‹ Richard IIIChapitre 75 sur 259 · ACTE III, SCÈNE Xli · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE Xli

LA REINE

Je croyais te l'avoir remis. {Rutland, qui a tout écouté sans se montrer^ refermp. la 'porte. La reine s'en aperçoit. A part.) Dieul il y a là quelqu'un... celte porte a remué!

HAWKmS.

Qu'avez-vous, madame ?

LA REINE; à part.

On nous écoutait!

SCROOP

Vous pâlissez, ma souveraine!

LA REINE, maîtrisant son émotion.

Non, ce n'est rien. (.4 Hawkins.) Ainsi lu es bien sûr de tes gens, Hawkins?

HA^-KINS.

Oui, madame, comme de moi.

Comme de toi? c'est bien... Et personne ne nous écoute? [Mouvement de Hawkins. — A part.) Il le savait ! [Haut.) La, par exemple ?

HAWKINS, à part.

Samuel est sourd;, je ne me parjure pas. {Haut.) Non, personne !

LA REINE

Tu le jurerais, n'est-ce pas ?

HAWKINS

Madame, je le jure!

(Mouvement de la reine.) SCROOP, vivement.

Reine, vous êtes encore plus pale que vous ne l'étiez ?... Qu'avez-vous? pourquoi ces questions? que craignez-vous enlin? LA REINE, se contenant.

Rien, oh! rien, (i Hawkins.) Et c'est bien là le narcotique destiné a Elisabeth ?

HAWKINS

Oui, madame.

LA REINE, prenant le flacon des mains de Hawkins. Eh bien! périssent l'estime et l'amitié que je t'ai portées, avec ce flacon que je brise!

HAWKINS, lui arrachant le flacon.

Ah!

LA REINE, éclatant.

Traître, lu aurais trahi et vendu le fils de ton Dieu!... traître, tu trahis et tu vends la fille de ton roi !...

HAWKINS

Madame î

LA REmE. Il y a là quelqu'un, Ik, là, derrière cette porte 1

SCROOP

Ciel et terre !

LA REINE

Se nomme-t-il Rutland ou Richard ?

HAWKINS

Il se nomme mon hôte, madame!

SCROOP, portant la main à son poignard.

Hawkins!

HAWKINS, se découvrant la poitrine.

Assassinez! [Scroop recule.) Je ne vous ai pas demandé votre secret, madame. Je voulais bien sauver voire fille au péril de ma vie, mais à celle condition, qu'en fait d'honneur et de loyauté je marcherai de pair avec les plus fiers et les plus dignes !

LA REINE, ébranlée.

Hawkins...

SCROOP, bas àla reine.

Un traître n'a pas cet accent ni ce regard hautain î

LA REINE, à Hawkins.

Le malheur dispose au soupçon... j'ai tort... tuas raison... je le crois !

(Elle lui remet la lettre.)

HAWKINS

Merci, madame, merci ! — Cet honneur que j'ai cru devoir défendre, je vous le confie maintenant. En effet, il y a là un homme... c'est un juif que j'ai sauvé; il se nomme Samuel; il n'a pu rien entendre, car il est sourd. [Â Scroop.) Voyez.

SCROOP

Ta parole nous suffit. — Pardonne-moi.

LA REINE, leur prenant solennellemenlla main.

Je vous confie ma fille !

SCROOP, s'ageuouillant.

Reine, j'ai une mère, je vous comprends. HAWKINS, de même.

Je suis père, madame, je songerai à ma fille, en vous servant.

LA REINE

Dieu vous a entendu et je vous crois. — A minuit.

TOUS LES DEUX, se relevant.

A minuit !

(Scroop et la reine sortent,";

Page 1