‹ Richard IIChapitre 66 sur 80 · Wals., p · texte numérisé non relu

Wals., p

renregislre dans sa chronique pour que la postérité juge si le poi sacré de cette huile tiendra tout ce qui en est promis. Ce n'est point saint Thomas seulement, c'est la sainte Vierge qui parle dans la lettre. « Une nuit, fait-on dire au saint, que j'étais en prière dans Téglise de Sainte-Colombe, je demandai à la Reine des vierges d'inspirer au roi d'Angleterre et à ses héritiers le désir et le ferme propos de s'amender, et je la priai d'obtenir de la miséricorde de Jésus-Christ que ce prince traitât l'Église avec plus de respect et d'amour. Aussitôt la sainte Vierge m'apparut, ayant en son sein cet aigle d'or et tenant à la main une petite ampoule de lapis. Elle tira l'aigle de son sein, y enferma l'ampoule, et, me mettant ces deux objets dans la main, m'adressa les paroles suivantes : « Voici l'onction dont doivent être « sacrés les rois d'Angleterre , non pas ceux qui « régnent maintenant, mais ceux qui régneront; V car ceux qui régnent sont et seront méchants, ils « ont perdu et perdront beaucoup à cause de leurs « péchés. Mais les rois d'Angleterre à qui cette onc- « tion est réservée seront débonnaires et se feront « les champions de l'Église. Ils ne recouvreront w pacifiquement le pays perdu par leurs prédéces- « seurs, que lorsqu'ils auront en leur pouvoir celte « ampoule et cet aigle. Celui d'entre eux qui le preu mier recevra cette onction recouvrera paciCifue- « ment et sans rfforl lo pays perdu par ses prédéces- « seurs, <•''•-• Vfliro l-i Normandie ot l'Aquifaino. Cv?

316 LIVRE DOUZU^ME. [1399]

H roi sera le plus grand des rois; il bâtira des églises « enterre sainte, il chassera tous les païens de Babylone c( et construira des temples dans cette ville. Toutes les « fois que le roi portera cet aigle sur son sein, il ob- « tiendra la victoire sur ses ennemis ; son royaume ira « toujours s'agrandissant. Pourtoi, tu seras martyr*. »

Thomas fut martyr : comment douter que Henri ne dût être ce conquérant prédit (a)?

Le parlement, qui s'était ajourné au lendemain du sacre, ayant donné la couronne à Henri, ne lui marchanda point le reste. Il lui vota tout d'abord le subside des laines, non plus à vie, sans doute, mais pour trois ans; puis il reprit les questions qui avaient, en sens divers, tant agité le règne de Richard. On annula le dernier parlement, le parlement de la vingt et unième année : c'était supprimer ce qu'il avait établi et rétablir ce qu'il avait supprimé. Mais de plus on confirma expressément le parlement révolutionnaire de Tan xi, aboli par l'assemblée de l'an xxi. On réhabilita ceux qu'il avait condamnés, on leur rendit, à eux ou à leurs héritiers, tout ce qu'ils avaient perdu par l'effet de la condamnation; et comme pour engager plus expressément le roi dans ces décisions, prises d'ailleurs avec son concours, on l'interrogea en assemblée générale sur les deux parlements, on le pria d'en dire son avis : et il répondit dans le sens que l'on pouvait

1. Reli,y:ieux de Saint-Denys, XX, 13, t. H, p. 729, delà traduction de M. Bellaf^uet.

attendre. Il déclara en outre (ce qui avait plus d'importance) que les pouvoirs donnés à un comité pour résoudre, en l'absence et par l'autorité du parlement, les questions pendantes^ lui semblaient contraires aux statuts du royaume. Il ajouta que sa volonté était que rien de pareil ne se fît à l'avenir, et que nul ne fut jugé comme traître, si ce n'est conformément au slatut d'Edouard III : déclaration accueillie avec enthousiasme comme une sauvegarde contre l'arbitraire, mais qui jamais n'avait su ni ne pouvait sauver personne de la violence des passions politiques (a).

Henri se fit donner ce jour même un nouveau gage du dévouement du parlement, et comme une sanction nouvelle de la révolution qui transférait la couronne à sa race. Depuis le temps d'Edouard P'", l'héritier du trône était prince de Galles. Le roi fit demander au parlement par l'archevêque de Canterbury, s'il approuvait qu'il conférât à son fils les titres ordinairement donnés au fils aîné du roi (prince de Galles, duc de Cornouailles et comte de Chester) et s'il le voulait reconnaître pour héritier de la couronne ; ce que l'assemblée vota par acclamation. Alors Henri, siégeant sur son trune, posa une couronne ouverte sur la tête de son fils ; il lui mit au doigt un anneau, une verge d'or, dans la main le baisa et le fit asseoir selon le cérémonial de l'investiture'.

1. Rot. Pari, t. III, p. 426, § 17 (15 octobre); cf. Rymer, t. VIII, p. 94 (14 octobre) pour la principauté de Galles. Le duché de Cornouailles et le comté do Chester lui sont donnés par un acte du lendemain. {Ibid., p. 91, 92.)

La nomination sur laquelle il consultait le parlement était signée de lui dès la veille :

Il ly donna la terre,

dit Creton;

Mais je cuide bien que conquerre Ly fauldra, s'il la veult avoir, Car les Gallois pour nul avoir Ne le tenroient à seigneur \

Ces mesures prises, les communes voulurent revenir en particulier sur plusieurs des actes du mauvais parlement, comme on appelait le parlement de la vingt et unième année de Richard ; et elles insistaient sur les cinq articles suivants : T Henri banni sans motif, lorsqu'il était prêt à répondre à l'appel du duc de Norfolk; 2^^ l'archevêque de Canterbury jugé sans être entendu ; 3" le duc de Glocester mis à mort sans être jugé; 4" le comte d'Arundel condamné^ bien qu'il invoquât les chartes de pardon ; Ô"" tous les pouvoirs du parlement remis aux mains de quelques personnes. Et comme les choses dont on se plaignait n'avaient pu se faire sans l'avis de ceux qui étaient du conseil, elles demandaient qu'on les mît en arrestation, ou qu'on exigeât d'eux caution jusqu'à plus ample informé {a).

La mort de Glocester était de ces cinq articles celui qui devait le plus émouvoir l'assemblée et provoquer ses vengeances.

1. Creton, p. 435. Le pays de Galles, en effet, fut bientôt en révolte. Voyez ci-après.

ïl y avait alors dans les prisons de Londres un homme dont les révélations pouvaient éclairer sur cette tragique affaire : c'était William Bagot, l'un des quatre principaux conseillers de Richard, qui, n'ayant pas été avec les trois autres à Bristol, avait échappé aux premières exécutions. Mais depuis il avait été pris, et il semblait qu'il ne dût point tarder à rejoindre ses collègues, s'il est vrai que Henri ait dit de lui, parlant de tous les quatre : « Desquels j'envoyai trois têtes à Londres, et la quarte nous avons en nos prisons. » La quatrième! Le prisonnier n'était plus qu'une tête comme les trois autres, aux yeux du roi : il en parlait comme si elle était déjà au bout d'une pique, ou sur le pont de Londres. Comme elle n'était encore qu'à la Tour, on voulut l'entendre en ce débat sur la mort de Glocester, et le prisonnier fut amené devant le parlement \

Bagot n'avait à ménager personne, et moins que personne ceux qui, comme le duc d'Aumarle (Rutland), avaient si tôt abandonné Ricliard pour le prétendant. Il remit une déposition écrite dont on donna lecture au parlement, et où le duc était singulièrement compromis sur les questions les plus graves. Il témoignait de la grande affection que Richard portait au dûc d'Aumarle; il lui avait entendu dire que s'il devait renoncer au gouvernement du royaume, c'est à Aumarle qu'il le voudrait laisser comme au plus

l. Chron. anon. uf). LJuchon, t. XV, p. 31.

320 LTVRE DOUZIÈME. [1399]

capable; car bien qu'il préférât le duc deHerefbrd, il craignait que ce dernier, s'il était roi, ne fût un tyran pour l'Église. Bagot arrivait ensuite à l'affaire de Glocester. Il disait qu'ayant un jour rencontré le duc de Norfolk (Thomas Mowbray, comte maréchal) dans une rue de Londres, le duc lui demanda ce qu'il savait de la manière dont Glocester était mort. « Je n'en sais rien, avait répondu Bagot^ mais on vous accuse de l'avoir fait mourir. » Le duc jura ses plus grands serments que cela n'était "pas vrai; qu'il avait gardé Glocester en vie pendant trois semaines et plus, contre la volonté du roi et de certains lords ; et que jamais il n'avait tant craint pour ses jours, que quand, revenant de Calais, il reparut en présence du roi sans lui avoir obéi. Bagot ajoutait que le roi l'avait alors envoyé lui-même à Calais, donnant mission à l'un de ses serviteurs et à des serviteurs d'autres lords, d'aller avec lui pour être témoins de la mort de Glocester; pour sa part, il jurait, comme il en pouvait répondre devant Dieu, que jamais il n'avait donné son assentiment à ce que le duc mourût de la sorte; qu'il y était allé uniquement par crainte du roi et pour sauver sa propre vie. Il affirmait qu'il n'y avait personne dans tout le royaume à qui Richard fût plus redevable qu'au duc d'Aumarle ; car c'était celui qui, pour lui complaire, avait amené tout ce qui avait été fait contre Glocester et les autres lords ^

1. Jeudi 16 octobre. Ghron. Ms. Bodl., 2376, f 207'^ et suiv. Archaol^ t. XX, p. 278.

Dans ce bill, qui contenait plus d'un aveu compromettant pour lui, Bagot avait eu soin de se ménager des excuses, non sans incriminer Richard (mais chacun se déchargeait sur lui sans scrupule). Il parlait des intrigues secrètes du dernier roi contre le nouveau^ quand celui-ci était encore en exil, intrigues dont il se vantait d'avoir instruit le prince en France par un intermédiaire qu'il nommait. Il finissait par un dernier trait contre le duc d'Aumarle ; celui-ci avait dit qu'il voudrait pour 20 000 l. que le duc de Hereford fût mort, non qu'il le craignît, mais pour épargner au pays le trouble où le duc le devait jeter (a).

Après la lecture de ce bill accusateur, le duc d'Aumarle se leva, dit que tout ce qu'on venait d'entendre était faux, et s'engagea à le prouver corps pour corps ou de toute autre manière. Le duc d'Exeter (Jean de llolland) se leva ensuite et somma Bagot, s'il avait quelque chose à dire contre lui, de le faire publiquement. Bagot répondit qu'il n'avait rien à dire : « Mais il y a, dit-il, à Newgate un certain John Halle qui pourra parler.

— Eh bien! dit le duc, j'ai, moi, quelque chose à dire sur vous. »

Et il raconta qu'un jour que le roi était à Woodstock, il fut mandé près de lui dans la chapelle où il le trouva avec Norfolk et Bagot; et là, les portes étant fermées, on le requit de jurer sur Tautel qu'il garderait secret ce qui lui serait comnmniqué. Le roi (mais

est-ce bien Jean de Holland son frère qui a parlé ainsi?) le roi donc lui dit qu'ils n'arriveraient jamais à leurs fins tant que vivrait le duc de Lancastre. 11 proposait de tenir un conseil à Lichfield, d'y arrêter le prince, et, sous prétexte de résistance, de se débarrasser de sa personne, « C'est ainsi, s'écria le duc d'Exeter, que vous avez machiné sa mort. » Quant à lui-même, dans cette conjoncture, il s'était borné à trouver bon que le roi réunît le conseil, disant que si le projet était agréé, il ne s'y opposerait pas, et il était parti.

Bagot, ainsi interpellé, ne fit pas de réponse*.

Mais c'est l'affaire de Glocester qu'on voulait éclaircir avant tout. Bagot avait nommé J. Halle. Le roi ordonna aux lords Berkeley et Lowel d'aller ce jour même l'interroger dans sa prison. J. Halle fit une déclaration qui fut recueillie par le clerc de la couronne (elle porte la date du lendemain, vendredi 47 octobre); et le jour suivant (samedi 18), il fut, ainsi que Bagot, amené à la barre du parlement. On fit quelques questions nouvelles à Bagot, et on donna lecture de la confession de J. Halle. Il y disait que le roi et le duc d'Aumarle^, alors comte de Rutland, avaient envoyé leurs valets pour assister à l'exécution; et c'étaient ces derniers^ on l'a vu, qui avaient le principal rôle dans le récit qu'il faisait du crime. Gomme le duc d'Aumarle niait encore, lord Fitz-Walter se leva et

1. Holinshed, t. II, p. 511, et la Chronique du Ms. BodI., qui reprend au dernier trait. ^

[1399] LA DÉPOSITION DE RICHARD. 32;i

affirma qu'il était coupable, l'accusaat pour cela de trahison :

t< Je le prouverai, dit-il, corps pour corps, et voici mon gage ! »

Il jeta son gant, et vingt autres lords ou barons donnèrent aussi gage contre Aumarle.

« Vous mentez faussement, s'écria le duc, et voici mon gage! »

Et il jeta son chaperon par manière de défi.

Le duc de Surrey s'était levé seul comme défenseur d'Aumarle : c'était aussi au fond sa propre cause.

« Vous soutenez, dit-il^ que les appelants ont été les auteurs de la mort de Glocester. J'affirme que nous avons été forcés de poursuivre cet appel, de la même manière que vous avez été forcés de prononcer le jugement : cette poursuite n'a donc pas été libre. Si vous dites le contraire, vous mentez! »

Et il jeta son gage. Fitz-Walter répliqua qu'il n'avait point donné jugement, qu'il n'était point à ce parlement; et il en appela au témoignage des autres lords : mais ceux-là y étaient, et l'argument de Surrey les atteignait sans qu'ils s'en pussent défendre. Aumarle, reprenant la parole sur un des points de la confession de J. Halle, dit que si le duc de Norfolk (on ne connaissait probablement pas encore sa mort) Taccusait d'avoir envoyé deux valets à Calais pour faire périr le duc de Glocester, il mentait faussement :

H Je le prouverai, ajontn-t-iK rorps pour corps, et voici mon gage ! |^

El il jeta en manière de défi un autre chaperon qu'il s'était fait donner à l'heure même. Le gage fut ramassé comme les autres et remis au connétable et au maréchal; et le roi déclara qu'il autoriserait le duc de Norfolk à rentrer dans le royaume pour répondre au défi, permission dont le duc, eût-il été vivant, n'eût guère usé, sans aucun doute. Mais Henri ne voulait point perdre Aumarle. Le duc d'York, son oncle, père du prince accusé, l'avait accueilli, dès son arrivée, loin de le combattre. Aumarle lui-même n'avait pas attendu la chute de Richard pour venir à lui : il avait hâté la ruine du malheureux roi en le quittant pour rejoindre son rival. Henri ne se souciait donc point que personne relevât ce défi, et il laissa tomber les autres. Il n'avait garde de remettre une cause déjà gagnée pour lui au hasard de ces batailles (a).

Bagot fut ramené à la Tour. Le parlement lui savait gré d'avoir chargé le duc d'Aumarle, Henri d'avoir chargé Richard : c'était motif d'indulgence, quand bien même l'ancien ministre du roi déposé n'eût pas racheté ses fautes auprès du nouveau roi par des révélations, faites à temps, sur les intrigues dont ce prince avait été l'objet jusque dans son exil. Le prisonnier ne tarda pas longtemps à être mis en liberté, et le parlement suivant demanda qu'il fût rétabli dans ses biens. Quant à J. Halle, il paya pour tous les autres. Vraie ou fausse, sa confession ne lui servit guère, et on ne lui laissa pas le temps de se raviser. Les seigneurs, consultés sur la peine qu'il

méritait, déclarèrent qu'il n'y en avait point de trop grave pour son crime. Il fut condamné au supplice des traîtres, et, le jour même, traîné de la Tour jusqu'aux fourches de Tibourne : on l'éventra, on prit de ses entrailles que Ton brûla devant lui; après quoi il fut pendu, décapité et mis en quartiers. Sa tête fut envoyée à Calais, lieu du crime, et les quartiers où il plut au roi (a).

Les communes ne se tenaient point pour satisfaites d'une telle victime. Aumarle leur avait échappé sur la question du meurtre de Glocester; mais il y avait d'autres moyens de le reprendre^ lui et d'autres encore. Elles prièrent le roi de faire arrêter tous les seigneurs spirituels ou temporels qui avaient été du conseil de Richard : « Car il y avait, disaient-elles, certains prélats ou seigneurs qui avaient prédit à Richard, par nécromancie, qu'il périrait si d'autres n'étaient mis à mort; » ils étaient donc coupables de l'avoir poussé à les faire mourir. Le roi se refusa à donner un ordre qui, conçu en termes généraux, pouvait mettre trop de monde en péril. Il dit qu'il ne le ferait que si les noms étaient produits. Elles demandèrent alors que les registres du « mauvais parlement » fussent apportés : on y devait voir les noms des coupables (samedi 18 octobre)'.

En conséquence, le mercredi 22 octobre, les re-

1. Chron. Ms. Bodl. Archxol., t. XX, p. 279. Le lundi était l'octave de la Saint-Edouard; le mardi, le roi fut retenu avec les ambassadeurs de France. Le mercredi fut le premitr jour libre.

gistres demandés turent produits. On y lut les appels (ou accusations) portés contre Glocester et ses amis, la commission donnée aux Douze pour tenir lieu du parlement en son absence. Divers noms étaient compromis dans ces actes, voire celui de Henri lui-même, qui maintenant présidait à ces représailles. Mais il en était un qui dominait tous les autres et se trouvait partout : celui de Richard. L'ancien roi n'était-il pas couvert par son tUre ? et le parlement n'avait-il pas épuisé son droit sur lui en le déposant? La question était simple, et, pour la résoudre, il n'était pas besoin des deux jurisconsultes que les communes s'étaient fait adjoindre; mais, quel qu'ait été l'avis de ces derniers, elles décidèrent que le roi, après son abdication et sa déposition, étant ramené au niveau commun, il pouvait répondre de ses actes comme tout autre homme , et elles entendaient parler des actes qui avaient précédé sa déchéance ! Elles insistèrent donc pour qu'on le jugeât et qu'on publiât la sentence, afin que le royaume ne fût pas mis en trouble. Henri devait être touché de cette dernière raison. Il voyait la couronne décernée à lui et à sa race; mais Richard était là, et pouvait provoquer la sympathie maintenant qu'il était tombé : car plusieurs avaient été entraînés plus loin qu'ils ne l'eussent voulu, et cette sorte d'entraînement laisse après soi plus d'un regret. La demande des communes allait donc au-devant de ses vœux, et peut-être ne faisait que les suivre. H l'agréa,

et ce fut le lendemain jeudi, 23 octobre, que le sort de Richard fut soumis au jugement des seigneurs*.

La délibération s'entoura d'un mystère qui peut donner matière à plus d'une conjecture.

Selon le texte même des procès-verbaux, l'archevêque de Canterbury^ ouvrant la séance, somma, au nom du roi, les lords spirituels et temporels de s'engager sur leur foi d'hommes liges à ne révéler à nul être vivant ce qui leur serait communiqué. Puis le comte de Northumberland leur demanda de quelle manière ils entendaient que l'on gardât Richard pour la sûreté du roi et du royaume, sans toucher à sa vie, « car le roi, dit-il, voulait en toutes manières qu'elle fût sauvée. » Chacun des prélats et des lords fut interrogé séparément; et tous souscrivirent à cette résolution : « que Richard fût tenu en garde dans un lieu solitaire, sous la surveillance de gens sûrs; que nul de ceux qui lui avaient été familiers n'approchât de sa personne, et que cela se fît le plus secrètement possible. »

La décision étant prise, les prélats et les lords la signèrent. On est heureux de ne trouver dans la liste des signataires, enregistrée aux rôles, ni l'évêque de Carlisle, ni le frère, ni le neveu du roi (Jean de Rolland et Thomas, comte de Kent), ni Salisbury, ni

1. La chronique citée est d'accord, pour cette date et pour celle de la sentence , avec les registres du parlement. Le conseil des Douze, comme elle l'appelle ici (p. 280), comptait, on Ta vu, plus de douze membres. (Voyez ci-dessus, p. 203.)

même aucun de ceux qui avaient été fidèles à la cause de Richard jusqu'à sa chute. On n'y trouve même pas Rutland. Mais on a le regret d'y lire, parmi d'anciens serviteurs de Richard, le nom de Richard le Scrop*.

Cette résolution secrète tenait lieu de jugement : ii ne s'agissait plus que de lui donner forme de sentence. Le lundi 27 octobre, le roi vint en la grande salle de Westminster, et là, du consentement des prélats et des lords, Richard, naguère roi d'Angleterre, fut condamné à la prison perpétuelle ^

La délibération et le jugement sont consignés dans les procès-verbaux, et la sentence fut rendue dans la grande salle de Westminster, en plein parlement. Quel était donc Tobjet de ce secret absolu exigé préalablement de chacun des seigneurs sur leur foi d'hommes liges? et à quoi servait-il de les y obliger, si la matière de la délibération devait être inscrite dans les registres, et le jugement qui la résume, publié dans le pays? Aussi a4-on supposé que tout n'a pas été mis par écrit, et que la résolution prise alors allait plus loin que ne le portait la sentence. Le procès-verbal dit que le roi voulait que la vie de Richard fût sauvée en toutes manières. La chronique française anonyme reconnaît que la sentence réduisait la peine à la prison ; mais elle prétend qu'il fut convenu que,

1. Délibération sur le sort du roi (jeudi 23 octobre). Rot. Pari., t. III, p. 424, § 73. — Liste des lords qui ont signé. Ibid., $ 74. Cf. Ghron. Ms. Bodl. ArchœoL, t. XX, p. 280.

2. Rot. Pari., t. lil, p. 427, § 76, et Ghron. Ms. Bodl. Ârchxol., t. XX, p. 280.

si quelque mouvement éclatait en faveur du prisonnier, il serait le premier mis à mort. La chose futelle dite, en effet? est-elle de celles qui se disent? et Henri avait-il besoin qu'on la dît? Dans tous les cas, on comprend fort bien qu'on ne l'ait pas écrite; et le secret commandé au conseil autorise le soupçon, quoique peut-être il ne le justifie pas\

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