‹ Richard III, tragédie en 5 actesChapitre 18 sur 23 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

La plaine de Bosworth.

Glocester entre avec Norfolk, Ratcliffe, etc.

Glo. Plaçons ici notre tente , dans la plaine de

Bosworth : mon cher Norfolk, votre empressement

à m’amener du renfort mérite toute ma gratitude.

Nor. Je trouve ma récompense , sire , dans la

possibilité île servir mon souverain.

Glo. Je vous remercie, Milord—Qu’on dresse

ma tente ; je passerai ici la nuit.—Mais où la pas-

serai-je demain? Eli! qu’importe!—Quelqu’un de

ities bons amis a-t-il reconnu le nombre des re*

belles ?

Nor, .Si le rapport de mes émissaires est exact,

le nombre se monte à six ou sept mille hommes

tout au plus.

Glo. Notre armée est donc trois fois plus nom-

breuse. D’ailleurs, le nom et la présence du Roi

forment un rempart invincible que n’a point Je

parti rebelle.

Nor. Il leur manque encore bien des choses,

Sire; ils n’ont ni force, ni vie, ni courage. —Si

vous saviez combien l’aspect de leurs troupes est

misérable ! — c’est un ramas île montagnards

en lambeaux, pauvres, affamés, de véritables

épouvantails! Leurs bourreaux, les voraces cor-

beaux volent sur leurs têtes, impatiens de se re-

paître de cette maigre proie !

Glo. Par Saint-Paul, nous leur enverrons de la

nourriture et des vôtemens ! Allons qu’on donne

de la pâture à leurs chevaux habitués au jeûne > et nous les battrons ensuite.—Jusques à quand faudra-t-il attendre que ces insensés nous procurent l'occasion de leur abattre la tête?

Nor. A moins que la famine n’épargne ce travail à nos épées, le soleil de demain eclairera leur perte; j’ai appris qu’ils livreraient bataille tout de suite.

Glo. Le plutôt, sera le mieux. — Venez, Milords, venez reconnaître les meilleurs positions du terrain. Qu’on appelle quelques officiers expérimentés.

Nor. Mon gracieux souverain...

Glo. Que veux-tu, Norfolk?

Nor. Oserais-je offrir à votre majesté un moyen d’épargner le sang que l’on répandra demain ?

Glo. Quel est-il, Milord ?

Nor. La triste situation des rebelles me persuade que si on offrait le pardon et la vie à tous ceux, quia l’instant, mettraient bas les armes, le jeune Richmond, au lever de l’aurore, se trouverait absolument seul.

Nor. C’était, en effet, la méthode de Henri VI \ elle ne contribua qu’à faire de son règne une époque de troubles. Non, je veux être Monarque, en dépit des hommes; non, laissons la clémence aux rois qui tremblent... Je ne veux que la vengeance.

(il sort.)

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