Bot. Pari, t. III, p
avait reçu. L'acte est encore donné en anglais, et il termine l'extrait du procès-verbal de ce parlement qui avait fait tant de choses en une journée. Devant cette sorte de défi ajouté à sa déposition, Richard, dit-on, se borna à répondre qu'il ne prétendait plus à ces honneurs, et qu'il espérait que son cousin voudrait être bon seigneur envers lui (a).
Le parlement se réunit, comme il était convoqué, le lundi G octobre. Le nouveau roi siégeait sur son trône; et l'archevêque de Ganterbury, après avoir rappelé l'objet de la convocation, fit un nouveau discours dont il prenait le texte au livre des Machabées : « C'est à nous d'ordonner le royaume^ Incumbit nobis ordinare pro regno. » Il annonça que Henri serait couronné le lundi suivant, et invita le parlement à s'ajourner jusqu'au lendemain de la cérémonie. Ce premier jour n'était point d'ailleurs perdu : la nouvelle assemblée s'était constituée ; on y lui le procèsverbal de la déposition de Richard, et, en l'adoptant, les trois Étals consacraient comme parlement de la première année de Henri IV, ce qu'ils avaient lait comme parlement de la dernière année deRichard II (a).
Le couronnement de Henri se fit avec une solennité
extraordinaire. Dès la veille, il avait fait quarante ou cinquante nouveaux chevaliers. Ils figuraient dans son cortège avec les ducs, les comtes et les barons d'Angleterre, lorsque de la Tour où il avait pris sa demeure, il alla en grand appareil, la devise de roi de France au col, le a bleu gertier » à la jambe gauche, tout vêtu d'or et monté sur un cheval blanc, s'établir à Westminster pour se préparer à la cérémonie du lendemain. Ce jour donc, fête de Saint-Edouard, le roi s'étant confessé (car il en avait bien métier (besoin) dit l'ancien manuscrit de Froissart) ouït trois messes selon sa coutume, puis il vint prendre sa place dans le cortège qui l'attendait. C'était d'abord le clergé venu en procession de l'église au palais pour le prendre : il marchait devant le roi, les évêques, mitres en tête, et l'évêque de Londres portant le Saint-Sacrement. Le roi, vêtu de l'habit royal, mais sans couronne, s'avançait sous uu dais de drap de soie soutenu par quatre bâtons d'argent à clochettes d'or que tenaient quatre bourgeois de Douvres. Près de lui étaient portées les deux épées: à droite, l'épée de Saint-Edouard, l'épée émoussée (curtana), signe de la clémence; à gauche, l'épée de justice : la première dans les mains de son fils aîné^ Henri; la seconde dans celles du comte de Northumberland, connétable; le comte de Westmoreland, maréchal, portait le sceptre. Derrière venaient les ducs, comtes et barons, vêtus de longues houppelandes d'écarlate avec de longs manteaux et de grands chaperons fourrés de menu vair.
Quand on fut dans l'église, le roi alla occuper le trône couvert de drap d'or qu'on avait élevé sur une estrade, et l'évêque de Londres officia. Au temps marqué par le cérémonial, Tarchevêque de Ganterbury s'adressant au peuple , dit que Dieu leur avait donné un roi, et demanda s'ils voulaient qu'il fût sacré et couronné.
« Oui! » répondirent-ils en tendant les mains.
Sur cette acclamation, on procéda au sacre. Après le sacre et la vêture, on apporta la couronne, la couronne de saint Edouard. Quatre ducs, les premiers du royaume, la soutenaient pendant la bénédiction sur la tête du roi. Puis, l'évêque de Londres ayant dit la messe, le cortège royal sortit de l'église et ramena le roi au palais, le connétable et le maréchal d'Angleterre faisant faire place devant lui. Au banquet solennel qui suivit, le roi siégeait, ayant à sa droite son fils aîné, Henri, et à sa gauche le connénétable, avec les deux épées que l'on a vues et deux sceptres, un de chaque coté. A la seconde table étaient d'un côté, les représentants des cinq ports; de Tautre, le maire et les aldermen de Londres; et les grands officiers remplissaient auprès du roi les devoirs de leur charge : le comte de Warwick comme panetier, Arundel comme grand bouteillier, le marquis de Dorsct comme grand écuyer tranchant, le duc d'Aumarle comme échanson. Au milieu du repas, le chevalier Dymock , armé de pied en cap, l'épée nue et la dague au côté, entra dans la salle sur son
cheval de bataille, défiant à outrance quiconque soutiendrait que Henri n'était pas roi légitime, — exactement comme son père, au sacre de Richard : c'était la charge de sa maison I II fit trois fois le tour de la salle , et personne ne relevant son défi , il sortit comme il était venu (a).
Cette question de légitimité ne laissait pas que de toucher Henri ; et il n'avait garde de se résigner à la tenir pour contraire à sa cause. Dans sa réclamation devant le parlement , faisant valoir son droit au trône, il avait remonté à Henri III, sans tenir compte des Edouard! comme s'il eût craint que le nom du dernier ne rappelât qu'après Richard II il y avait un prince plus proche héritier de son sang : Tenfant du comte de la Marche, petit-fils d'une fille de Lionel, duc de Glarence, frère puîné du prince de Galles. C'était, de plus, évoquer tacitement cette fable du prétendu droit d'aînesse d'Edmond Crouchback, dont il descendait par sa mère, sur Edouard P*" chef de sa ligne paternelle : droit qu'il avait soin de ne pas exposer au grand jour; mais lequel de ces lords songeait à dissiper ces ombres, et à lui demander la production des chroniques où le vieux Jean de Gand avait, dit-on, enfoui ce mensonge, dans l'espoir qu'avec le temps il germerait pour sa postérité? C'eût été pourtant chose difficile, que de faire rejeter avec Richard tous ses ancêtres jusqu'à Henri III, à commencer par le prince de Galles et par le vainqueur de Crécy. Le droit de succession était donc bien dou-
teux, et le droit populaire est incertain de sa nature : il peut détruire ce qu'il édifie. Porté au trône par une révolution, Henri aurait voulu élever sa dynastie au-dessus dépareilles vicissitudes; et sentant bien ce qui manquait à la légitimité de sa branche, il entreprit d'y suppléer par une autre sorte de droit divin.
On se rappelle avec quelle dévotion il avait procédé en toute cette affaire. C'était en se signant au front et à la poitrine, c'était au nom de la sainte Trinité qu'il avait demandé la couronne de Richard. Acclamé par le peuple, il s'était agenouillé aux marches du trône, et ne s'y était assis qu'après avoir fait une prière. Il avait choisi pour son couronnement le jour de la Saint-Edouard, comme pour se placer sous le patronage du saint anglais si cher à la nation. Il s'était confessé ce jour-là, il avait ouï trois messes avant la messe du sacre : jamais on ne vit plus saint homme d'usurpateur! C'est à la Religion qu'il demanda d'imprimer à sa race un caractère qui la consacrât à jamais; et pour cela il imagina de se faire oindre d'une huile miraculeuse : une huile que la sainte Vierge elle-même avait donnée à saint Thomas de Canterbury pendant son exil, en promettant les plus grandes choses des rois qui en seraient sacrés'.
Mais d'où lui venait celte huile, et comment n'en avait-on pas usé plus tôt? il y a\ait sur ce point