ACTE 111, SCÈNE XIL
LA REINE
Tu le jugerais, n'esl-ce pas ?
Madame, je le jure!
(Mouvement de la reine.)
SCROOP, vivement.
Reine, vous êtes encore plus pâle que vous ne l'étiez?... Qu'avez-vous? pourquoi ces questions? que craignez-vous enfin?
LA REINE, se contenant.
Rien, oh! rien. {A Hawhins,) Et c'est bien là le narcotique destiné à Elisabeth ?
HAWKINS
Oui, madame,
LA REINE, prenant le flacon des mains de Hawkins.
Et bien! périssent l'estime et l'amitié que je t'ai portées, avec ce flacon que je brise!
HAWKINS, lui arrachant le flacon.
Ah!
LA REINE, éclatant.
Traître, tu aurais trahi et vendu le fils de ton Dieu !,. traître, lu trahis et tu vends la fille de ton roi !...
HAWKINS
Madame!
LA REINE
11 y a là quelqu'un, là, là , derrière cette porte !
SCROOP
Ciel et terre !
LA REINE
Se nomme-l-il Rutland ou Richard ?
HAWKINS
Il se nomme mon hôle, madame!
SCROOP, portant la main à son poignard. Hawkins!
HAWKINS, se découvrant la poitrine.
Assassinez! [Scroop recule.) Je ne vous ai pas demandé votre secret, madame. Je voulais bien sauver votre fille au péril de ma vie; maisk cette condition, qu'en fait d'honneur et de loyauté je marcherai de pair avec les plus fiers et les plus dignes ! LA REINE, ébranlée.
Hawkins...
SCROOP, bas àla reine.
Un traître n'a pas cet accent ni ce regard hautain !
LA REINE, à Hawkins.
Le malheur dispose au soupçon... j'ai tort, tuas raison, je te crois.
(Elle lui remet la lettre.) HAWKmS, Merci, madame, merci! cet honneur que j'ai défendu contre vos soupçons, je vous le confie maintenant. En effet, il a la un homme... c'est un juif que j'ai cru devoir sauver; il se nomme Samuel. Il n'a pu rien entendre, car il est sourd. {A Scroop.) Voyez.
SCROOP
Non, ta parole nous suffil ; pardonne- moi.
LA REINE, leur prenant solennellement la main.
Je vous confie ma fille !
SCROOP, s'agenouillant et baisant la main de la reine. •
Reine, j'ai une mère, je vous comprends. HAWKINS, de même.
Je suis père, madame, je songertii a ma fille, en vous servant.