R!CI1\RI> WAGNER
<ievflu|»i>eiaeiit.s lhémaii(|iu*î>. Déjii Berlioz avait fait dans la Sf/mphoutc fantastique (1830) un l)on usage de ce procédé ; mais ensuite dans Benrcnitto Ceiiiui {\XiX), il n'en avait «^uère su tiivr [►arti. Peut-être fallait-il pour l'appliquer heureusement à Topera, un nuisicien. (pii fût lui-même l'autt'ur de son poème. Pour (jue les résultats fussent satisfaisiuits, il était en effet néc<»ssaire ijue les thèmes qui reviennent dans le cours du «Irame, fussent l'expression des motifs essentiels de l'action : il fallait (jUe, nés en même temps (|ue <eux-ci. ils en fussent la forme naturelle. C'est ce qui a eu lieu p(»ur M'aj^nu-r. Il raconte (1) (|Ue lorsqu'il écrivit le Vainscan Fantôme, il fut mis dans cette voie par un fait accidentel : c'est d'avoir roniposé avant tnut la ballade de Senta qui résume toute la pièce. Quand, ensuite, il passa a l'opéra, les situations qu'il avait déjà esquissées se repr<'*sentant, elles évoquèrent lt»s thèmes qu'elles lui avaient déjà suggérés. Ceux-ci tendaient à se développer conjointement avec les sentiments dont ils étaient l'expression, de telle façon que si Wagner eût été dominé seulement par son sujet, et non pas aussi par ses hahitudes dt» comp(»siteur d'opéra, il n'eût pas senti la moindre tentation, assiuv-t-il (2). de composer d'au-
(1) di'satumfit.' Sthrtfhn. t. IV. |». ',VX\.
(2) Ibid., p. 31)4.
très mélodies. Il était impossible qu'il en fût ainsi : Wagner ne pouvait pas avoir même l'idée de détruire d'un coup toutes les formes de l'opéra pour leur en substituer de nouvelles. Le philosophe, après avoir bien réfléchi, construit d'emblée tout un système.... plus ou moins artificiel; l'artiste, lui, n'obéit qu'au sentiment intérieur: son procédé est celui de la nature, qui rrée inconsciemment Ht dégage lentement l'organisme nouveau de celui ({ui se flétrit.
En résumé, dans le Vaisseau Fantnùic, Wagner adopta le point de vue d'où toutes les réformes qu'il a effectuées devaient découler. Il a «•.onsidéré l'opéra non plus en compositeur, mais en poëte. Un dernier trait rendra ceci bien sensible. Son sujet ne comportait l'apparition d'aucune fennne pendant tout le pi'emier arte. l'n musicien ordinaire eût trouve qu'il était impossible d'écrire une aussi longue suite de morceaux seulement pour des voix d'hommes; il eût exigé que le poète introduisit bon gré mal gi'é flans son drame, quel- (jue épisode qui remédiât à cet inconvénient. Kh i)ien, Wagner n'en a rien fait! Je prie ma lectrice de ne pas me croire ennemi des femmes. Je suis si loin de mé<'onnaitre le prestige de l'être charmant (pii p^Mit tout sur nos cœurs, (|ue je trouve h»'roï(jue h' jeune artiste qui n'a pas craint de se passer de son (Concours souverain, pendant tout un j>remier acte. Après un tel sacrifice fait aux exigences de l'art dramatique, tous les autres