SCÈNE XÎIÎ
HAWKINS, puis RICHARD.
HAWKINS, suivant la reine des yeux.
Dormez en paix, madame; vous aurez fait de cet inutile vieillard un martyr ou un héros! — La pauvre fetïime qui croyait devoir faire passer en moi le dégoût et l'iiofreur que cet homme inspire! Non, madame; j'ai contenu, par respect pour vous, les flots d'indignation qui envahissaient mon âme au nom de ce fou couronné : roi sinistre, être monstrueux qui unit la laideur physique à la difformité morale; traître, assassin, sacrilège, fourbe, bossu, boiteux...
RICHARD, lui tapant sur l'épaule, en riant.
Continue! — (S' asseyant.) Le portrait n'est pas flatté, sais-tu? Mais il y manque un trait, la clémence. — Je te pardonne.
HAWKmS.
Le pardon est une faiblesse, une vertu ou un calcul. A quel prix me laissez-vous la vie, milord?
Bienjoué, maître Hawkins, bien joué : la princesse conduite au camp de Richemond, c'était me mettre les deux tiers de l'Angleterre sur les bras. . . bien joué, vrai Dieu ! bien joué ! Enfin, je te pardonne. (Montrant un des flacons rangés sur l'étagère.) Qu'est-ce que ça?
HAWKINS
C'est du poison, milord.
RICHARD, montrant le flacon d'à côté.
Et ceci ?
HAWKINS
Le contre-poison. Mais...
RICHARD, fourrant les deux flacons dans sa poche et se levant.
Nous soupqns ensemble.
HAWKINS
Comment ?... Que veut dire votre altesse ?
Nous soupons ensemble. Fais servir. [Hawkins frappe sur un timbre. William entre et s'occupe du souper.)