Penzing, 17 Oct
Je dois rectifier ma communication d'hier, ^ en ce sens que mon concert à Carlsruhe ne peut avoir lieu avant le 14 Novembre. Si donc vous avez à m'envoyer des nouvelles rassurantes, surtout au sujet de la santé d'Otto, je vous prierais de bien vouloir me les adresser pour l'instant encore à Penzing.
Votre profondément dévoué R. W.
' Elle n'a pas été retrouvée.
Vous pensez bien, chère amie, de quelle importance votre lettre était pour moi! Lorsque je vous disais, il y a quelque temps, que ma décision était inébranlable, mais ne se révélerait que peu à peu par l'exécution, vous me répondîtes fort justement: «la vie est une science»! Cette science doit donc être apprise; il faut lui laisser faire ses preuves. Je crois être mûr pour cela, et ne me connais plus qu'un seul désir: le repos, le travail! —
Je ne suis pas encore fixé sur tous mes projets pour l'hiver prochain:^ tout ce que je sais, c'est qu'il me faut faire un effort suprême, non point vers des conquêtes nouvelles, mais pour déblayer le terrain derrière moi. Aprèsdemain, (30 Octobre) je vais à Prague (Hôtel du cheval Noir), pour y donner deux concerts. Le 10 Nov. j'arrive à Carlsruhe ; le concert a lieu le 14: si Otto était de force à y aller ce jour-là avec vous, je crois pouvoir vous assurer à tous deux une belle impression. Je ne sais trop ce que je ferai après cela: jusqu'à la Noël, il est probable que je donnerai des concerts à Breslau, Lôwenberg en Silésie (le prince de Hechingen), Dresde, peut-être Hanovre, et certainement encore une fois Prague. Probablement S^ Pétersbourg en Mars et Avril;
^ Voir Glasenapp, II, 2, 437 et suiv.
peut-être KiefiF et Odessa déjà en Janvier; peutêtre encore une fois aussi Pesth. Vous vous imaginez ce que disent mes pauvres nerfs de toute cette géographie! Cela m'a presque Tair d'un crime. Seulement, je n'ai point d'autres ressources. — Dans l'intervalle, si vous voulez bien m'accueillir, mon désir serait de pouvoir aller me reposer un peu chez vous. Peut-être vers la Noël, si ce n'est point possible déjà après Carlsruhe. Ne soyez pas surprise de me voir prendre alors, malgré que je n'aie que quelques jours libres, le portefeuille et tâcher de travailler un peu. J'ai encore une prière à vous adresser relativement aux repas: faites-moi porter le déjeûner et le dîner dans ma chambre; les repas en commun, restent réservés pour des fêtes spéciales, et il me faut, pour y assister, une invitation expresse de votre part.
La guérison d'Otto me transporte au septième ciel, vraiment! Nous (moi et mon médecin) sommes d'accord ici avec vous pour dire que c'était une crise ayant les suites les plus favorables. Tout cela m'est agréable et me réjouit fort!
Ma profonde et sérieuse gratitude pour votre bonne lettre. Mes amitiés, de mon cœur très fidèle, à Otto et aux enfants. Que tous me gardent leur affection, comme vous aussi!
Votre
Penzing, 29 Oct. 63.
J'ai envoyé une brochure à Otto.^ Vous pourrez juger, d'après cela, avec quelles intentions conciliantes je dis adieu au monde ; vous reconnaîtrez la nécessité de cet adieu, parce que je sais pertinemment que toutes ces propositions, si pratiques et si simples, ne seront pas accueillies.