SCÈNE III
Un appartement dans la tour.
Tirree , Dighton et FoRest.
Tirrel. Venez , messieurs ; vous êtes-vous décidés sur les moyens à employer?
Forest. Les étouffer, cela 11e fera point de bruit.
Tirrel. Que cela soit fait dans l'obscurité : car si vous pouviez voir les traits de ces enfans , qui sait à quel point le regard de l’innocence disposerait vos coeurs à la pitié? Arrêtez-vous ici. Lieutenant, avez-vous apporté les clefs?
Brackenbury entre.
Brack. Je les ai, monsieur.
Tirrel. Eli bien, voici le gage sur lequel vous avez l’ordre de les livrer. (// Lui donne Vanneau/)
Brack. Que signifie cela? Quoi! livrer les clefs de la tour au milieu de la nuit ? Mais il ne m’appartient pas de raisonner. (Il sort. )
r Tirrel. Messieurs, par ici; voilà votre chemin.
( Ils sortent tous. )
Glocester entre.
Glo. Je voudrais que cela fût terminé! Il y a au fond de notre âme quelque chose d’agité , dont une stupide habitude s'effraie , au moment où l’on médite des actes funestes. La nature elle-même, comme si elle connaissait ma faiblesse efféminée, fait vibrer les libres de mon cœur, et sa voix me crie de renoncer à mon projet. Et puis , île penser à tout ce que pourront dire les hommes , à toutes les idées qu’ils vont se former ! Et n’avoir personne qui m’aime pendant ma vie , ou qui chérisse un jour ma mémoire ! Les races futures, quand elles apprendront l’histoire de ces tnfans, répandront des larmes sur une si triste destinée : elles frémiront au récit des crimes île Glocestcrj elles me
ACTE IV. 5i donneront le nom de monstre hideux , de tyran barbare et sanguinaire. Elles diront que , pour arriver au trône , j'ai foulé aux pieds toutes les lois divines et humaines. Eh bien ! qu’elles disent tout cela! Il faudra bien qu’elles ajoutent qu'au moins je parvins à ce trône, et que je n’eus pas la maladresse d’être criminel en vain.
Tirrel rentre.
Eli bien, mon cher Tirrel, que sont devenus les enfans? Dis, mon bonheur est-il assuré? As-tu disposé d’eux?
Tirrel. Si l’exécution de l’ordre que vous m’avez donné peut assurer votre bonheur, alors , seigneur, soyez heureux : la chose est faite.
Glo. Mais les as-tu bien vus morts?
Tirrel. Oui, milord.
Glo. Et enterrés, mon cher Tirrel?
Tirrel. Sur ce point, j’ai cru devoir attendre le bon plaisir de votre altesse.
Glo. J’y suis. — Je veux être sûr de mon fait. — Procurez-moi un cercueil percé à jour; qu’ils y soient enfermés tous deux; et puis , écoute bien , pendant la nuit, jette-les dans la Tamise ; là, ils trouveront leur chemin pour aller au fond. En attendant, vois comment tu désires que je'te récompense, et sois sûr d’obtenir l'objet de tes vœux.
Tirrel. Je remercie humblement votre altesse.
Glo, IIemplis exactement mon intention, cher Tirrel.
Tirrel. Comptez, milord , que la chose est faite.
(Il sort.)
Glo. Me voilà donc délivré de mes craintes les plus vives. Les fils d’Edouard sont allés jouir du repos éternel, et lady Anne , ma femme , a dit un éternel adieu à ce monde ; tandis nue ma nièce , la belle Elisabeth, brillante comme l’étoile du matin , est le point lumineux où se dirigent mes espé-i rances.
Catesby revient.
Cat. Seigneur !
Glo. Quelles nouvelles? sont-elles bonnes ou mauvaises? tu entres avec tant de précipitation?
Cat. Mauvaises nouvelles, seigneur : Morton est allé rejoindre Henri de Richmond; et Buckingham, secondé par les téméraires Gallois, a pris les armes : ses forces augmentent sans cesse.
GLo. L’alliance de Morton et de Richmond me donne plus de soucis que Buckingham et ses forces levées a la hâte. Mais, allons : le danger s’éloigne quand on va au devant de lui avec courage ; l’hésitation n’est le partage que de ^impuissance et de la peur. Mon bras va s’armer, sans perdre un ins-> •tant, pour retomber avec une force terrible sur la révolte qu’il va écraser. Passons la revue de nos troupes. Mon bouclier est mon seul conseiller : il J'aut agir avec promptitude, quand Jes traîtres sont entrés en campagne. ( Tous sortent.)