RICHAUD III
Lady A. Dis plutôt que c’est mon devoir de ine venger de l'homme qui tua mon époux.
Glo. O divine beauté! celui qui tua tou époux , ne le lit que pour t’en donner un meilleur.
Lady A. li n'en existe pas de meilleur sur la terre.
Glo. II en est un qui t’aime plus que ton époux ne t’aimait.
Lady A. Nomme-le.
Glo. Plantagenet.
Lady A. Eh bien , c’était lui.
Glo. Le nom est le môme, mais l’homme est bien plus épris.
. Lady A. Où donc est--il?.
Glo. Oh! regarde avec des yeux plus doux!.... le voici.
Lady A. Que mes yeux n’ont-ils le regard du basilic pour te donner la mort!
Glo. Je le voudrais; ils me tueraient du moins d’un seul coup, tandis qu’Üs me font mourir d’amour et de désespoir tout en me laissant la vie. Jamais je n’ai supplié ni ami ui ennemi; jamais ma langue ne put se plier à des mots doux et flatteurs; mais aiijoimi’hui, que ta beauté devient l’uniqiie objet. île mon ambition, mon cœur superbe s’abaisse à prier, et force ma langue à employer le la image de l’amour.
Lady A. Est-il sur la terre une seule voix qui s’élève en ta faveur? Comment oscs-tu me parler d’amour, à moi qui l’abhorre.
Glo. Ali ! ne déligure pas cette belle bouche par l’expression du mépris ! Si ton cœur inexorable me refuse tout pardon, eli bien! prends celte épée acérée : si c’est ton désir de la plonger dans ce cœur sincère , et de me faire exhaler cette âme <1 ni t’adore, j’oli’ie mon sein nu au coup mortel, cl je te demande à genoux la mort.
Lady A. (à pari.) Que dire? que faire? Dieu puissant., guide-moi !
Glo. Allons, n’hésite pas, car je tuai le roi
ACTE H. a3 Henri.... Mais ce fut ta beauté qui m’y força • Frappe! c’est moi qui poignardai le jeune Edouard... ■ Mais ce fut ce céleste visage qui me rendit assassin. Et je suis prêt à me réjouir de tout ce que j’ai fait, tant mon cœur est inébranlable.—Mais, semblables aux rayons de la lune, qui font obéir les mouvemensde la mer agitée, tes yeux tout-puissans ont changé mon âme, et la remplissent de repentir. ( Eadx Anne laisse tomber l’épée. )
ifelève cette épée ; ou bien ordonne moi de me relever.
Lady A. Non; quoique je désire ta mort, je ne puis être ton bourreau.
Glo. Eh bien! ordonne-moi de me tuer moimême , et je le ferai.
Lady A. Je te l’ai déjà dit.
Glo. C’était dans ta colère Mais redis-le encore , et à ton ordre cette coupable main, qui, par amour pour toi, tua l’objet île ta tendresse , par amour pour toi te vengera sur ton amant : tu seras complice de la mort de tous deux. Eh quoi! pas un mot, ni pour me pardonner, ni pour me condamner! Mais tu as raison, tu peux me tuer par ton silence. Cependant, même après la mort, mon âme, en planant auprès de toi, te poursuivra encore.—Oh! ne repousse pas les larmes du repentir ! je te demande seulement la permission de me livrer à mon froid désesjioir.
Lady A. Ne me blâmeras-tu point, si je te pardonne tes crimes ?
Glo. Ils ne peuvent pas être pardonnes; le repentir lui-même ne saurait les expier. — O fatale pensée qui à la fois m’accable sous le poids du remords et du désespoir!—Mais, sans me pardonner, accorde-moi ta pitié.
L,ady A. Que je voudrais Connaître ton cœur!
Glo. Tu le vois sur ma langue.
Lady A. Je crains bien qu’ils ne soient faux tous deux.
Glo. Alors il n'y eut jamais d’homme sincère. *4 RIGIIAUD III.
Lady A. Reprends tou épée.
GLo.-Dis alors que tu nie pardonnes.
Lady A. Tu le sauras plus tard.
Glo. Mais puis-je au moins vivre dans l’espérance '?
Lady A. Tous les hommes, j’espère, vivent ainsi.
Gio. Je te jure, belle sainte, que je ne suis plus le même; tes yeux ont inspiré une douceur de femme à mon cœur endurci : ta bonté me fait chérir le remords, et mes pensera féroces sont maintenant pacifiques et affectueux. Oh ! si ton humble et dévoué adorateur obtient encore une seule faveur de ta main généreuse', tu confirmes son bonheur pour jamais.
Lady A. Quelle est-elle'?
Glo. Qu’il vous plaise de laisser la conduite de ce triste convoi à celui qui a le plus de sujet de prendre le deuil : allez maintenant vous reposer à ma maison de Crosby : dés que j’aurai solennellement fait inhumer cette victime royale dans le monastère de Cher tsey, dès que j’aurai arrosé sa tombe des larmes de mon repentir, j’irai vous rejoindre dansîlessentimens qui sont dus à votre vertu. Pour plusieurs raisons importantes, je vous en conjure, accordez-moi cette faveur.
Lady A. De tout mon cœur; j’ai bien de la joie dé vous voir si touché de repentir. Brandon et Stanley, accompagnez-moi.
Glo. Dites-moi donc adieu.
Lady A. C’est plus que vous ne méritez; mais puisque vous m’apprenez à vous flatter, imaginezvous que je vous ai dit adieu.
( Lady Anjvf, sort avec Brandon cl Stanley. )
Vu garde. A Cliertsey, milord ?
Glo. Non, a White-Friars; attendez-y mon arrivée.
(Les gardes sortent avec le corps du roi.)
S’avisa-t-on jamais de parler d’amour à une femme «le cette étrange manière ? et lit-on jamais de cctic