‹ Richard IIIChapitre 44 sur 259 · ACTE II, SCÈNE IX · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IX

Près de vous, Betty, c'est dans le cœur qu'elles prennent leur source. Je suis de vos amis.

ÉLlSABEin.

Mes amis, milord... — {Elle rencontre le regard de sa mère. [Se contenant.) Mais dans toutes les personnes que j'ai aimées, je n'ai dû voir jusqu'ici que des victimes frappées par une loi fatale. Voilà peu de jours encore, je pleurais sur le corps inanimé de celle qui fut votre épouse... mon amitié porte malheur.

Tant mieux! on prouve qu'on y attache du prix en la recherchant. Mais ces sombres pensées s'évanouiront.

ELISABETH

Je n'ai pas cessé de pleurer mes frères !

Je les pleure avec vous. Mais ces liens ne sont pas les seuls qui nous rattachent au bonheur... De nouvelles affections remplaceront celles que vous pleurez... une nouvelle famille...

ELISABETH

Je ne me marierai jamais.

RICHARD, souriant.

Jamais ?

ELISABETH

Jamais!

Venons au fait. Votre mariage est décidé. Les difficultés , s'il s'en élève, ne peuvent venir que de vous. Je vous aime, et vous offre ma main.

ELISABETH

J'avais besoin de vous entendre pour y croire.

Toutes les convenances ne se rencontrent-elles pas dans cette union? Vous êtes ma plus proche héritière, n'est-il pas juste que je partage mon trône avec vous.^

ELISABETH

Avec moi? vous? vous?

LA REINE

Ma fille !

RICHARD, avec autorité.

Oui, moi, le roi!

ELISABETH, avec horreur* Non, Richard!

LA REINE, à part.

Ah! Dieu!

3a RICHARD m.

RICHARD, menaçant.

Eh bien! soit, Ricliard!... Richard, puisque ce nom signilie plus que roi!

Mon frère !

LA REINE, vivement à Richard.

RICHARD, souriant.

Quoi donc?... — Ah je vous l'ai dit, , ma sœur, du sang d'York, du véritable sang d'York... {A Elisabeth.) Vous êtes jeune, mais vous n'êtes pas une femme vulgaire ; vous avez assez de vigueur d'esprit pour me juger. Je ne suis pas un saint, tant s'en faut, mais, grâce au ciel, j'ai les mains pures du sang de vos frères... {Mouvement d'Elisabeth et de la reine.) Oui, milady, pures de leur sang, et si Dieu se faisait entendre, il vous dirait quelle tête j'ai fait tomber qui n'ait été un holocauste offert au repos du pays. Innocente et généreuse, vous ne voyez que le sang versé, le sang qui vous répugne, et vous en détournez les yeux avec horreur... Je le comprends, Betty. Mais dans ces temps funestes, les familles royales portent en elles cette fatalité terrible, que pour obéir à leur mission, elles sont condamnées a déchirer leur propre sein. Celui qui a cent pieds de terre à labourer peut se dire : je n'irai pas plus loin. Mais un roi en peut-il dire autant ; un roi que tiraillent la turbulence hautaine des barons et l'inconsistance du peuple? J'ai été calomnié, Betty; j'ai été chargé de bien des crimes que d'autres ont commis... mais écartez ces nuages sanglants, écartez -les, et vous ne verrez que l'instrument docile de Dieu !

ELISABETH

Dieu vous écoute, milord !

RICHARD, souriant.

Et il m'entend... ce que vous n'avez pas l'air de faire, milady.

ÉLIS-iBETH.

Eh bien! voici ma main... cette main où palpite encore la dernière étreinte de mes frères... cette main qui a bercé Richard enfant et apaisé ses cris par le sommeil... celte main qui a été l'appui inutile d'Edouard, milord, la voila !... osezvous y mettre la vôtre sans frémir ?

RICHARD, mettant sa main dans la sienne. Ainsi soit-il, belle nièce !

ELISABETH, rejetant violemment la main du roi.

Ah ! gardez votre trône ! — Votre trône ? Quelle est la femme qui voudrait s'y asseoir? Votre trône : écliafaud d'infamie; votre sceptre : poignard d'assassin qui a frappé les plus nobles cœurs!... et je consentirais à mettre ma main loyale dans ta main dégoûtante de sang!... Arrière, roi Richard!... ce n'est m.s une compagne que tu peux avoir, c'est une complice j ce

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