‹ Richard IIChapitre 6 sur 80 · Froissart, IV · texte numérisé non relu

Froissart, IV

Le parlement étant réuni le 12 novembre 1390, Tévêque de Winchester, chancelier, exposa la situation. Il y avait trêve avec la France, et des négociations étaient entamées en vue de la paix. L'évêque de Durham, le comte de Northumberland et les autres, chargés des premières ouvertures, étaient revenus faire leur rapport au roi. Une ambassade plus solennelle devait partir vers la Chandeleur pour arriver à une conclusion : le roi voulait avoir l'avis et l'assentiment des lords pour conclure. Aux affaires de France, le chancelier joignait celles d'Ecosse : de ce coté, loin d'aboutir à la paix, il y avait à craindre qu'on n'en revînt à la guerre; et pour cela aussi le roi voulait avoir l'avis et l'assentiment du parlement. Il y avait donc deux négociations à suivre avec des chances diverses; il fallait songer de plus à la défense des possessions de France comme de la marche d'Ecosse, et à la garde de l'Irlande. Le parlement était invité à y pourvoir de la manière la moins onéreuse au pays (a).

Cet avis, cet assentiment demandé^ soit pour la paix, soit pour la guerre, était chose à quoi le roi n'était point tenu par la coutume, et qui jamais n'avait été faite qu'en réservant ses droits. Pour reconnaître cette marque de déférence, les prélats, les lords temporels et les communes déclarèrent en assemblée générale qu'ils voulaient que la prérogative de la couronne fût sauve; que si rien avait jamais été fait ou tenté à l'encontre, on y portât remède; et que le

roi fût aussi libre que l'avaient été ses ancêtres, rois d'Angleterre : ce que Richard sanctionna sans grande peine, on le peut croire. Puis on vota le subside. Cette fois encore le roi ne réclamait ni dixième , ni quinzième. Le parlement se borna âC voter pour trois ans la taxe des laines, et celle du vin et des marchandises au taux où on les avait élevées en 1388 (a).

Divers règlements furent arrêtés en commun pour relever le commerce, assurer la libre circulation par les rivières, établir effectivement l'unité des poids et mesures; encourager la marine; faire que l'argent des revenus du pape demeurât, autant que possible, en Angleterre, au profit de l'étaple; soulager par des exemptions ou des remises d'impôts les pays qui avaient eu à souffrir de la guerre : les comtés du , nord périodiquement ravagés par les Écossais, les îles de la Manche qui se plaignaient d'avoir à payer, en temps de trêve comme en temps de guerre, 60001. de rançon par an à l'amiral de France. Les communes, qui avaient montré tant de zèle pour la prérogative royale, ne craignirent pas de raviver les sou- \ en irs de l'Admirable Parlement, en rappelant qu'il avait ordonné la vente des biens confisqués sur les amis de Richard; elles demandaient que les aliénalions opérées fussent confirmées, nonobstant toute décision contraire : et le roi promit de faire droit aux i-(^claajatioQs motivées. En même temps, il accordait lâceet réhabilitation complète a Jean de Nortliampton, iiicien mairedc Londres, condamne pour l'appui (|u'il

avait donné jadis aux lollards et la pari qu'il avait prise aux troubles de la capitale (1382 et 1384) (a).

Les pétitions lues et répondues, le parlement voulut donner au roi un signe plus expressif de son approbation à la conduite des affaires. Il le remercia en assemblée générale « de sa bonne gouvernance et gracieuse seigneurie, de la grande faveur et zèle qu'il avait pour son peuple; » et le roi ayant à son tour remercié les lords et les communes des subsides qu'ils lui avaient octroyés et des bons conseils qu'il en avait reçus, le chancelier prononça la clôture du parlement (3 décembre) *.

Richard songeait donc sérieusement à la paix, et les dispositions du parlement lui donnaient toute liberté de suivre son penchant, lorsque les progrès des Turcs en Europe et l'appel des Hongrois à la France poussèrent Charles YI lui-même au-devant de ses désirs. Charles YI envoya d'abord un de ses chambellans pour sonder les dispositions du roi d'Angleterre, et Richard y répondit par l'envoi de trois chevaliers (parmi lesquels Thomas Percy, frère du comte de Northumberland) chargés de porter au roi de France les assurances les plus pacifiques. Ils annonçaient que le roi était disposé à envoyer ses trois oncles en France dans le cours de l'année, pour reprendre et conduire à leur terme les négociations. Les Français voulaient plus; ils souhaitaient que Richard

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