Rot. Pari, t. III, p. 422, § 51; Knighton, p
l?^99] LA DÉPOSITION DE RICHARD. 305
d'Angleterre. Pour ce, je dis que vous devez faire venir le droit roi couronné, le roi Richard, en présence du plein parlement, pour lui laisser montrer sa raison et son droit, et pour ouïr s'il voudroit donner sa couronne au duc ou non (a). »
Le duc répondit en ordonnant au maréchal de mettre la main sur l'évêque et de le conduire prisonnier à Saint-Alban. Nul autre n'essaya de relever une cause si périlleuse pour le défenseur. On désigna des commissaires qui, séance tenante, rédigèrent et prononcèrent la sentence de déposition; ce furent eux aussi que l'on chargea de l'aller signifier à Richard, et de lui retirer l'hommage de la nation (6).
Aussitôt Henri de Lancastre se leva de sa place, et se tenant droit pour être vu de tout le peuple, il fit le signe de la croix sur son front et sur sa poitrine, invoqua le nom de Jésus, et réclama la couronne d'Angleterre en ces termes, dont le procès-verbal a donné le texte même en anglais :
« Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit Je, Henri de Lancastre, réclame ce royaume d'Angleterre et la couronne, avec toutes ses dépendances et appartenances, au nom du sang royal que je tiens directement du roi Henri, et par le droit que Dieu, de sa grâce, m'a donné avec l'aide de mes parents et de mes amis pour le recouvrer, quand le royaume était au point de se perdre par défaut de gouvernement et violation des lois (c). »
Les seigneurs spirituels et temporels et le peuple
tout entier répondirent unanimement qu'ils l'acceptaient pour roi; et alors Henri leur montra l'anneau de Richard, comme un signe que le dernier roi y avait adhéré lui-même. Puis l'archevêque de Canterbury, le prenant par la main, le mena au trône. Henri s'agenouilla sur les degrés, fit une courte prière; après quoi, les deux archevêques (de Ganterbury et d'York) le firent asseoir sur le siège royal, aux applaudissements de tout le peuple (a).
Quand le silence se fut rétabli, l'archevêque de Canterbury prêcha sur ce texte : « Un homme commandera au peuple, Vir dominabitar populo. » Ces paroles dites par le Roi des rois à Samuel, il montrait qu'elles pouvaient s'appliquer au nouveau roi, et que, bien méditées, elles devaient remplir de consolation. « Dieu, disait-il, ne nous menace plus, comme il menaçait les Juifs par Isaïe, disant : « Je leur donce nerai des enfants pour princes. » Ce n'est plus un enfant qui nous gouverne, mais un homme, Vir dominabitur populo. On pouvait dire autrefois des chefs de ce royaume ces paroles de l'Apôtre : « Lorsque « j'étais enfant, je parlais en enfant, je sentais en « enfant, je jugeais en enfant, Cum essem parvulus, « loquebar ut parvulus, sapiebam ut parvulus, cogi- « tabam ut parvulus. » Et l'orateur commentait chacune de ces propositions pour rabaisser le dernier roi et relever Tautre : « Ce ne sera plus un enfant qui régnera, mais un homme, un homme de qui on pourra dire : « Heureux l'homme qui n'a point failli
c( dans son langage, Beatus vir qui non est lapsus in a lingua; heureux l'homme qui demeurera dans la « sagesse, Beatus vir qui in sapientia morabitur-, » un homme qui n'agira pas, comme un enfant, selon son caprice, mais qui fera la volonté de Dieu : Non veni facere volimtatem meam^ sed ejus qui misit me; un homme enfin dont on dira ; « Le roi régnera, et il « fera régner 1 e droit et la justice sur la terre, Regnabit « reœ, et sapiens erity et faciet judicium et justitiam in i< terra\ »
Après ce discours, Henri se leva, et pour confirmer les heureux présages de l'archevêque, il dit (le procès-verbal garde encore les paroles en anglais) :
« Messieurs, je remercie Dieu, et vous tous, lords spirituels et temporels, et tous les États du pays, et je vous fais savoir que ce n'est pas ma volonté que personne puisse penser que par voie de conquête je veuille priver personne de son héritage, franchise ou autre droit qu'il peut avoir, ni le mettre hors de ce qu'il a ou a gagné selon les bonnes lois et coutumes du royaume : excepté les personnes qui ont agi contre le bon propos et le commun profit du royaume". »
Richard déposé, tous les pouvoirs émanés de lui devenaient caducs : plus de parlement, plus de justice. Pour ne point laisser chômer la justice, Henri renouvela Tinslitution de tous les officiers et reçut le