France; Green etBussy, d'avoir conseillé au roi des taxes trop lourdes et prêté leur concours à ses exactions. On les décapita; et Henri envoya leurs têtes aux habitants de Londres avec ses plus humbles compliments (se eis humiHter commendans), J. Russel échappa pour un temps en contrefaisant le fou furieux. Bagot, qui était allé non à Bristol mais dans le comté de Ghester, passa en Irlande. Ge fut lui, dit-on, qui vint y porter la nouvelle que l'Angleterre était aux mains du prétendant (a).

L'entreprise de Lancastre était connue de l'armée, (jue Richard n'en savait rien encore : triste condition d'un roi entouré de flatteurs; nul n'osait le lui dire. On vit que la fortune l'abandonnait, t't plusieurs firent comme elle. « Ils s'en allaient, dit l'roissart, sans prendre congé ni dire: « Je m'en vais; » les uns regagnant leur logis, les autres au [)liis droil

qu'ils pouvaient, venant auprès du comte Derby et se mettant en sa compagnie \ »

Le roi apprit enfin le retour menaçant de l'exilé : « Ah ! s'écria-t-il, bel oncle de Lancastre, Dieu vous fasse merci à l'âme ; car, si je vous eusse cru^ cet homme-ci ne me courroucerait pas maintenant. Vous me disiez bien que je faisais mal de lui tant pardonner. Je lui ai pardonné trois fois, et le voilà qui recommence! M II avait emmené avec lui en Irlande les fils de Henri et de Glocester, et il avait tout récemment armé lui-même chevalier le fils de Henri, qui était son filleul. « Mon fils Henri, dit-il au jeune prince qui sera le vainqueur d'Azincourt, vois ce que fait ton père! Il a envahi mon royaume en ennemi et y porte la captivité et la mort, sans pitié et sans miséricorde. J'en gémis pour toi, car cette malheureuse entreprise te fera peut-être perdre ton patrimoine.

— Mon gracieux seigneur, dit le jeune prince, ces nouvelles m'affligent, mais vous voyez bien que je suis innocent du fait de mon père.

— Je le sais, ditRichard, et je t'en tiens pour excusé.»

Tout en écartant la pensée d'user de représailles sur des innocents, le roi trouvait dans les deux princes des gages qui lui pouvaient servir par la suite. Il ordonna qu'on les gardât soigneusement au château de Trym, et, de l'aveu de son conseil, il résolut de partir le surlendemain, sans plus de retard (a).

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