‹ Richard IIChapitre 61 sur 80 · Hot. Pari, i. m, p. ^17, § 1^, elKnighton, p · texte numérisé non relu

Hot. Pari, i. m, p. ^17, § 1^, elKnighton, p

;i399] LA DÉPOSITION DE RICHARD. 301

selon les besoins. Les députés des communes, et même quelques hommes du peuple» remplissaient le reste de la salle. Un seul siège était vide : le trône (absque présidente quocunque). (a)

La session fut ouverte comme à Tavénement de Richard, par un discours « en forme de sermon. » L'archevêque de Canterbury prêcha sur ce texte : Habuit Jacob henedicHonem a paire suo :

Gomment Jacob avoit eu Benison en lieu d'Ésaii.

Ésati, c'était Richard : tout le monde savait qui était Jacob.

Hélas ! reprend le chroniqueur :

Hélas ! quel texte de sermon !

Pour montrer en conclusion Le faisoit, que le roi Richart Ne devoit avoir nulle part A la couronne d'Engleterre.

Après quoi, en vertu des pouvoirs spéciaux qu*il avait reçus de Richard, le primat déclara, et l'évêque deHereford avec lui, que Richard avait abdiqué, signé Tacte de sa main, et remis son anneau à Lancastre : et la pièce fut lue en latin, puis en anglais. L'archevêque de Canterbury, reprenant la parole, demanda aux États assemblés s'ils acceptaient cette abdication. La réponse fut unanime. Mais une abdication volontaire rompt-elle irrévocablement tout lien entre le roi

et le peuple? et que serait-ce, si l'on prouvait un jour qu'elle avait été forcée? C'est un doute que plusieurs avaient eu; et si Ton amena Richard à signer son abdication par l'espoir d'échapper ainsi à une déposition dégradante, c'est un mensonge de plus dans la série de ces mensonges : car la difficulté avait été prévue d'avance, et le remède était tout préparé. « Pour lever tous les scrupules, » comme dit le procès verbal, on avait rédigé contre Richard un acte d'accusation en trente articles^ dont on donna immédiatement lecture au peuple. Comme Richard, dans son abdication, reconnaissait qu'il avait mérité de perdre la couronne, ce dernier acte servait de fondement à l'autrey et les faits contenus dans ces trente articles devenaient autant de crimes avoués par le roi (a) !

Nous ne relèverons point dans le détail tous les griefs imputés à Richard, griefs pour la plupart exagérés par la haine, privés de leurs excuses, ou pour le moins dénués de toute preuve : qu'il a dissipé en dons les biens de l'État (art. 1); mangé en fêtes ses revenus, et endetté le pays malgré les trêves prolongées (art. 15); emprunté sans remboursement (art. 14) ; emporté le trésor en Irlande, au risque de le perdre (art. 24), et, à l'occasion de cette guerre, fait aux diverses abbayes des réquisitions de chevaux, voitures ou autre chose : ce qui est contraire aux libertés de l'Égiise anglicane {in derogationem libertatis ecclesiasticce manifestam, art. 22). Nous nous

arrêterons moins encore sur les faits de la résistance du roi à l'usurpation de Glocester : la consultation de Nottingham opposée à la commission de l'an x (art. 2) ; les troupes levées dans le Cheshire pour attaquer Glocester dans son triomphe (art. 3). — Mais après que Richard eut triomphé, il fut loin d'être sans reproche; et ici l'accusation n'a qu'un tort, c'est d'amoindrir par l'entassement des petites choses imputées au roi les faits plus graves dont il était coupable : le procès de Glocester, conduit contre toutes les formes de la justice, et ne se fondant, malgré les proclamations contraires, sur aucun fait nouveau (art. 6); l'amnistie supprimée, et en conséquence Glocester mis à mort sans jugement, Arundel décapité, Warwick exilé dans une île, et tous ceux qui, de près ou de loin, avaient eu part à leur entreprise, forcés de se racheter à prix d'argent (art. 4, 6, 7, 32). On insistait davantage et avec plus de raison encore, sur la période de despotisme inaugurée par le procès de Glocester : les pouvoirs obtenus du parlement à Shrewsbury pour créer un comité qui tînt lieu de parlement; la bulle demandée au pape pour sanctionner ces nouveaux statuts, au risque de sacrifier l'indépendance de la couronne à une puissance étrangère; l'intervention illégale du roi dans la nomination ou le maintien des vicomtes et dans les libres élections au parlement (art. 19), et divers autres abus de pouvoir plutôt affirmés d'ailleurs qu'établis (a).

Tels furenl les griefs allégués contre le roi. Vrais ou faux, ils ne (levaient être tenus pour constants qu'après avoir été débattus et prouvés devant lui. On lui avait promis qu'il paraîtrait devant ses juges, et c'est le droit de tout accusé, fût-il souverain ; mais on ne tint compte ni de ce droit ni de cette promesse. Les crimes de Richard furent censés établis par ses prétendus aveux, sans que personne fût admis à représenter l'accusé ni à exposer sa défense \

On dit pourtant que l'évêque de Carlisle , indigné de cette iniquité, ne put se contenir davantage, et, se levant de son siège, réclama la parole. Il osa soutenir qu'aucun des membres présents n'avait le droit de juger le roi; que, dût-il être jugé^ il y avait des formes à suivre; qu'il n'était si mauvais meurtrier ni si faux traître qu'on n'amenât du moins devant le juge pour ouïr son jugement : qu'on ne pouvait donc condamner le roi Richard sans avoir sa réponse et sans qu'il fût présent. Et, s'enhardissant à mesure qu'il parlait, il soutint que le duc de Lancastre avait plus failli contre le roi Richard que n'avait fait le roi contre lui : « Car, dit-il^ on peut bien savoir que Mgr le duc fut banni pour dix ans par le conseil du royaume et par le jugement de son propre père, et il est revenu au pays sans la volonté du roi ; il a fait pis : il est assis en la chaise de justice, où nul seigneur ne doit être assis sinon le droit roi couronné

Page 1