SCENE II
La plaine de Bosworth.
Glocester entre avec Norfolk, Ratcliffe, etc.
Glo. Plaçons ici notre tente , dans la plaine de
Bosworth : mon cher Norfolk, votre empressement
à m’amener du renfort mérite toute ma gratitude.
Nor. Je trouve ma récompense , sire , dans la
possibilité île servir mon souverain.
Glo. Je vous remercie, Milord—Qu’on dresse
ma tente ; je passerai ici la nuit.—Mais où la pas-
serai-je demain? Eli! qu’importe!—Quelqu’un de
ities bons amis a-t-il reconnu le nombre des re*
belles ?
Nor, .Si le rapport de mes émissaires est exact,
le nombre se monte à six ou sept mille hommes
tout au plus.
Glo. Notre armée est donc trois fois plus nom-
breuse. D’ailleurs, le nom et la présence du Roi
forment un rempart invincible que n’a point Je
parti rebelle.
Nor. Il leur manque encore bien des choses,
Sire; ils n’ont ni force, ni vie, ni courage. —Si
vous saviez combien l’aspect de leurs troupes est
misérable ! — c’est un ramas île montagnards
en lambeaux, pauvres, affamés, de véritables
épouvantails! Leurs bourreaux, les voraces cor-
beaux volent sur leurs têtes, impatiens de se re-
paître de cette maigre proie !
Glo. Par Saint-Paul, nous leur enverrons de la
nourriture et des vôtemens ! Allons qu’on donne
de la pâture à leurs chevaux habitués au jeûne > et nous les battrons ensuite.—Jusques à quand faudra-t-il attendre que ces insensés nous procurent l'occasion de leur abattre la tête?
Nor. A moins que la famine n’épargne ce travail à nos épées, le soleil de demain eclairera leur perte; j’ai appris qu’ils livreraient bataille tout de suite.
Glo. Le plutôt, sera le mieux. — Venez, Milords, venez reconnaître les meilleurs positions du terrain. Qu’on appelle quelques officiers expérimentés.
Nor. Mon gracieux souverain...
Glo. Que veux-tu, Norfolk?
Nor. Oserais-je offrir à votre majesté un moyen d’épargner le sang que l’on répandra demain ?
Glo. Quel est-il, Milord ?
Nor. La triste situation des rebelles me persuade que si on offrait le pardon et la vie à tous ceux, quia l’instant, mettraient bas les armes, le jeune Richmond, au lever de l’aurore, se trouverait absolument seul.
Nor. C’était, en effet, la méthode de Henri VI \ elle ne contribua qu’à faire de son règne une époque de troubles. Non, je veux être Monarque, en dépit des hommes; non, laissons la clémence aux rois qui tremblent... Je ne veux que la vengeance.
(il sort.)