‹ Richard IIChapitre 52 sur 80 · Froissart, IV, 74; •— Ms. 3884, fol · texte numérisé non relu

Froissart, IV, 74; •— Ms. 3884, fol

Et c'était là que tout appelait Richard ; car c'était là qu'il comptait trouver l'armée ralliée par ce seigneur. Or, il n'est pas probable qu'il ait été question de Bordeaux, avant qu'on sût ce qu'il en était de cette armée.

Quoi qu'il en soit de ce conseil, dont le chroniqueur le mieux instruit des faits^ n'y étant pas, s'abstient de parler^, il fallait que le roi rejoignît au plus vite l'armée de Salisbury : on ne pressentait que trop combien sa présence y était nécessaire. Se mettre en marche avec le reste des troupes, c'était s'exposer à de nouveaux retards ; c'était de plus donner l'éveil à Henri, avant qu'on fût en nombre pour le combattre. Le roi résolut donc de partir secrètement pendant la nuit, emmenant avec lui ses principaux compagnons : les ducs d'Exeter et de Surrey, le comte de Glocester (Despenser), les évêques de Carlisie, de Saint -David et de Lincoln, Etienne le Scrop, ses chapelains Maudelein etFerriby, un écuyer gascon nommé Jénico, en tout quatorze personnes. Il n'entendait pas abandonner son armée; " et loin de la vouloir licencier, comme le disent les chroniques anglaises, il comptait sur Rutland, son connétable, et sur Thomas Percy, son sénéchal, pour la retenir sous les armes, en attendant qu'elle pût se joindre à celle qu'il allait chercher. Mais Rutland trouvait là une trop bonne occasion de partir pour n'en point user au plus vite. Le matin , le bruit s'étant répandu que le roi avait quitté l'armée, il

donna lui-même le signal du départ; et les soldats se dispersèrent, pillant le trésor et les objets précieux que le roi leur avait laissés en garde : ce qui ne leur servit guère, car les Gallois, témoins de cette défection, se mirent à la poursuite des fuyards et leur prirent, avec ce qu'ils avaient volé, tout ce qu'ils possédaient par eux-mêmes. Rutland et Thomas Percy vinrent^ sans plus attendre, rejoindre Henri de Lancastre qui parut les vouloir punir d'avoir tant différé ; mais on crut généralement qu'il ne voulait que voiler leur défection par cette apparence de disgrâce : il ne tarda point à leur rendre toute sa faveur, et dès ce moment les retint auprès de sa personne (a).

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