Greton, p
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—toute sa parenté depuis cent ans, et que vous convoquiez le parlement, pour y faire comparaître plusieurs de votre conseil. » Et il nomma le frère et le neveu du roi (Exeter et Surrey), Salisbury, Tévêque de Gar-
lisle et le chapelain Maudelein, signalés comme coupables d'avoir conseillé le meurtre de Glocester. Il disait que, dans ce parlement réuni pour les juger, ) le roi serait couronné de nouveau, et que Henri siégerait comme grand juge. De plus, il priait Richard de prendre jour pour se rencontrer avec Henri. « C'était la chose que le duc Henri désirait le plus au monde. ^) Le duc venait réclamer sa terre, sans rien vouloir de ce qui était au roi; car il le reconnaissait pour son souverain seigneur, et avait une peine extrême de tous les maux qui étaient arrivés sous son règne par la funeste inspiration de Tennemi du genre humain. « Je vous prie donc, ajoutait-il, par celui qui est mort pour nous sur la croix, soyez bon pour mon seigneur, qui est si affligé, et lui remettez encore tout votre courroux; et il viendra humblement se mettre à genoux à vos pieds et vous demander merci. Vous irez ensuite à Londres, soit ensemble^ soit par des chemins divers, et vous y convoquerez le parlement. Je jurerai sur le corps de Jésus-Christ, sacré de main de prêtre, que le duc Henri tiendra
tout ce que j'ai dit : car il me Ta juré, à mon départ, sur le corps de mon Dieu (a). »
C'était un piège, et d'autant plus habile que, sous les dehors du respect et de la déférence, le duc faisait
au roi d'assez dures conditions pour qu'on pût, sans défiance, les croire sincères. Northumberlaud ayant fini^ Richard l'invita à se retirer, pour être libre d'en délibérer en conseil; et, quand il fut seul avec ses conseillers, il ne put maîtriser son emportement. Ce que Henri lui offrait en ces termes humblement impérieux, c'était le rétablissement de l'ancien gouvernement de Glocester, sans même lui faire grâce du procès et de la mort de ses derniers amis. Y consentir, il ne le voulait pas. Mais que faire? Résister n'était plus possible; fuir à Bordeaux, c'était perdre son royaume : c'était, à ce prix, sauver sa personne, sans doute, et ses amis menacés; mais c'était abandonner à Lancastre son neveu et son frère, retenus par lui malgré leur caractère d'ambassadeurs. Dans cette extrémité, il ne vit plus qu'un seul parti à prendre : ce fut de répondre à la trahison par la ruse ; d'accepter : « Mais, je vous le jure, dit-il à ses amis pour qui ce consentement semblait être un arrêt de mort, je vous le jure, il en mourra ! Ne redoutez rien du parlement qu'il voudrait réunir à Westminster. Je ne vous laisserai point traduire par lui devant ces juges; car je sais ce qu'il vous ferait souffrir : vos jours seraient trop en péril. En dépit d'eux vous serez toujours mes bons amis. » Et, avisant aux moyens d'échapper qui lui pouvaient rester encore, avec l'ardeur fébrile d'une âme longtemps accablée qui se réveille à l'espérance ; « J'assemblerai secrètement, dit-il, des
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hommes dans le pays de Galles : nous trouverons un prétexte pour prendre par là notre chemin. Henri n'y fera point opposition; le comte nous l'a juré. Et quand nous rencontrerons nos gens, nous déploierons nos bannières, et nous nous porterons hâtivement contre lui. A la vue de nos armes, la moitié des siens le quitteront; ils accourront à nous : car ils ont le cœur honnête; ils savent que, moi vivant, ils n'ont point d'autre seigneur. Le droit est pour nous : croyons en Dieu , et il nous aidera. Fussions-nous moins nombreux, ils ne laisseront pas que d'avoir bataille. S'ils sont vaincus, nous les mettrons à mort : il y en a tels que je ferai écorcher vifs; tout l'or du monde ne les rachètera pas M »
Les conseillers n'essayèrent pas de lutter contre ces transports, et, s'en remettant de leur sort à Richard, ils ne demandaient qu'une chose, c'est que Northumberland prêtât le serment qu'il avait offert. Le vieux comte fut rappelé. Le roi lui dit qu'il accep-
, tait l'accord; qu'il le savait prud'homme et incapable de se parjurer pour rien au monde : en se parjurant il se damnait de sa propre bouche ! Northumberland renouvela ses assurances. La messe fut dite, et, à la
^consécration, il monta à l'autel et jura la main sur riiostie. Ainsi, dit le chroniqueur :
Ainsi firent entre eux leur compromis : L'un pensoit mal et l'aultre encore pisT"
1. Crt'ton, p. 39l>-'^^'. '^'hronique anonyme, ms. 388^, fol. 135.
Mais quant au roy, Il ne fist pas si grand mal ne desroy ; Car on dit bien souvent : force vHa loy. / Et si ne fist serement ne ottroy
Gomme le comte.
A la parole que le comte lui avait donnée, il répondait en se donnant lui-même, risquant sa tête pour sa couronne et pour la vie de ses plus fidèles serviteurs (a).
Le comte avait hâte de partir et d'entraîner Richard après lui. Il le suppliait de répondre à l'impatience de Lancastre : « le duc mourait d'envie de savoir si la paix était faite. » Il prit les devants, sous le prétexte d'aller à Rhuddlan commander le repas : il voulait s'assurer si ses gens, en ce moment décisif, étaient à l'embuscade. Il partit donc, et, quittant le roi, il le pressait encore de le suivre : w Hâtez-vous, lui disait-il, car il est près de deux heures. » Et il vint porter aux siens la bonne nouvelle que leur proie venait se jeter dans leurs mains.
Richard sortit de Conway, suivi des hommes les plus attachés à sa personne^ au nombre de vingt au plus, et dans ce nombre était l'auteur que nous prenons pour guide. Il passa l'eau, et il avait chevauché quatre milles environ lorsque, à la descente d'une montagne, il aperçut les gens du comte. « Je suis trahi! » s'écria-t-il; mais il n'y avait point de retraite. Reculer, c'était donner à cette troupe le signal de l'attaque : elle eut infailliblement rejoint le
roi avant qu'il pût repasser l'eau ; et Richard eût —rougi de fuir ainsi. II marcha en avant. Dès qu'il
approcha, le comte vint au-devant de lui, et se mit à
ses genoux, disant : « Je vous allais quérir, mon droit seigneur; n'ayez nul déplaisir : le pays, vous
le savez, est en révolte; J'ai voulu vous mettre en
sûreté.
— Je fusse bien venu^ répondit le roi, sans tant de gens que vous m'avez amenés. Ce n'est pas là ce que vous m'avez promis. Vous me disiez que vous étiez venu avec cinq compagnons. Vous avez faussé votre foi! Je retournerai à Conway aujourd'hui même.
— Non, dit le comte, saisissant la bride de son cheval. Par le corps de Jésus, je vous tiens et je vous mènerai au duc Henri; car je le lui ai promis. »
Déjà les hommes du comte l'entouraient, faisant grand bruit de trompettes. I.e roi ne tenta point de résistance; mais, se tournant vers Northumberland : « Le Dieu sur qui tu as mis la main, dit-il, te le veuille rendre au jour du Jugement, à toi et à tes complices !» Puis il regarda ses compagnons qui pleuraient, et leur dit en soupirant : « Ah ! mes bons et loyaux amis, nous sommes trahis et mis entre les mains de I nos ennemis sans juste cause. Pour Dieu^ sachez soulîrir, et qu'il vous souvienne de Notre Seigneur, qui fut vendu et mis aux mains de ses ennemis sans l'avoir mérité.
— Très-cher seigneur, dit Salisbury, nous souffrirons avec vous, s'il plaît à Dieu (a). »
On s'arrêta à Rhuddlan pour prendre quelque nourriture, et, à peine le repas fini, le comte^ sans perdre un instant, mena le roi et ses compagnons à Flint ; car il avait hâte de les y mettre en sûreté, afin d'aller raconter à Lancastre le succès de sa perfidie \
Richard et ses compagnons avaient été renfermés dans le château. Toute illusion était perdue pour eux : après un tel outrage, le roi ne doutait plus qu'on ne le voulût faire mourir. Dans les angoisses de cette nuit, qui pouvait être pour lui la dernière, sa pensée se reportait sur ceux qu'il n'espérait plus revoir; sur cette fille de France, qu'il élevait avec la sollicitude d'un père et chérissait déjà avec la tendresse d'un époux. Rien de plus touchant que les plaintes que lui prête notre chroniqueur ;
Mon très doux cœur, ma sœur, adieu vous di : Pour votre amour suy démené ainsi :
Car a mes gens oncques ne deservy
De me destruire Si laidement; maiz s'il plait que je muire, Ah ! Jesus-Grist m'âme veuille conduire En paradis, car eschapper ne fuire
Je ne puis maiz.
Hélas I beau père de France, jamaiz Ne vous verray ; votre fille vous laiz Entre ces gens qui sont faulx et mauvaiz
Et sans fiance; Par quoy je suis près de désespérance ; Car elle estoit ma joyeuse plaisance.
l. Creton, p. Wl, 402; Ghron. anon., ms. 3884, fol. 137.
Et i! léguait à Charles VI le soin de les venger tous les deux'.
Cependant, dès le soir même, Northumberland avait envoyé à Henri un courrier qui, au point du jour, lui apporta la nouvelle. Ce fut pour lui grande joie; car il n'avait rien plus à cœur. Toute son armée était campée autour de Chester. Il ordonna que chacun se tînt prêt à le suivre, et les trompettes donnèrent le signal du départ. Mais notre trouvère ne s'arrête point à faire une de ces descriptions où se complaît la poésie. Au moment de retracer cette solennelle entrevue, il renonce même aux formes poétiques, et il en dit la cause : il veut émonder son récit des superfluités de la rime; il veut redire les paroles qu'il a ouïes, exactement comme il les a gardées dans sa mémoire (a).
Ce fut le 19 août 1399 que Henri partit de Chester, emmenant avec lui plus de cent mille hommes, rangés comme s'il allait livrer une grande bataille. Ce jour même, le roi s'était levé dès l'aurore, en proie à la plus vive douleur. Il entendit la messe avec ses bons amis , Salisbury , l'évêque de Carlisle , Etienne le Scrop, Ferriby, ces cœurs fidèles, à l'épreuve de l'adversité : ajoutez, parmi plusieurs autres, l'écuyer gascon Jénico, qui ne le céda à personne en loyauté et en dévouement. Après la messe, il monta sur les murs du château, et il vit l'armée de Lan-