‹ Richard Wagner d'apres lui-méme (volume 2)Chapitre 17 sur 35 · TANNH.CISER ET LOHENGRIN · texte numérisé non relu

TANNH.CISER ET LOHENGRIN

complètement, et le récit du retour de Rome est une merveille, que Wagner a pu égaler mais non surpasser.

En résumé, malgré ses imperfections, Tannhceiiser est un des plus beaux drames hriques que je connaisse. Quand il est bien interprété, il laisse une impression délicate, profonde, durable, à laquelle il en est peu qui soient comparables. J'en appelle à tous ceux qui ont eu le bonheur d'assister à une bonne représentation de ce chefd'œuvre. Est-il au théâtre un plus beau moment que celui où Tannhaniser, décidé à fuir le A'énusberg, invoque Mariée Au saint nom, qu'il a prononcé avec force, la déesse disparaît, sa grotte croule. i)Our faire place à un frais paysage; et l'orchestre se taisant tout à coup, on entend les clochettes d'un troupeau, et le chant d'un berger, qui alterne avec un naïf refrain pastoral. Ce sont-là les bruissements et les mélodies qu'on a entendus à la campagne: ils l'évofpient. Entin, quand le chœur lointain des pèlerins vient s*v joindre; quand Tannhaniser, (^ui jus(|ue-là est resté debout, innnobile, perdu dans une contemplation extatique, tombe à genoux accable* d'('>motion, et s'écrie avec un accent indicible « Soi- (jnexir, soyez béni î Vntrc grncc est infinie l »: n'est-on pas ému jus(|u'au fond de l'âme? Cette scène est comme l'éclosion poétique complète des impre.ssions vagues qui se dégagent de la nmsique, au dttbut de la Scène aux champs de lier-

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lioz. La fin du second acte n'est pas moins belK*.... Jamais je n'oublierai l'effet qu'y produisait Nieman. par son jeu muet. Tannlueuser vient d'insulter cruellement Elisabeth. Dans un tournoi poétique qu'elle présidait, il a eu l'impuiience de chanter les joies qu'il a «coûtées sur le sein de Vénus. Toute l'assemblée bondit d'indignation: on veut lui «lonner la mort; mais la vierge dont il a brisé le cœur, se jette au-devant des cou|)s qui vont le frapper; elle intercède pour lui. Alors le miséra)>le comprend son crime. Ne sachant comment exprimer les sentiments de remords, de reconnaissance et d'arloration mystique qui envahissent soudain son îime, il .se traine aux pieds de la sainte fille, saisit le ba.s de sa robe pour la baiser, mais il n'ose : il craint de la souiller par un contact impur. Le dernier acte couronne dignement cette belle scène. Il est enveloppé comme d'une teinte délicieuse de crépuscule. Ce que font pressentir et désirer certaines gravures d'Albert Durer et la Marche des Prlerhts de ïllat^old de Heriioz, y apparaît, réalisé sur la scène, et justifié par une conce|)tion poétique, qui est à la hauteur d'un tel idéal.

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