Ghron. anon., f
stance acçgravante de la préméditation. Rutland, dit la chronique française anonyme, (et c'est la tradition suivie presque de point en point par Shakspeare), Rutland, ce jour-là, dînait avec son père, le duc d'York. Le duc vit la lettre et voulut savoir ce que c'était. Il la prit, ou se la fit donner, et y trouva le secret de la conjuration : « Ah ! s'écria-t-il, saisi de colère et de p^eur ; ah I faux traître, tu as été faux au roi Richard, tu dois être faux et traître à ton cousin le roi Henri. Tu sais bien que je suis piège (caution) pour toi, et que j'ai engagé mon corps et mon héritage pour toi devant le parlement. Je vois bien que tu me veux faire mourir; mais, par saint Jean! j'aime mieux que tu sois pendu que moi. » Et le duc monta à cheval 'pour aller à Windsor en porter la nouvelle au roi et lui montrer la lettre. Rutland menacé résolut de prévenir le coup. Il devança son père à la résidence royale, fit fermer les portes du château, et, alla se jeter aux genoux du roi, criant merci. — « Mais, beau cousin, dit Henri, vous ne m'avez rien fait de mal. )) — Rutland lui fit connaître alors tous les seigneurs qui étaient du complot, le plan de la conjuration, comment Henri devait être pris avec ses enfants et Richard rétabli avec la reine. Il avoua qu'il était de leur conseil et en demandait pardon au roi. — « Si ce que vous dites est vrai, je vous le pardonne, dit Henri; mais si je le trouve autrement, par ma foi vous vous en repentirez! » En ce moment, le duc d'York arrive, apportant la lettre qu'il avait
enlevée à son fils. Le roi vit bien qu'il n'avait point de temps à perdre : il fit seller huit chevaux et courut à Londres. Il rencontra en chemin le maire, qui venait en toute hâte lui annoncer qu'on avait vu les seigneurs en campagne avec six mille combattants; et le roi n'était pas dans la cité, que les principaux conjurés, devançant l'heure marquée pour l'attaque, avaient déjà envahi le château de Windsor. Qu'on juge de leur consternation, quand ils virent que leur proie leur avait échappé (5 janvier 1 400) (a) !
Tandis que Henri , arrivé à Londres , expédiait Tordre d'arrêter les comtes de Kent, de Huntingdon et leurs complices, et faisait crier par la ville qu'on s'enrôlât pour le servir pendant quinze jours, les conjurés revenaient de Windsor au lieu où leurs troupes étaient réunies. N'ayant pu prendre Henri, il leur fallait de toute nécessité Richard, pour opposer roi à roi dans la lutte qu'ils avaient engagée. Ils répandirent le bruit qu'il était sorti de prison. Le comte de Kent, passant à Sunning, le dit à la petite reine, qui en fut bien joyeuse, et sa joie devait accréditer la nouvelle parmi ceux qui l'entouraient. Pour elle^ le roi était à Pomfret, où déjà il avait cent mille hommes sous ses ordres; pour les autres, les conjurés firent plus : ils dirent qu'ils l'avaient avec eux et ils le montraient; le chapelain Maudelein, si fameux par sa ressemblance avec Richard, avait été revêtu de l'habit royal, et jouait le rôle du roi prisonnier (b).
Le 6 janvier, dès le matin, Henri ayant rallié cin-
quante lances et six mille archers, sortit de Londres pour se mettre en bataille, en attendant que la milice de la cité le vînt rejoindre. Seize mille s'étaient fait inscrire, mais à trois heures aucun n'était encore arrivé. Henri craignait déjà une défection de la ville, quand il aperçut la bannière de Londres, suivie de huit mille cavaliers. 11 reprit dès lors confiance en sa fortune. Pour mettre à l'épreuve la sincérité de Rutland^ et, sans doute, pour tirer parti de son art consommé dans la trahison, il l'envoya comme en éclaireur vers les conjurés. Deux fortes avant-gardes le devgiient suivre, sous la conduite du comte de Sommerset(J. de Beau fort), et d'un autre baron, pour agir selon le besoin \
Rutland vint trouver les seigneurs qui le tenaient toujours pour leur complice; il leur annonça que Henri était sorti de Londres pour les combattre, mais il leur disait qu'il n'avait pas plus de deux mille archers. Ce n'était pas de quoi les inquiéter beaucoup. Néanmoins ils prirent la résolution d'aller vers le pays de Galles et le comté de Chester pour se faire une armée plus capable de tenir la campagne; et Rutland s'en vint avec eux, comme voulant partager en tout leur fortune. Ils marchaient donc sans défiance, quand, après le passage de la Tamise, ils virent paraître sur leurs derrières la tète des avantgardes dont Henri s'était fait précéder. Dès qu'elles