‹ Richard IIIChapitre 42 sur 259 · ACTE II, SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VIII

L'alliance qu'il nous propose?

ELISABETH

L'alliance du bourreau et de la victime !

LÀ REINE

Il veut que tu sois reine, enfin !

ELISABETH

Moi ?

LA REINE

Reine d'Angleterre!...

ELISABETH

Reine de ce roi ? moi ? M'épouser ? lai ? ce monstre ?

LA REINE

Oh ! plus bas ! plus bas !

ELISABETH

Ah ! l'impudence du crime est encore plus odieuse que le crime lui-même ! Sa femme ? et vous n'avez pas frémi d'y penser, ma mère?... Mais vous, enfin, le pourriez-vous, dites, le pourriez-vous?

LA REINE, avec horreur.

Il m'a tué mes fils, moi !

ELISABETH

Il m'a tué mes frères !

LA REINE, prenant Elisabeth dans ses bras.

Ma pauvre fille!

ELISABETH

Votre pauvre fille, en effet, si je pouvais consentir à cet hymen monstrueux. ( Arrachant la fleur que lui a donnée Richard, et la jetant loin d'elle.) Ah ! celte fleur ! — Et que lui avez-vous répondu ?

LA REINE

Je t'ai laissé la libre disposition de ta main.

ELISABETH

Tant mieux ! j'aurai la joie de lui répondre.

LA REINE

Tu me fais frémir!... Ah I ne le heurte pas trop durement... Fais-toi douce en le repoussant... émousse ton indignation, dissimule ton mépris, cache l'horreur qu'il t'inspire... — C'est possible !... — Enfin, j'ai plus souffert de sa cruauté que personne et j'ai eu le courage de lui sourire, moi ! Je l'aurais encore... Ah! c'est que je t'aime, et que je l'ai fait pour toi ! — Voyons !... c'est ma vie que tu ménages en ménageant la tienne. Mourir n'est rien, c'est de vivre seule qui est

affreux ! (Pressant sa tête entre ses mains.) Ah ! tu ne sais pas tout ce qu'il y a de joie et d'amour dans celle belle tête blonde que je tiens !... Oh ! ma noble Betty, oh ! ma loyale fille, sois hypocrite et fourbe par pitié pour moi !

ELISABETH

Je me contiendrai... je vous le promets.

LA REINE, l'embrassant.

Oh î merci! — Le voici! [Serrant la main d'Elisabeth.) Va, je suis tranquille!... Ah!... n'aie pas cet air hautain. Compose ton visage ; qu'il ne devine pas ton âme en entrant. — Sourismoi... souris-moi!... (Elle s'efforce de sourire^ mais ses larmes éclatent malgré elle.) Oh ! mon Dieu !

(Elle essuie vivement ses larmes en apercevant Richard.)

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