Froissart, IV
[1399] HENRI DE LANXASTRE. 253
Mais il n'y avait pas à Dublin assez de vaisseaux pour transporter toute l'armée. Le roi devait-il partir avec les premiers ou attendre? Le conseil voulait qu'il partît; Rutland fut d'avis qu'il restât. Il conseillait d'envoyer Salisbury, avec tous ceux qu'on pourrait transporter, dans le pays de Galles, pour y rallier les Gallois et tenir la campagne ; le roi l'y devait rejoindre après être allé avec le reste de l'armée prendre la flotte à Waterford. Ce fut le plan qu'on adopta. Résolution fatale ! Pour Tavoir fait prévaloir, Rutland est accusé par notre chroniqueur d'avoir dès ce moment travaillé au succès de la cause embrassée déjà par son père, et bientôt par lui-même*.
Salisbury partit, emmenant le chroniqueur-poëte et son compagnon
Avecques lui, pour rire et pour chanter.
Il devait avoir bien autre chose à faire ! Il aborda à Conway, où il apprit les effrayants progrès de Lancastre. On disait qu'il avait conquis presque toute l'Angleterre, pris ou plutôt reçu en obéissance les villes et les châteaux, destitué les officiers du roi, établi d'autres juges, et qu'il faisait mourir sans pitié, comme seigneur, tous ceux qui avaient encouru son indignation. Henri, en effet, avait mis le temps à profit. Dès le lendemain de la prise de Bristol, il