ACTE IV, SCÈNE XYll
LA REIKE, aux barons.
Ah! je vous jure que cet homme ment! Mais non, vous ne le croyez pas... milords, vous ne le croyez pas... vous ne pouvez croire à celle monslruosilé... Je voulais la sauver! — Ah! si les os de ma mère, si les os de mes fils étaient la, ils vous diraient: Il ment! [Elle presse sa fdle dans ses bras. )Ma.i}\]el.., Voyez, ladys, vous êtes des mères... On n'embrasse pas les enfants qu'on lue! {Pleurant.^ la tête dans ses mains.) Oh! les misérables! {Avec violence.) Eh bien! non, je ne pleurerai pas. je ne me résignerai pas ; je ne me tairai pas! Ce corps ne sortira d'ici que quand mon innocence sera reconnue. Milords, j'en appelle au jugement de Dieu!
Vive Dieu ! le champ clos est ouvert! Mais où est-il le chevalier qui brandira l'épce ou la lance en l'honneur d'une mère qui tue son enfant!... Où est-il?
SCROOP, à part.
Oh! l'infâme!
LA REINE
Je suis la veuve d'Edouard, milords. Vous m'avez vue sur le trône et dans l'adversité, — je suis resiée digne de ce nom. Mais je suis une mère cruellement éprouvée, vous voyez! [Elle montre sa fille.) Vous pouvez compter mes plaies par vos blessures; car mon cœur a saigné de tous vos malheurs, car mon deuil a été celui de l'Angleterre! — Un seul enfant me restait, et la voilà morle!... Et l'on m'accuse de sa mort! (Mouvement de Richard. — La reine avec impétuosité.) Ah ! laisse-moi parler ! est-ce que tu crois que la lionne a peur du tigre ? (Aux barons.) Je suis innocente, milords! — Vous avez trop vu mes larmes pour ne pas les reconnaître! Eh bien! s'il y a parmi vous un liomme compatissant, j'en appelle à sa pitié; un homme généreux, j'en appelle à son courage; un fils et un père, j'en appelle au respect de l'un et à l'amour de l'autre ! {Se jetant à leurs pieds.) Milords, c'est la veuve de voire roi qui se met sous
voire garde! {On s' éloigne- d'elle.) Vous vous éloignez. [Se levant.) Vous me reconnaissez, je crois? Qui t'a fait duc et comte, Surrey?... c'est moi!... Qui t'a enrichi, William Watz?... c'est moi!... Qui a marié ta fille et sauvé ton fils de l'échafaud, John Howard?... c'est moi! — Vous vous taisez? Ah! les lâches, les lâches, les tâches!
(Elle tombe presque sans vie sur le corps de sa fille en sanglotant.)
SCROOP, aux seigneurs.
Chevaliers félons et discourtois!... si votre silence est une accusation, vous en avez menti par la gorge! [Relevant la reine.) Relevez-vous, madame, relevez-vous ! [Aux barons.) — Oui, devant Dieu et devant les hommes, je vous défie, vous, vos fils, vos frères, vos neveux... Je vous défie, chevaliers couards et déloyaux... Je vous défie a la lance, au poignard, à l'épée, a la hache, a la vie, a la mort! — Ouvrez la lice, je suis prêt !
Qu'en dites-vous, milords ? Mon bouffon ! Un boufi^on pour chevalier? Un bouffon pour défenseur? Allons, vous êtes vengés de leurs injures! [A Scroop.) Ton sabre de bois pour que je te châtie, boufi'on!
SCROOP
Roi Richard! tu mens! Je te jette mon gant a la face, et avec mon gant, je le jette mon nom : je suis Raoul de Fulke!
TOUS, se précipitant sur le gant.
Raoul !
Qu'aucun ne touche à ce gant, c'est le gant d'un traître! — =■ [Appelant.) Le bourreau!
(Un liomme rouge entre.) RICHARD, au bourreau.
Ramasse ce gant... il est a toi, et cette tête aussi... Va !
(lldésigne Raoul.)