ACTE 111, SCÈNE
WILLIAiAl.
C'est vrai, maîfre; j'ai un peu regardé garrotter cinq ou six juifs qui se sauvaient dans les environs comme des hiboux surpris par le jour.
HAWKINS, travaillant.
Les violences continuent. ,
AYILLIAM.
C'est une vraie chasse aux juifs, quoi ! on leur fait rendre en un jour ce qu'ils ont mis vingt, trente ou quarante ans a voler.
HAWKINS
Samuel n'a pas été arrêté, au moins ?
AYILLIAM.
Quanta celui-là, vous pouvez être tranquille; on ne lui mettra la main dessus qu'au jugement dernier. Il se sauve de maison en maison sous toutes sortes de déguisements. Je m'étonne qu'il ne soit pas encore venu vous demander un asile.
HAWKINS
Je ne le souhaite pas, mon enfant, mais ma maison serait la sienne.
AYILLIAM.
La sienne? mais vous ne savez donc pas le sens de l'édit royal qu'on a crié tantôt sous vos fenêtres ?.. . [Appuyant sur les mots.) « Tout juif qui cherchera a fuir sera tenu pour traître; « tout chrétien qui donnera asile à un juif wsera traité comme a son complice. » Signé le roi.
NELLY
Vous l'entendez, mon père?
HAWKINS
J'entends, ma fille, j'entends; mais il y a en nous quelque chose qui doit échapper et qui échappera toujours aux violences et k la domination des hommes. C'est notre conscience. (-4 Wil-
70 RICHARD lll.
/zam.) Ces feuilles ne sont qu'à moilié broyées. {Il les broie.) Samuel, que je n'ai pas vu depuis dix ans m'a rendu un service réel dans ma jeunesse : il m'a prêté deux angelots avec lesquels j'ai payé mon premier instrument de travail. Sans lui je serais peut-être mort de faim. {A William.) La poudre? (// la met dans le mortier et continue de broyer tout en parlant à Nelly.) On n'a pas le droit d'oublier ces clioses-là J'ai toujours été résolument aux extrêmes. La science, j'y ai mis mon àme; la haine, j'y mettrais mon salut; la reconnaissance, j'y mets ma vie. — {A William,) Le flacon?
WILLIAM
Ah! bon, je l'ai oublié.
(11 sort.)
HAWKINS
Sa Grâce la reine lui a rendu un mauvais service en le mettant en apprentissage chez moi : il était inutile chez elle, il est impossible ici : Vois-tu ? j'ai trois dettes sacrées : ma dette à Samuel, ma dette a Scroop... ma dette a la reine, à la reine surtout qui a été la providence de ma vie. {Il s'arrête à un cri que l'on entend.) Quel est ce cri ?
NELLY
Un cri sinistre, mon père!
HAWKINS, allant à la fenêtre.
C'est un hibou!
NELLY
Un présage de mort !
HAWKINS
De qui parlions-nous ?
NELLY
De la reine !
HAWKINS
Dieu veille sur elle! — Donne-moi son horoscope. (// va à la croisée et parle alternativement les yeux du ciel au parche-