SATISFACTIONS ET REPRÉSAILLES
Le roi condamné, les communes demandèrent que les seigneurs compromis dans les actes du « mauvais parlement » fussent appelés à se justifier. C'étaient les principaux amis de Richard, tous ralliés à Henri, ou du moins reçus en grâce : mais on n'en était que plus ardent aies poursuivre. Le parlement se réunit le mercredi 29 octobre, et on commença à donner lecture des procès. Parmi les condamnés était le comte deWarwick, accusé de même queGlocester et Arundel , et condamné comme traître, mais qui, s'étant reconnu coupable et ayant demandé merci, avait vu sa peine commuée en exil. Il était revenu de Texil; il avait assisté à la déposition de Richard, à lavénement de Henri : il siégeait là parmi les lords. War-
1. Hésolution secrète sur la vie de Hichard, selon la Chronique anonyme. Buchon, t. XV, p. 33.
wick , à la lecture des actes de son jugement, protesta qu'ils étaient faux; qu'il n'avait ni avoué le crime , ni demandé grâce. Comment donc avait-il échappé au sort du comte d'Arundel ? C'est une question que personne ne hasarda. Warwick niait, jetait le défi à quiconque soutiendrait le contraire ; et son gage ne fut point relevé \
Mais ce n'était point Warwick que l'on voulait remettre en cause : on n'évoquait sa condamnation que pour en demander compte à ses accusateurs. Les ducs d'Aumarle, de Surrey, d'Exeter, le marquis de Dorset, les comtes de Salisbury et de Glocester furent successivement invités à répondre ^
Aumarle parla le premier. Il n'était plus indirectement pris à partie comme dans l'enquête sur la mort de Glocester. Il avait à s'expliquer sur des faits précis, sur un acte signé de son nom. Il reprit néanmoins encore l'autre affaire, qui, dans la pensée de ses juges, n'en était pas séparée. Il protesta qu'il était entièrement étrangère la mort du duc, son oncle; qu'il ne l'avait pas conseillée, qu'il n'y avait pas consenti. Il soutint même qu'il n'était pas davantage l'auteur de l'accusation portée contre le prince et les autres, et que
1. Les lords appelants de la 2P année de Richard invités à se justifier. Chron. Ms. Bodl. Ârchœol.^ t. XX, p. 280. — Protestation de Warwick. Ibid.
2. Qu'on n'oublie pas qu'Aumarle est Edmond d'York, comte de Rutland; Surrey, Thomas de Holland, comte de Kent; Exeter, Jean de Holland, comte de Huntingdon ; Dorset, Henri de Beaufort, comte de Sommerset; Salisbury, Jean de Montaigu; et Glocester, Thomas le Despenser.
ce qu'il avait fait, c'était par le commandement du roi, à qui il ne pouvait désobéir. Quant à l'exil du Henri et à Tacte qui l'avait voulu priver de son héritage, cela avait été entièrement contre sa volonté. Il défiait qu'on soutînt le contraire, et en appelait au témoignage de divers lords. — Le duc de Surrey pria le roi d'avoir égard au jeune âge qu'il avait au temps de cette accusation; il avait cédé à la crainte en y donnant son nom, mais n'avait trempé en rien dans la mort de Glocester. Pour ce qui touchait Henri, il disait n'avoir connu sa condamnation à Texil que quand déjà le prince était entré dans la lice pour combattre le duc de Norfolk; enfin, au temps de la révocation des lettres patentes qui garantissaient les droits de l'exilé, il était en Irlande. — Leduc d'Exeter s'excusa comme le duc d'Aumarle. Il ajouta seulement qu'il avait entendu dire au roi Richard que le duc de Glocester devait être mis à mort. — Le marquis de Dorset donna les mêmes assurances, sauf l'assertion relative à la mort de Glocester, dont il n'avait rien su de son vivant. — Le comte de Salisbury dit qu'il avait pris part à Taccusation, de même que les autres seigneurs (ceux qui maintenant étaient ses juges) avaient consenti au jugement, c'est-à-dire sous l'empire de la crainte. Quant à l'imputation d'avoir voulu tuer le duc de Lancaslre, imputation rapportée à Norfolk dans le bill déposé par Henri lui-même devant Richard au parlement de Shrewsbury, le comte la repoussait énergi(iuemenl, disant que si Norfolk était
là, ou quelqu'un en son nom, il saurait bien s'en défendre en gentilhomme, de telle façon que voudrait Henri . Mais pour ce qu'il avait fait par crainte de la mort, il en demandait merci à Dieu et au roi. — C'était aussi par contrainte, et quand déjà Faccusation était signée de tous les autres, que le comte de Glocester (Despenser) disait y avoir donné son nom. Il était étranger à tout le reste, et il se mettait en la grâce du roi.
Le roi avait dit qu'après les explications données, si quelqu'un y voulait contredire, il serait entendu : et le procès-verbal ne constate aucun débat de cette sorte. Mais le texte du jugement prononcé en anglais par le président du banc commun, W. Thirnyng, rappelle pourtant, dans le résumé qu'il fait de la procédure, que deux lords s'élevèrent, l'un, Morley, contre Salisbury, et l'autre, Fitz-Walter, contre Aumarle: soit que Fitz-Walter ait repris la parole, soit que le juge fasse allusion au débat que la chronique manuscrite a placé avec plus de précision, quant aux dates, lorsque l'occasion s'en présenta pour la première fois dans l'enquête ouverte sur la mort du duc de Glocester.
La chronique est d'accord avec l'exposé du juge Thirnyng, pour placer ici l'accusation de lord Morley contre Salisbury. Morley lui reprochait d'avoir été tout à la fois dans les conseils de Glocester et dans ceux de Richard, et d'avoir dénoncé le duc au roi : c'est pourquoi il l'accusait de trahison envers son maître, offrant de le prouver en champ clos ; et les
gages (le bataille, jetés de part et d'autre, furent remis au connétable et au maréchal jusqu'au jour du combat. Dans la présente affaire, c'était Salisbury que l'on soupçonnait d'être le promoteur de l'acte incriminé; et le roi, qui ne l'aimait pas, n'eût pas été fâché de l'en convaincre, afin d'attirer sur sa tête toutes les rigueurs des juges. La chose étant renvoyée à l'examen des lords, ils se réunirent le lendemain matin, et, appelant, l'un après l'autre, les accusés, moins Salisbury, ils leur demandèrent qui leur avait parlé pour la première fois de cet acte^ où ils n'avaient, disaient-ils, pris part qu'à Tinstigation d'autrui et par contrainte. Mais on ne put tirer d'eux que la promesse de le dire si la mémoire leur en revenait. On prit donc le parti d'en finir par une sorte de compromis, où, tout en alléguant les rigueurs du droit strict, on ferait, pour l'honneur du roi, une grande part à la grâce. C'est pourquoi le lendemain vendredi (31 octobre), sur l'avis conforme des lords spirituels, il fut déclaré que, si l'on observait les statuts de l'an xi de Richard touchant la trahison, trop de monde y serait impliqué avec les appelants. Le roi y renonçait, aimant mieux faire miséricorde : mais, comme il fallait une satisfaction, la sentence condamnait les lords appelants, devenus accusés à leur tour, à perdre les titres et les biens qu'ils avaient reçus à l'occasion de cet appel, ou depuis. Tout en gardant ce qu'ils avaient auparavant, ils redevenaient ce qu'ils étaient alors : le duc d'Aumarlc, comte de Kutland , le duc
de Surrey, comte de Kent; le duc d'Exeter, comte de Huntingdon ; le marquis de Dorset, comte de Sommerset; le comte de Glocester, sir le Despenser; Salisbury gardait son titre^ qui lui était venu par héritage. Défense leur était faite de donner leur livrée à personne, et de retenir dans leur compagnie plus d'hommes que ne l'exigeait le service de leur hôtel. Que si l'un d'eux tentait jamais de prendre en main la cause de Richard, soit par conseil, soit par quelque entreprise contre les actes qui l'avaient déposé et condamné, il devait être réputé traître. Pour offrir une autre satisfaction au public, comme on les accusait d'avoir abusé de la faveur du roi au détriment du peuple, on devait publier que si quelqu'un avait à se plaindre d'eux, il le fît, et qu'il obtiendrait justice (a).
En provoquant ces jugements, les communes, instruites par l'expérience de tant de décisions prises et cassées, de tant d'accusateurs devenus accusés à leur tour, et de juges condamnés , semblent avoir voulu se mettre en garde contre les suites possibles d'une révolution en sens contraire.
Le jour qu'elles rentrèrent en séance après les fêtes de novembre (3 novembre), elles renouvelèrent leur protestation et insistèrent sur ce point : que les jugements en parlement sont l'affaire du roi et des seigneurs, et non des communes^ si ce n'est en tant que le roi veut bien les leur communiquer. Elles demandaient donc qu'il fût bien constaté dans les re-
gistres qu'elles étaient étrangères aux jugements rendus ou à rendre; et l'archevêque de Canterbury déclara, au nom du roi, qu'en effet le droit de pétition était le propre des communes, et le droit de jugement, du roi et des lords*.
Telle fut la suite des actes judiciaires qui occupèrent le premier parlement de Henri IV. On avait commencé par le fait qui s'était accompli en dehors du parlement : la mort du duc de Glocester. W. Bagot et J. Halle y avaient impliqué le comte de Rutland ; mais le roi avait fait tomber la chose en ce qui touchait un prince dont la défection l'avait tant servi. Quant aux deux dénonciateurs^ ils avaient eu un sort fort divers. L'un, soupçonné d'être du conseil, avait été remis en prison, d'où l'on finit par le tirer; et l'autre, simple témoin de l'exécution, puni du supplice des traîtres. Puis on avait repris les actes du parlement de l'an xxi de Richard (1397). Mais, dans cette revue du passé, le premier coupable, celui qui se trouvait au premier rang sur tous les points incriminés, c'était le roi ; et maintenant qu'il était déposé, les communes avaient trouvé tout simple de le remettre en cause : c'était donner un nouveau gage à la main qui les avait choisies. Henri n'avait eu garde d'y résister; et, dans ce second jugement de faits déjà jugés, il paraissait encore user de grâce. Il avait demandé que Richard eût la vie sauve : c'est
1. Rot. Pari., t. III, p. ^27, § 79, et Chron. Ms. Bodl. ArchœoL, t. XX, p. 231. Le jour en nst donni'î dans los deux toxfps.
par mesure de salut public et pour le bien du royaume, qu'on le reléguait en prison pour toujours. — Après Richard, ses conseillers; et Henri n'eût pas été fâché de trouver parmi eux une victime : Salisbury, par exemple^ celui qui avait été envoyé à la cour de France pour combattre la faveur dont il y jouissait dans son exil. Mais aucun d'eux n'ayant aidé à ce dessein, il s'était vu dans l'alternative de l'épargner comme les autres, ou de frapper également des seigneurs, les plus grands du royaume, et plusieurs même, ses parents, ralliés à lui. Il avait mieux aimé le premier parti; et on s'était contenté de les ramener à leur ancien état, en leur retirant des titres et des biens reçus pour prix de leur complaisance criminelle.
Henri^ dans toutes ces affaires, avait donc pris le rôle le plus habile : ne refusant point toute satisfaction aux sentiments qu'il avait provoqués pour renverser Richard, et se faisant donner;, par la condamtion du roi déchu à la prison, une nouvelle garantie; mais bornant là toutes représailles, et, en ce qui touchait les amis de l'ancien roi , prenant à tâche de contenir plutôt que d'exciter le zèle de ses partisans. Il s'était montré, du reste, aussi libéral envers ces derniers, qu'ils l'avaient été eux-mêmes pour lui et pour sa propre famille. Henri, fils aîné du roi, avait déjà été nommé prince de Galles, duc de Gornouailles, comte de Chester. Le jour même oii l'on convenait de reléguer Richard en prison, il fut nommé duc de
Guyenne; et, un peu après, le roi lui conférait encore le duché de Lancastre, voulant maintenir à l'héritier du trône le titre de sa maison. L'archevêque de Canterbury, le principal agent de la révolution, et l'intermédiaire du roi auprès des communes ou des communes auprès du roi pour les honneurs conférés au jeune prince, eut à son tour sa récompense. Dès sa rentrée en Angleterre, il avait comme par un droit de retour {jus postliminn) qui se relevait du droit de la victoire, repris possession de son siège, aux dépens de Roger de Walden que Richard lui avait substitué. Mais Tintrus lui avait fait tort pendant son court passage. A la demande du duc d'York, du comte de Northumberland et de plusieurs autres seigneurs, le roi l'autorisa à en poursuivre toute satisfaction, ajoutant qu'il n'y avait personne à qui il se crût plus obligé de faire justice, et de se montrer favorable. Le comte de Northumberland et le comte de Westmoreland, outre les titres de connétable et de maréchal, obtinrent encore, le premier l'île de Man qu'avait possédée W. le Scrop; le second, le comté de Richmond que le duc de Bretagne perdait encore, après l'avoir si longtemps réclamé \
1. Le prince de Galles, duc de Guyenne, Hot. Pari, t. III, p. 427, J^ 75 ; — duc de Lancastre^ Ibid.y p. 428, S 81. — Demande de plusieurs lords en faveur de l'archevêque de Canterburtj (30 octobre). rbid., p. 427, S 78, et p. 434, ,S 109. — Ufle de Man au comte de Northumberland; — le comté de Richmond au comte de Westmoreland. Wals., p. 361; Otterbourne, p. 223. Cf. liot. Pari, t. III, p. 427, S 77.
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Dans cette réciprocité de bons sentiments, s'il fallait à l'autorité du nouveau roi quelque sanction de plus, le parlement ne pouvait que s'y prêter de bonne grâce. Il en était une que devait désirer surtout celui qui avait paru attacher tant d'importance à la sainte ampoule de Thomas Becket : c'était celle du saint-siége. Afin de lui rendre les négociations de ce côté plus faciles, le parlement mit à sa discrétion le fameux statut des proviseurs : non point, comme dans les dernières années de Richard, pour l'intervalle de deux parlements, et avec l'obligation de rendre compte des modifications qu'il y aurait fait subir ; mais avec le droit de le suspendre, de le supprimer même, et sans réserve. Les communes lui donnèrent une autre preuve de leur entier abandon. Comme au temps de Richard , elles exprimèrent le vœu qu'il fût aussi libre qu'aucun de ses prédécesseurs : vœu dangereux après l'abus que Richard venait d'en faire; aussi avaient-elles soin de rappeler que c'était à tort qu'il s'était cru par là autorisé à changer les lois. Henri^ content de cet acte de déférence, s'empressa de les rassurer, protestant qu'il n'en voulait faire usage que pour maintenir les statuts et les coutumes du pays (a).
Le roi en devait user surtout pour donner satisfaction aux demandes diverses des communes.
Le rôle des pétitions était naturellement fort chargé, à la suite de la révolution qui venait de s'accomplir. Il y avait beaucoup à réparer dans le passé; et pour
l'avenir, des garanties à prendre. Dans la double liste de pétitions qui fut soumise au roi, les communes demandent la suppression des actes de despotisme, la révocation des dons abusifs, la réparation des dommages soufferts par les comtés ou même par les personnes : indemnités aux condamnés ou à leurs héritiers, indemnités plus spécialement à l'archevêque de Ganterbury; elles intercèdent même en faveur des juges qui avaient signé jadis la fameuse consultation de Nottingham, en faveur de la duchesse d'Irlande, répudiée par Robert de Vère, et du jeune comte d'Oxford, neveu de Robert : c'était, il est vrai, faire leur cour à Henri, dont la duchesse d'Irlande et la comtesse d'Oxford étaient parentes. Elles demandent l'amnistie pour tout ce qui a été fait dans la dernière révolution; et^ d'autre part, que l'on confirme, nonobstant les décrets postérieurs, les ventes ou donations de biens confisqués par suite des jugements de l'an xi. Quant au présent et à l'avenir, elles veulent des mesures qui garantissent la paix publique à l'intérieur, et la défense du pays; des grands officiers à qui il soit interdit d'accepter des présents; des juges qui ne laissent point violer la loi sous prétexte que leur vie serait compromise à la défendre ; des juges de paix choisis dans chaque comté parmi les plus vaillants et les meilleurs; une enquête sévère en tout ce qui regarde les finances ; la suppression des pénalités qui pouvaient compromettre le» franchises de Londres, mais aussi la suppression de
l'inique tribut exigé par la ville au marché de Smithfield (a).
Le roi répondit généralement à ces demandes selon que les communes le désiraient. Il promit de bons juges, des officiers incorruptibles, le redressement des torts, la répression des désordres. Tout en rétablissant le parlement de l'an xi, il abolit, à la demande des communes elles-mêmes, comme un antécédent périlleux , l'article qui tenait pour traître quiconque tenterait la moindre chose contre les actes de ce parlement. Il avait déjà déclaré que le crime de trahison ne pourrait être recherché en dehors des définitions du statut d'Edouard III : sur la demande des communes que les accusations en cette matière ne fussent plus portées au parlement, mais aux cours du royaume, il promit de les renvoyer à la juridiction en usage chez ses prédécesseurs. Il prononça en parlement la suppression des livrées qui se liaient aux abus de la maintenance, reconnut aux vicomtes de Londres le droit de tenir leurs assises, même en l'absence du coroner, si, dûment convoqué, il négligeait de s'y rendre ; régla la question de l'étaple, gardant à Calais son privilège pour les grosses marchandises (laines, plomb et étain), et laissant au chancelier le soin de régler ce qui concernait les autres (beurre, fromage, miel, etc.), ce qui promettait, sur ce second point, la liberté. Il abolit les blancs seing exigés des comtés par Richard, et ordonna qu'ils fussent brûlés sur les places publiques des cités et des bourgs; il
confirma toutes les anciennes chartes de pardon : mais quant à l'amnistie qu'on le priait de rendre générale (à l'exception des meurtriers de Glocester) sans qu'on eût besoin de la demander, il ne l'accorda que dans les anciennes formes, fixant un délai, pour la demande de pardon, afin de tenir par ces déclarations les amnistiés sous le contrôle de sa police; et les différences pétitions qui intéressaient le Trésor^ motivèrent aussi des distinctions dans ses réponses. Les communes demandent-elles qu'on paye au nouveau roi ce qui était dû à Richard? le roi le veut; s'agit-il de payer au contraire les sommes que Richard a empruntées, les réquisitions qu'il a faites, les vivres qu'on lui a fournis? le roi s avisera. Faut-il réparer les torts de Richard à l'égard des partisans de Henri ? le roi le veut^ mais s'agit-il d'indemniser les comtés qui, tout en adhérant à la cause du nouveau roi, ont souffert du passage de ses troupes? le roi s'avisera; et ce n'est qu'avec des réserves analogues qu'il répond aux réclamations des communes contre les dons excessifs de son prédécesseur ou de lui-même (a). Avant de se séparer, le parlement eut à revenir encore, par un incident, sur les débats judiciaires qui avaient marqué les premiers jours de sa session. Il fil paraître devant lui W. Rickhill, ce juge envoyé à Calais pour interroger Glocester, et qui en avait rapporté sa confession, que l'on a vue (mardi, 1S novembre). Mais Rickhill avait si bien su mettre toutes les formes de la loi de son côté dans cette mission
délicate, que les esprits les plus mal disposés n'y virent rien à reprendre : il n'avait agi que selon un mandat exprès, n'avait rien fait que devant témoin, ni rien rapporté que Glocester n'eût écrit. De l'aveu de tout le monde^ le président du banc du roi le déclara sans reproche \
Une scène pénible marqua le dernier jour de ce parlement.
W. le Scrop, H. Green et J. Bussy avaient été décapités à Bristol : mais cette exécution sommaire pouvait n'avoir aucun effet légal en ce qui touchait leur état civil et leur succession. Les communes demandèrent que cette sentence fût sanctionnée par le parlement, afin qu'elle eût son plein effet. Là-dessus, le vieux Richard le Scrop se leva et demanda que ce que l'on ferait ne tournât point à l'exhérédation de ses enfants.
a Reconnaissez-vous que ce jugement et ce qui s'ensuivit fut bon, oui ou non?
— Oui, dit-il, et que mon fils soit un des condamnés, c'est là ce qui me fait peine. »
De tels procédés relevaient pourtant bien plus de la violence de la guerre, que du règne de la justice. Henri craignit que les conséquences n'en fussent exagérées^ et que, parce qu'il avait pris possession du royaume les armes à la main^ on ne pensât qu'il voulût par la suite en user selon le droit de la conquête. Il protesta qu'il entendait laisser à tous ce qu'ils tenaient selon