‹ Richard IIChapitre 54 sur 80 · Cieton, p · texte numérisé non relu

Cieton, p

sur le prétendu licenciement de l'armée par luimême. A si peu de monde, il était difficile de garder Conway. En attendant le retour d'Excter, le roi alla visiter, sur la côte de l'île d'Anglesey, Beaumaris, fort château qui, bien pourvu de vivres, aurait pu soutenir un long siège. 11 alla voir ensuite Caernarvon, excellente place, baignée aussi par la mer et touchant à de vastes bois; mais le lieu ne lui convint pas davantage. Nulle part il ne se pouvait trouver bien, dans l'angoisse où était son âme; il revint à Conway, maudissant l'heure où il était parti pour l'Irlande, implorant le ciel, et comptant aussi sur les rois de la terre pour venger la dignité royale outragée dans sa personne. Ses plaintes étaient si vives, sa douleur si amère, qu'il arrachait des larmes à ceux qui l'entouraient (a).

Cependant les ducs d'Exeter et de Surrey étaient arrivés à Chester, où était Henri de Lancastre. Ce fut grande joie autour de Henri : on croyait qu'ils venaient faire leur soumission, comme tant d'autres; et qui aurait tenu encore pour Richard, quand son frère et son neveu l'auraient abandonné? Henri aussi leur fit grand accueil, particulièrement au duc d Exeter, dont il était beau -frère, et il les pria de lui exposer leur message Us le firent avec fermeté, et pressèrent Henri d'y répondre, afin qu'ils pussent Rejoindre Richard au plus vite. Mais Henri leur dit qu'ils ne partiraient point de sitôt, déclarant que si Richard aventurait de tels messagers, il ne voulait

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pas, quant à lui^ se priver de tels gages. Vainement Exeter insista, disant que ce séjour, dont on ne saurait

^es motifs, serait pris pour trahison. Cette raison n'était pas de nature à toucher Lancastre, ni ceux qui étaient là. Henri, qui souhaitait fort que le mari de sa sœur fût de son côté, ou du moins parût Têtre, lit ôter à Exeter les insignes de Richard et lui donna les

siens : ce que le duc n'osa refuser, de peur d'envenimer les choses. Et comme il pleurait et gardait le silence : « Beau cousin, lui dit Rutland, dont la paix, comme on sait, était faite, ne vous courroucez pas; car, s'il plaît à Dieu, les choses iront bien. » Surrey avait échappé à ces honneurs et à ces ignominies :

JHenri» l'avait envoyé prisonnier dans le château de Chester (a).

C'était peu que de tenir les deux plus chers parents du roi : on voulait le roi lui-même; et, pour l'avoir, on le devine aux procédés naguère mis en usage, tout moyen devait être bon. Henri avait cent mille hommes sous ses ordres, et Richard était presque seul; mais il n'était pas si facile de le prendre de vive force : car le château de Conway touchait à la mer, *et la mer était ouverte à sa fuite. C'est ce que représenta dans

-4e conseil l'ancien archevêque de Canterbury. Il opinait donc que l'on promît au prince une bonne paix, qu'on lui offrît une entrevue, et qu'on en profilât

-pour s'emparer de sa personne. Cet avis plut à tout le monde, et, pour le mener à bonne fin, on fit choix d'un seigneur qui, par son âge et sa gravité, inspirât

au jeune roi toute confiance : le vieux comte deNorthumberland. On lui donna ses instructions, et il partit avec quatre cents lances et mille archers, promettant de ramener celui à qui on l'envoyait. Sur la route, il se fit remettre, au nom de Henri, le château de Flint; il reçut aussi, par capitulation, celui de llliuddlan : c'étaient autant de stations qui lui semblaient nécessaires à l'accomplissement de son dessein \

Il ne pouvait prendre le château de Gonway de la même sorte; ceux qui s'y tenaient renfermés avec Richard lui étaient trop fidèles, et toute tentative pour l'y forcer n'eût abouti qu'à l'en faire évader. Northumberland le savait bien : on le lui avait assez dit au départ. Il recourut donc à la ruse; iliaissa tout son monde caché derrière les roches d'un défilé, et s*en alla, suivi de cinq compagnons, vers le roi. Avant de passer la rivière qui baignait le château, il fit demander à Richard un sauf-conduit, et, l'ayant obtenu, il entra dans la place. Il avait, dit la chronique en prose, des lettres (vraies ou fausses) de- Jean de Holland, qui l'accréditaient auprès du roi. Il trouva Richard ayant à ses côtés le comte de Salisbury et l'évêque de Carlisle. « Sire, lui dit-il, le duc Henri m'a envoyé vers vous, afin qu'il y ait accord entre vous deux et que vous soyez désormais bons amis. Il demande que vous lui rendiez le titre de grand juge (sénéchal), comme l'avait son père et

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