‹ Richard Wagner à Mathilde WesendonkChapitre 47 sur 52 · Penzing, 15 Dec · texte numérisé non relu

Penzing, 15 Dec

Quelques mots de rapide information. Je suis de retour depuis le 9 de ce mois, dans la soirée. L'arrivée dans la demeure que m'a désignée le destin comme patrie a produit sur moi une impression de douce mélancolie: tout y était chaud et amical. Franz et Anna^ heureux; aucun événement fâcheux ne s'était passé. Seul, Pohl avait été tellement triste de mon départ qu'il en avait vraiment vieilli.

Il me semblait étrange de trouver une telle intimité chez les êtres et dans les choses autour de moi, dont je ne connaissais pas un atome, il y a une année.

Ce qui est le plus triste, cependant, c'est ma grande fatigue : tel est le résultat de ma

^ «Le Hoftheater de Vienne». Voir R. Wagner: Écrits, 7, p. 365/94.

2 Franz Mrazek et sa femme Anna; voir table des noms propres: Glasenapp, II, 2, et III, 1.

«tournée artistique». Je ne puis songer à continuer ou à répéter cela. Impossible d'aller en Russie. Mais ce que je deviendrai sans cette ressource, je me le demande avec terreur.

A Lôwenberg, j'ai fait la rencontre d'un excellente homme, le prince, qui malheureusement est trop vieux déjà, trop désabusé pour m'être utile. A Breslau, j'avais honte en mon for intérieur, et il me semblait que je devais offrir une mine des plus tristes.

J'ai renouvelé une ancienne connaissance, de manière bien significative: la sœur de Madame Wille, Madame von Bissing vint assister aux concerts de Lôwenberg et de Breslau. Ma grande fatigue et mon épuisement, qu'elle supporta fort gracieusement, enlevèrent beaucoup de vraie liberté à nos entretiens ; néanmoins ces quelques heures passées ensemble nous furent extrêmement précieuses.

J'espère que Cornélius viendra me voir tous les jours, malgré le mauvais temps. Je tâche de conserver cet asile, avec une tristesse étrangement amère.

Donnez- moi le plus tôt possible de vos bonnes nouvelles, et saluez cordialement votre mari et les enfants.

Votre

Mille cordiales félicitations pour votre anniversaire ! Je ne puis vous offrir de présents que de cœur ; ma fantaisie se refuse encore à me rendre les services de jadis: elle aspire au repos, et cherche les voies qui y conduisent. Mais je serai chez vous en pensée, et m'évoquerai, avec toute sa joie, votre fête de famille.

Mille bons souhaits et salutations !

Penzing, 21 Dec. 63.

Munich — Tribschen

Janvier 1865 — 28 Juin 1871.

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