SCÈNE II
La Tour.
Richaud de Glocesteh entre.
Glo. Enfin le soleil d’York change en glorieux été l’hiver de nos disgrâces : et les nuages qui
ACTE I. i3 couvraient notre illustre maison, sont ensevelis dans le sein profond de l'océan. Maintenant, notre front est ceint des guirlandes de la victoire; nos armes brisées , suspendues en trophées , servent de monument à nos exploits, et le bruit de nos marches guerrières s'est changé en concerts d’allégresse. La guerre au visage affreux adoucit les rides de son iront menaçant ; au lieu de monter des coursiers revêtus de l’armure des combats , et de porter l’effroi dans le cœur de nos ennemis, admise aujourd’hui dans les cercles de nos dames, elle danse d’un pied léger aux sons d’un luth voluptueux. Mais moi, qui ne suis point formé pour ces jeux, ni pour caresser de l’œil une glace amoureuse; moi, qui grossièrement taillé, ne puis déployer lesgvàces de la galanterie devant une nymphe folâtre et légère; moi, en qui la perfide nature a mutilé les belles proportions; moi, à qui elle a inalignement refusé des traits'etune physionomie, objet défiguré, imparfait, jeté avant le terme sur le monde , à peine à demi ébauché, et encore d’une manière si défectueuse et si bizarre que les chiens mêmes aboient après moi, en voyant ma marche illégale; moi , qui, dans ces ébats efféminés de la paix, n'ai aucun plaisir où je puisse occuper mes loisirs, à moins que je ne passe mon temps à suivre mon ombre au soleil, et à contempler dans tous ses détails ma propre difformité ; eh! bien, puisque sur la terre je ne puis trouver d’autre jouissance que celle de tourmenter, de dompter, et de renverser ceux qui sont ]dus heureux que moi; puisque Le monde n’est pour moi qu’un véritable enfer , jusqu’au momentoù la tête de ce tronc difforme sera couronnée d’un brillant diadème Mais ce diadème est à une si grande hauteur ! oh ! j’aurai besoin de toute l’énergie de mon âme pour y atteindre ! N’importe, je veux l’essayer; je monterai sans crainte et sans remords, et la tète de Henri me servira de marche-pied.
( II sort. )
Richard ni.