Froissart, IV
d'Aquitaine et sire d'Irlande environ vingt -deux ans : royauté, seigneurie, je résigne tout mon héritage à mon cousin Henri de Lancastre, et le prie devant tous qu'il prenne le sceptre en cause de possession. » Il lui tend le sceptre, ôte de sa tête la couronne qu'il dépose devant lui; et, tandis que Henri en demande acte au notaire, Richard, dépouillé de tout par lui-même, regagne en silence la prison d'où il est sorti. Cette scène est imposante dans sa simplicité : elle a été mise en action par Shakespeare, et elle convient à la façon dont le grand tragique a conçu le personnage de Richard H : mais elle est l'ausse. Le vrai drame s'est passé dans l'ombre. Pour ce qui s'est joue en public, c'est le génie d'un autre théâtre qui l'eût pu seul évoquer et flétrir : mais alors le héros de la pièce n'eût pas été Richard ; il se lût nommé Henri : j'allais l'appeler d'un autre nom\ On a vu comment le procès-verbal raconte l'abdication dans la prison. Ce n'est pas tout. Le trône vacant, on pouvait se demander à qui il revenait. Richard, n'ayant pas d'enfant, avait fait reconnaître du parlement pour son futur successeur, Roger Mortimer, petit-fils de Lionel, frère aîné de Jean de Gand, duc de Lancastre : et Roger, récemment tué en Irlande, laissait un lils héritier de ses droits. Richard, au rapport du procès-verbal, ayant lu et signé l'acte de son abdication, dit aux commissaires que, s'il
1. Froibsart, IV, 77. — Shakespeare, Hicliard //, acte IV, scène 3.
300 LIVRK DOUZIEME [1399!
était en sa puissance, le duc de Lancastre lui succéderait au trône ; mais que, n'ayant point ce pouvoir, il priait les deux évêques, en même temps qu'ils annonceraient en son nom son abdication aux trois États du royaume, de faire connaître son vœu au peuple; et, en témoignage de cette intention, il détacha de sa main l'anneau qui portait son signet et le mit au doigt du duc de Lancastre, demandant que cet acte même fût rapporté aux États ^
Rien ne retenait plus ni Lancastre ni les commissaires à la Tour. Ils prirent congé de Richard.
Le lendemain mardi, 30 septembre, était le jour où le parlement devait se réunir, selon les lettres de convocation. La grande salle de Westminster était pompeusement parée, le trône recouvert de drap d'or. Tous les lords spirituels et temporels vinrent se ranger à droite et à gauche selon leur titre : d'un côté les prélats^ de l'autre les seigneurs, Lancastre en tête ; puis York, et Aumarle (Rutland), fils d'York ; Surrey et Exeter, le neveu et le frère de Richard par sa mère; le marquis de Dorset (J. de Reaufort) ; et après lui les comtes dans- leur ordre : Arundel, Norfolk, Pembroke, Salisbury (le fidèle ami de Richard!) et Devonshire. Les comtes de Norlhumberland et de Westmoreland, récemment nommés au nom de Richard, en récompense de leurs services envers Henri, Tun connétable, et l'autre maréchal, allaient çà et la