‹ Richard III, tragédie en 5 actesChapitre 14 sur 23 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Le salon du palais.

Olocesteh, assis,—Buckingham, Catesby,

Ratcliff, etc.

Glo. Ecartez-vous tous. (Ils sortent tous, excepté Buckingham.) Cousin Buckingham !

Jiuck. Mon gracieux souverain?

Glo. Donne-moi la main *,—c’est par tes conseils , et par ton aide que Glocester est enfin assis sur le trône d’Angleterre. Mais, dis-moi, cher cousin, ces grandeurs ne vivront-elles qu’un jour? Ou bien seront-elles durables ; en jouirons-nous avec tranquillité?

Buck. J’espère qu’elles seront éternelles, sire puissent-elles être toujours votre partage !

Glo. O Buckingham ! c’est en ce moment que je vais soumettre ton cœur à l’épreuve, et reconnaître si tu es un aini véritable. Le jeune Edouard vit ; sou frère Yock respire aussi. Devine ce que je veux dire.

Buck. Parlez, mon souverain chéri.

Glo. Je te dis, cousin, que deux scorpions rampent dans mon chemin, et m’en»pèchent d'atteindre le but où j’aspire : quoique ta main dévouée les ait éloignés de moi, cependant ils se glissent encore et offensent ma vue. Je voudrais qu’un ami sincère les écrasât.—Je voudrais être roi, mon cousin.

Buck. Et vous l’êtes en effet, il me semble , mon royal maître.

Glo. Ah ! suis-je roi?, sans doute mais Edouard est en vie.

Buck. C’est, vrai, mon souverain.

Glo. Cousin, tu n’avais pas ordinairement la conception si lente. Eli ! bien je parlerai sans détour.— Je désire la mort de ces bâtards, et je voudrais que ce fût terminé sur-le-champ. Me comprends-tu maintenant ?

Buck. Personne ne peut s’opposer aux désirs de votre Majesté.

Glo. En vérité ! il nie semble, mon cousin, que ton amitié se refroidit. Tu me refuses donc?-Ils 11e mourront pas £

Buck. Sire, comme c’est une action irréparable , accordez-moi un instant de réflexion. Je répondrai sur l’heure à votre majesté. (Il sort.)

Glo. Je me servirai d’agens moins clairvoyans. Quiconque examine mes actions avec des yeux si prudens , 11’est plus mon homme; — l’ambitieux Buckingham devint circonspect : ce qu’il y a de plus sage, c’est de me passer de lui. Il est peutêtre tout aussi bien qu’il n’ait pas consenti ; car alors le meurtre serait venu de lui et non de moi. Nous y pourvoirons.—Viens., Catcsby, où est ce Tirrel dont lu m’as parlé un jour £ lui as-tu remis de l’or , comme je te Pai ordonné ?

Cat. Oui, mon seigneur.

Glo. Rehiëts-lui cet anneau, et disdui que tout* a-l’heure je lui donnerai mes ordres.

( Catesby sort. )

Ce profond penseur de Buckingham ne sera plus Pâme de mes conseils. Quoi! il a si long-temps suivi mes pas sans se lasser, et maintenant il s’arrête pour prendre haleine ! Eh ! bien soit.

Stanley entre.

Quelles nouvelles, Stanley?

S tan. J’apprends, sire , que le marquis de Dorsei est allé joindre Richmond, qui habite la Bretagne.

Glo. C’est bien*, qu’il aille, milord : on peut l’épargner. Ecoute, ..Ratcliff. Quànd ns-tu vu lady Anne, la reine ? est-elle toujours souffrante? mon médecin S’est-il rendu près d’elle ?

Rat. Oui, sire ; son état est inquiétant.

Glo. Mais le médecin est fort habile. Elle sera bientôt guérie.

Rat. Je l’espère , seigneur.

Glo. Si réellement elle guérit, je me serais trompé sur l’hoinme ; il faut que j’épouse la lille dë mon frère*, je sais que le Breton Richmond prétend à sa main; cette alliance lui donnerait l’audace d’éiever les yeux jusqu’à la couronne. Mais me couvrir du sang des frères , est - ce le moyen d’obtenir la main de la sœur ? Et qu’importe? — Aussi long-temps qu’ils vivent, mon trône est placé sur des bases trop fragiles. C’en est-fait; j’y suis résolu. — Ils sont morts.

Buckingham entre.

Buck. Mon prince , j’ai mûrement réfléchi à la proposition que vous m’avez laite.

Glo. Fort bien ; n’en parlons plus. — Dorset a fui et s’est, rendu chez Richmond.

Buck. C’est ce que je viens d’apprendre , sire.

Glo. Siaulcy, il est votre proche parent. — Veillez sur ses démarches.

Iluck. Seigneur, je réclame le <lon que vous m’avez promis , et pour lequel vous avez engagé votre honneur et votre foi : le comté d’Hcreford avec toutes ses dépendances, dont la possession m’est accordée.

Glo. Stanley , veillez aussi sur votre femme. Si elle entretient quelque correspondance avec son fils Richmond, vous m’en répondrez.

Buclc. Que dit votre majesté sur ma juste demande !

Glo. Je me rappelle à présent... Henri VI, lorsque Richmond n’était encore qu’un petit espiègle, a prédit que ce Richmond serait roi. — C’est bien étrange ! roi.... peut-être...

Catesby entre.

Cat. Milord, j’ai exécuté les ordres de votre altesse.

Jiuck. Daignerez-vous prendre une résolution sur ma requête!

Glo. Conduisez Tirrcl dans mon cabinet : j’irai l'y trouver. (Catesby sort.)

Jjuck. Milord , je sollicite un moment d’attention de votre, altesse.

Glo. Je suis occupé. — Vous m’importunez. Je ne suis point en bonne disposition. (Il sort.)

Ihick- Quelle patience il faut avoir, juste ciel ! Iîst-ce ainsi qu’il récompense mes services! Estce pour cela que je l'ai fait monter sur le trône t Ali ! si, dans la paix du tombeau, ceux qui ne sont plus se souviennent encore des outrages qu’ils ont refus pendant leur vie, les âmes du malheureux Edouard, de Henri, de Clarence, de Hastings , et de tant d’autres victimes de sa perfidie sanguinaire, contempleront avec joie, du haut des cieux , la chute que se prépare le tyran. Ces infortunés souriront en voyant le monstre précipité du trône , périr sans obtenir un regret, en perdant connue eux la dernière goutte île sou sang.

Riciishu iii.

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