‹ Richard IIChapitre 58 sur 80 · Rot. Pari, t. III, p. 416, § 13, et Knighton, p · texte numérisé non relu

Rot. Pari, t. III, p. 416, § 13, et Knighton, p

[1399J LA DÉPOSITION DK UU ;hARD. 293

abdiquer là, autant valait dire qu'il ne le fit que dans la Tour. Le procès-Yerbal avait donc ses raisons pour placer la scène à Conway : mais en le faisant, il se convainc lui-même de mensonge. Et que dire du ton qui règne dans cette scène d'abdication? Peut-on croire, quand on a lu l'acte où elle se résume, que Richard ait montré tant de gaieté en lisant luimême pareille chose? Ou de quelles tortures morales n'aura-t-on point usé, pour contraindre cette âme fière, qui se montrait naguère à nous dans tout l'emportement de sa nature, à s'assouplir au rôle de complaisant aimable qu'on lui fait jouer ici^?

Ces tortures ne lui furent pas épargnées sans doute, puisque enfin il abdiqua. Et il courut à ce propos des bruits de diverses sortes.

Froissart raconte que Lancastre, ne voulant d'abord autre chose que la dégradation de Richard, fit rédiger contre lui un acte d'accusation en vingthuit articles, et puis se rendit à la Tour avec plusieurs de son conseil. Ils entrent dans la chambre du roi sans lui donner nul signe de révérence, et lisent les articles. Richard ne conteste point, mais il déclare qu'il n'a rien fait que de l'avis de ses conseillers, et il en nomme quatre. Le maire assemble le peuple à Guildhall, lit les articles comme avoués du roi, nomme les conseillers : ce sont eux qui ont supprimé toute justice en Anirleterre et formé le

1. Voyez les observations judici<juse.s de la note de rArch<eol , t. XX, p. 138.

dessein de livrer Calais à la France. On crie vengeance : séance tenante, un tribunal est dressé et le jugement rendu. Les quatre conseillers, tirés de la Tour et attachés sur la claie aux yeux de Richard et de ses autres officiers, sont traînés par les rues de Londres, jusqu'à une place où on leur coupe la tête sur un étal de poissonnier. C'est alors que les autres amis de Richard, enfermés avec lui et craignant un sort pareil, le supplient de sauver sa vie et la leur, en désarmant Lancastre par l'abdication ^

Il est facile de relever les inexactitudes de ce récit. Richard n'a sacrifié aucun de ses conseillers, et il n'y en avait pas non plus que son refus d'abdiquer pût compromettre. Dans la Tour, il n'avait personne auprès de lui. De ses conseillers les plus intimes, les uns avaient été décapités à Bristol, les autres, sauf un seul, étaient déjà dans le cortège de Henri de Lancastre. Il faut donc laisser là cet appareil d'une exécution populaire, dont on ne trouve point trace ailleurs : c'est la scène de Bristol transportée à Londres. Mais on a pu, par d'autres moyens, faire comprendre à Richard que s'il ne cédait pas sa couronne de bon gré, on pourrait bien la lui prendre avec sa tête; et le comte de Northumberland, qui le premier s'était rallié à Henri de Lancastre, qui lui avait mis Richard entre les mains, et qui, entraîné par le mouvement, suivit Henri plus loin peut-être que d'abord

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