‹ Richard Wagner d'apres lui-méme (volume 2)Chapitre 18 sur 35 · PREMIÈRE IDÉE DES MAITRES CHANTEURS LOHEXGRIX · texte numérisé non relu

PREMIÈRE IDÉE DES MAITRES CHANTEURS LOHEXGRIX

Voyage en Bohème — Dispositions Joyeuses — Première idée des Maîtres Chanteurs — La joie se change en ironie — Abandon des Maîtres Chanteurs — Première idée de Lohenr/rin — La légende; son origine; Jupiter et Sémélé — Première représentation de Tannhœuscr — Insu^r-ès — Désespoir — \\'agner se convainc que les habitudes du public rendent l'intelligence de ses œuvres impossible — Il rherche un protecteur; démarche auprès du roi de Prusse: « Arrangez Tannhœuser pour musique militaire'. » — Exécution de la st/iiiphonù' arrr chontrs ; gi-and succès; influence bienfaisante — Wagner commence le poème de Lohenrfrin — Critique d'un ami — Lohengrin est-il un égoïste? — Wagner est sur le j)oint de changer le dénouement de LoJienf/rin — Défense de Loheiif/rin : Lohenffrin, tragédie de l'artiste moderne; Lohentjrin et Antiffone — La forme dans Lohoiffn'n ; encore un pas on avant; beautés de la musique — Ce qu'Eisa apprend à \\'agner — \'\\ peu de philosophi»* allemande: l'égoïsme masculin et la sensibilité féminine: l'artiste et le peuple — Le drame musical <1»' WaL'iKM- : »a grandeur et s**» défauts.

TrDinhœvsrr fut arhevé au oommenromont (\o 18 J."). 1^'U (le toinps ajuvs Wa^nuM' eut un cnugé.

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dont il profita pour aller ....\ < :nix de Bohème. La }oïo (ju'il ressentiiit cl'avoir t<»nniné une omivre dont il **tait pleinement satisfait, s'ajoutait cette année-là. au contentement qu'il éprouvait * toujours, quand il pouvait quitter ropéra-Hoyal. et aller respirer Tair des champs. Pour la première fois (1), il ressentit alors une galté conforme à son caractère, assez vivement pour en être inspiré.

Ses amis lui avaient coasiMllt; ti eonre un opéra d'une forme lê<;«*re, pensant que par l;\ il pourrait plus facilem«Mit ^Mirner le publie. 11 r»»solut d«' profiter des dispositions joyeuses dans lesquelles il se trouvait, pour suivre leur conseil. CV fut aloi*s <|u'il conçut les Ma'*ft*(\s Chanfeurs d*' Stif*€mherg ; ils lui appiirurent comme une contrepartie comique de Tannhœiisrr, dans laquelle, le grave conflit moral de cet ouvnige se trouvait porté sur le terrain de l'esthétiqu»». I^s Athéniens avaient coutume de faire suivre leurs trajj^édies d'une comédie très gaie. A«lmirateur de l'antiquité grecque, <*omme il l'était, c'était 1;\ un exenqde qu'il lui plaisait de .suivre. PourruiT quand il eut esquiss»? son poème, et comp«»^e |M;ut-étre {Z) les dilTerents lirder et le quintrftr

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M. tlanulick. Par leur x. par l«ur !

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(lu troisième acte, il s'arrêta court. Le fond de gaîté, d'où l'inspiration de cet ouvrage devait jaillir, était tari. On sait que l'idée essentielle des Maîtres Chanteurs est la lutte soutenue contre le pédantisine de la docte confrérie, par le poëte Hans Sachs que Wagner considère comme le dernier représentant du génie populaire, et par le jeune Walther en qui l'inspiration s'est éveillée aux regards d'une jeune fille, comme la vie des champs et des bois sous le doux soleil de mai. Hans Sachs et Walther étaient en somme la propre incarnation de Wagner, tandis que les maîtres chanteurs représentaient à la fois, les musiciens dont les œuvres conventionnelles lui barraient le chemin, et les critiques pédants qui lui faisaient une guerre acharnée. Le mobile dominant d'une telle composition devait donc devenir bien vite pour lui, l'ironie. Mais l'ironie n'est pas de la vraie gaité; elle n'en a que la forme. Ce qui règne au fond, c'est la tristesse, l'amertume, la colère. Or conmie c'est du fond de l'àme que jaillit l'inspiration nmsicale, quand Wagner eut terminé l'es-

rheur, par r.iinour (!•• la n;iture dont ils sont ombras»!*», ce« lieder rorrespondent l)ien anx sentiments <|U»* W'ag'ner dit avoir ressentis aloi*s. Quant au quintette, il semble ina- |)Oi«ible que le raaltr»* ait pu le composer api^ès avoir écrit Ojf'ra et Dramr. On dit «|ue loi-«(|U*il acheva les Maîtres Chanteurs il voulait 1»* d.-«liii-.r, .t <(n.' »•«• t'ut M.'"" W'aLrner qui sauva ce niorcftau.

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quisse des Maîtres Chantetirs, il sentit qu'il n'était pas en état d'achever une œuvre de rette nature. Ce fut alors que les figures de Lohengrin et d'Eisa lui apparurent et le captivèrent.

Il connaissait depuis longtemps la légende du Chevalier du Cygne: il l'avait lue à Paris, en même temps que relie de Tanafumiser, mais alors elle ne lui avait pas plu. 11 n'y avait vu qu'une œuvre mystique à ranger dans la caft^fjorie des poèmes romanlico-chrétiens. genre qui lui inspirait d»» Tedoignement, par<'e(|u'il il le trouvait artiticiel. Mais (juand il abandonna les Maitrrs Chnntntrs, il avait reconnu dans Lohengrin un myth»» ant«*rieur au christianisme dont le point de départ «»tait. non pas le surnaturel, mais le copur humain lui-même.

« Aucune légende chrétienne, écrivait-il quel- « ques années plus tanl(l), ne fut vraiment l'nni- € vre de l'esprit chrétien ; celui-ci, la science» l'a « démontré, s'est toujours contenté de mo<leler € d'îiprès ses vues particulières, de vieux mythes « qui appartiennent ;\ l'esprit humain en général. « Comme nous avons trouve dans riysse le prr)- « toiype du Hollandais errant : comme ce même € Ulysse, lorsqu'il s'arrache des bras de Caly|»so € et fuit les syivnes pour aller retrouver son « épouse et son fover. obéit î\ un désir qui. sous

(1) Gesnmmflle Schriflnt. t. IV, p. 354.

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« une forme plus riche et plus élevée, se maiii- « feste dans le cœur de Tannha^user : ainsi nous « retrouvons le trait fondamental de la légende « de Lohengrin, dans le mythe grec de Jupiter « et Sémélé ; et celui-ci n'en est pas certaine- « ment la forme la plus ancienne. Qui ne se « souvient de cette vieille fable ? Jupiter aime « une femme de la terre, et, pour s'unir à elle, « il prend une forme humaine. Mais Sémélé ap- « prend qu'elle ne connaît pas son bien-aimé tel « qu'il est en réalité. Poussée par la véritable « ferveur de l'amour, elle exige qu'il se montre « à elle sous la forme qui manifeste pleinement « son être. Jupiter sait que par là il l'anéantira. « Il scjuffre cruellement lui-même de devoir obéir « au vo'U qui va la perdre; c'est son propre « arrêt de mort qu'il exécute, lorsque, dévoilant « l'éclat de sa divinité, mortel pour les hom- 4C mes, il anéantit sa bien-aimée. » Est-ce là un conte inventé par les prêtres ^ Non certes ; romme tous les mythes primitifs, il est le fruit des premières illusions qui, lorsqu'elles fleurirent au cœur de l'être humain, tirent de lui vraiment un homme. Quand, troublé par les phénomènes de la nature, riionnne sentit le besoin de se les expli(iuer, n'en connaissant pas encore le véritiible enchaînement, il ne put les comprendre; tout naturellement, il les attribua à une action semblable à la seule dont il .se fit une idée claire: la sienne. Ainsi naquirent les dieux. Hn-

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suit« lorsqu'il voulut se figurer ceux-ci sous des traiu» précis, il ne put que tracer sa propre image, conter sa propre histoire. « Qui enseigna à l'iioin- « me, (lit Wai,nî<»r (iK qu'un dieu a brûlé d'amour « pour uno fenune de la terrée Certes, c'est € lui-même. A quehpie hauteur au-dessus des « limit«»s terrestres, (pi'ait pu s'élever sa pensée, « il n(» peut rien concevoir qui ne soit humain : € et de toutes les délices qu'il puisse ivver, il € n'en est pas qui doivent lui stMuhler plus dignes « d'un dieu (|U(» celles qui sont l'épanouissement € même de sa propre nature : c'est l'amour. Mais « l'amour c'est en vérit»* le besoin de saisir un

< objet avec tous ses sens, de l'endji^asser solide- « ment et intimement, avec toutes les forces de € son être, en un mot de le posséder complète-

< ment, tel qu'il est en réalité. Hh bien, dans un € tel embra.ssement, le dieu ne doit-il pîis finab'- « ment s'évanouir et disparaître^ Kt l'iiounne qui € a soupiré après lui, n'est-il pas déçu, an<\inti ^ « Par là, entin, l'amour n'est-il pas rendu mani- « Teste «lans son essence même^ » Suivant Wagner, la fable de Séméle a donc une grande portée. Comme dans presque tous l(\s vieux mythes, une vérit»'» profonde et si subtile que l'intelligence peut à peine la compren<lre. y n»vét une forme telle (jue l'hounne le plus simj>le la saisit avec ses

(1) Gfsammettf Srhripett. \ IV. p. :U>5.

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sens. « La sphère étliérée du haut de laquelle h^ « dieu désire rhoimue, poursuit Wagner (1), a « été reculée à l'intini par l'aspiration de l'àme « chrétienne. Pour le Grec c'était encore l'em- « pire nuageux de l'éclair et du tonnerre, d'où « Jupiter au front sourcilleux, descendait, pour « devenir un liounne au clair savoir. Pour le « Chrétien, le ciel bleu s'est dissous en une mer « infinie de désir et d'amour, où flottaient toutes « les formes divines, jusqu'à ce qu'entin, à l'appel « de son âme languissante, apparût sa propre « image.... Un trait essentiel se trouve dans les « légendes des peuples qui habitent au bord de « la mer ou près de l'embouchure des grands « fleuves. Sur les flots miroitants, on a vu s'a- « vancer un inconnu. C'est un héros dont le « charme souverain ravit tous les cœurs, mais « aussitôt qu'on cherche à s'expliquer sa nature, « il |)art et s'évanouit dans le lointain de la mer. » Tel est Lohengrin. Porté sur une nef que traînait un beau cygne blanc, il del)ar(|Ua sur les Ijords de l'Escaut; là il délivi'a une vierge persécutée, puis ré[»ousa; mais celle-ci lui ayant demandé qui il «'tait et d'où il venait, il la (juitta iH jamais plus on ne l'a revu.

Qu'y avait-il dans cette fable, pour attirer \\'agn«r d'une façon irrésistible, au moment où

(1) (itfsamtnelte Schn'fUti, t. IV, p. !^5C).

I^UU RKHARD WAGNER

il venait irachever Taiitihœv.scr ^ Il ne s'en rendit compte lui-même que plus tard, lorsque de nouveaux déboires eurent augmenté encore la fascination (ju'elle exerçait sur son esprit. Pendant son séjour en Hohëme il ne Ht «lu reste que tracer l'esquisse du drame qu'elle lui suggéra ; et, à son retour i'i Dresde ses pensées durent prendre un autre cours, puis«|u'il eut à s'occuper des études de Tanniuruser.

Malgn» l'insuccès du Vaisseau Fantôme, la direction de l'Opéra avait non-seulement accepté ce nouvel ouvrage, mais elle ne négligeait rien pour le monter dignement. Les décors avaient été commandes à un peintre de Paris, et les meilleurs chaiiteurs du théâtre avaient été mis à la disposition de Wagner. C'était vraiment un personnel excellent. Tichatscheck remplissait le rôhî de Tannlneuser, avec son feu habituel. Celui de Wolfram était tenu par Mitterwûr/.er, hon chanteur et hon acteur, qui est resté un des meilleurs amis du maître. La nièce de celui-ci, .loanna Wagner, toute jeune tille encore un peu iiiexj)érimentee, était une charmante Klisaheth. Mais il V avait un point noir : M.*" Schrunler l)evrient n'avait rien compris au n'de de Venus, i|u'elle avait accepté par pure complaisance, tout en déclarant quelle ne saurait en rien faiiv. La première représentation eut lieu le lî> novembre ISI.5. devant une salle comble. Pour Uicher d'attirer l'attention du public sur le jtoeme, Wag-

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lier avait t'ait précéder les exemplaires qu'on vendait au théâtre, d'une notice sur la légende de Tannhœuser. Ce fut peine perdue. La scène du Vénusberg, dont l'importance est si grande, ne fit pas d'effet à cause de l'interprétation froide de M."" Sciirœder. Après cela, la marche et quelques mélodies furent goûtées; mais le troisième acte fit tomber la pièce. Il est vrai qu'il n'était pas alors ce qu'il est aujourd'hui. On ne voyait apparaître ni Vénus, ni le convoi funèbre d'Elisabeth. Tannha'user restait seul sur la scène avec Wolfram, et la lutte des deux principes qui se disputent son àme était seulement indiquée par le tintement des cloches de la Wartbourg, et par le flamboiement <b* la grotte de Vénus qu'on apercevait au loin. Mais se figure-t-on que ce (jui nuisit le plus à l'auteur, c'est l'admirable récit (lu retour de Rome! Le public ne vit là qu'un récitatif connue un autre. Et du fait qu'au moment décisif Wagner faisait chanter par le premier ténor un simple récitatif, il tira la conclusion que l'invention mélodique lui faisait défaut. C'est donc une des plus admirables pages, une des pages les plus inspirées «lu maître (jui a donné lieu, pour la première fois, au reproche d'impuissance qu'on lui a arlrcssé si souvent depuis ! Le lendemain il avait la mort dan.s Tàme. Il espérait encore, pourtiint, qu'à la seconde représentation son œuvre serait mieux compristi (ju'à la j)remière. Mais un «Mirnuement de Tichatscheck

'^U.i RICHARI» WAGNER

obligeait de la remettre de jour en jour. Ainsi s'écoula une semaine qui parut tîternelle au malheureux auteur. Hnlin cette représentiition put avoir lieu, mais elle ne fut p.is consolante : il s'en faut de beaucoup. La salle resta presque vide, et les journaux déclarèrent que Tauntiœnser était ennuyeux. La Neue /cifsc/iri/h qui n'était plus alors sous la direction de Schumann, consacra même deux numéros entiei*s î\ démolir l'ouvrage, poème et musi(|Ue. Ce fut donc un échec, (jui, pour avoir été moins scandaleux (jue celui i\o Paris, n'en fut pas nioins complet.

Wagner avait eu beau se dire (|u'en écrivant Tannhœusci\ il signait son arrêt de mort devant K* public, il n'(Mi avait pas moins espéré le succès. C'est là une inconséquence, mais que tout auln» eût connnise à sa place. Il fut donc dé.sespéré, et d'auUmt plus, que cette fois, il .sentit clairement (|U(» les préjugés d(miinant le public, rendaient rintelligence de ses œuvres impossible. l*our que celles-ci fus.sent comprises, il était in<lispensable, en effet, que les spectateurs porta.ssent leur attention sur c(» (jui en est l'essentiel et y commande tout: sur le drame. Or ce (pie, par une habitude enracinée, le public va cherchera l'Opéra, c'est tout simplement une jouissance des nerfs do l'oreille. Les acteurs (pii sont en scène ne sont pas poiu' lui des personnages dramati<}ue.s, mais diîs chanteurs par la voix descjuels il prétend être charm«*. Du drame il n'a (pie faire, du moins il

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n'y voit qu'un prétexte acceptable pour faire de la musique, un fil invisible destiné à tenir des mélodies enfilées comme des perles. Ce point de vue est constamment entretenu par la critique et par les représentations qui ont lieu tous les soirs. Comment espérer que le jour précis où l'on donnera Tannhœuser, le public en adopte un autre, tout différent!... De toute nécessité il n'v cherchera que ce qu'il a trouvé dans l'opéra de la veille et de l'avant- veille ; il le jugera d'après la règle qu'il s'est faite en les entendant. TannJiœuser ne pourra lui paraître que l'œuvre d'un musicien impuissant ou d'un fou.

Et cependant, la chose la plus naturelle, quand on est au théâtre, et qu'on a devant soi des personnages dramatiques, c'est de s'intéresser à eux. C'est par une perversion du sentiment qu'on en est venu à oublier ce qu'ils disent, pour se perdre dans la jouissance purement sensuelle, que causent les formes d'expression qu'ils emploient. Pour que le public soit ramené au point de vue naturel, au point de vue où se placerait au théâtre tout(; personne (jui n'y serait jamais allée, il faudrait sans doute peu de chose. Il suffirait, pensa Wagner, d'une impulsion donnée par un persoimage maniuant, un prime par exemple. Parmi les .souverains de ce tenips-là luil ne montrait phis de goût pour les beaux arts que le roi de Prus.se, Prédéric-Guillaume 1\'. Il avait fait le plus chaleureux accueil à Berlioz,

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qui le repn'sente dans ses Mih)wires, € suivant d'un œil curieux les inouvemenis progressifs de Fart nouveau, sans négliger la conservation des chefs-d'(puvre de l'art ancien (1). » Il avait aj>pelé à Berlin Moyerbeer et Mendelssohn. C'est lui entin (jui ayant le désir de faire revivre la tragédie grecque avait chargé ce dernier maître d'écrire la musique (VAnfiffone. Conunent ne pas espérer (|ue ce roi ne favoriserait pas à plus forte raison la tentative de faire de Topera moderne lui-même uïu^ œuvre d'art digne de rivaliser avec le chef-d*(euvre antique? Déjà Wagner avait envoyé la partition de Tannhœusrr à l'Intendant du théâtre royal de Berlin; celui-ci la lui avait retournée en disant que c'était un ouvrage trop épifjue pour qu'il put l'accueillir. Alors, s'adresnant à l'Intenclant de la musique de la Cour, il le pria de demander en son nom au roi l'autorisation de lui dédier son nouvel opéra. Ce personnage lui repondit (|ue le roi ne pouvant accepter la dédicace des ouvrages qui lui étaient totalement inconnus, il l'engageait i\ arranger pour musique militaire les principaux morceaux de TunnhtVHsrr. Le roi entendrait cela jxMulant la parade et pourrait ensuite» se prononcer avec connaissance de cause. Tanuhœuscr jugé sous forme de musique de parade ! C'éUiit-là, dit Wagner, le comhle de l'humiliation.

(1) Hbrlioz. Méinoirts. l'* «klition, p. 306.

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De quelque côté qu'il se tournât, il ne trouvait donc qu'amertumes et déconvenues. Il était tombé dans un état de découragement absolu quand une grande et noble entreprise musicale qu'il parvint à mener à bonne fin, vint h' ranimer. Tous les ans, on avait l'habitude de donner le Dimanche des Rameaux un grand concert, dont la recette était au profit de la Caisse de Retraite des musiciens. Ce jour-là on exécutait un oratorio et une symphonie que dirigeaient alternativement les deux chefs-d'orchestre. Reissiger ayant, cette fois, à conduire l'oratorio, Wagner eut l'idée de faire entendre la Symphonie avec chœurs, qui était presque inconnue à Dresde. Elle avait été mal exécutée longtemps auparavant,- et n'avait pas été comprise. C'était une raison de plus pour qu'il eût le désir de révéler cette grande œuvre, (pTil vénérait et chérissait du plus profond de son cœur. Mais c'était aussi un motif pour que son entreprise ne plût aucunement aux musiciens de l'orrhestre, qui craignaient que cette œuvre, contn* laquelle existait un préjugé, ne mît en péril la recette du concert. Ils firent tout ce qu'ils purent pour empêcher Wagner de réaliser son projet: ils ne réussirent qu'à le stinuiler et à l'enllammer davantage. Le maître ne négligea rien en effet pour obtenir un succès éclatant. D'abord, pour faciliter l'intelligence de l^euvi-e. il fit imprimer un lil)retto, dans liMjuel la poésie des chnnirs était précédée d'un programme «ju'il avait eu

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riieiireuse idée de composer avec des fragraenU • lu Faust de Go»the. Ensuite il fit arranger la salle de fa<;on que les chœurs placés sur des gradins autour de l'orchestre pussent produire tout leur efTf't. Quant à l'exécution même de l'oHivre il était dans les meilleures conditions pour la diriger supérieurement car, après l'étude approfondie qu'il avait faite de cette symphonie, non-seulement il en avait pén«'»tré tous les mystères, mais i\ la savait par cœur depuis la preniièrf» note juscju'à la dernière. Ses efforts eurent pour principal objet d'agir sur l'âme de ses exécutants, et de leur faire sentir vivement ce qu'ils avaient à exprimer. Ij avait reconnu (ju'iui sentiment profond communicjue à nos organes une puissance qu'ils ne paraissent pas avoir en eux-mêmes. — 11 est tel fossé qu'un professeur de gymnastique ne vous enseignera jamais à sauter, et que vous franchirez ave<* la plus grande aisiince si vous êtes pousse par un motif tellement puis.sant qu'il ahsorl)e entièrement votre pensée. De même certain passage de nnisique. (ju'un virtuose déclarera inexecut«ahle, sera exécuté avec fariliU' par l'artiste qui sera parvenu à sentir re (jue le eompositeur avait senti en r. '('rivant ( 1 ). — Wairner parvint à plonirer ses

(I) Apivs la |ii-<»mit»re iv|)i*i^ntation «If Tanuhtriutrr Wagner avait vU* oblige do supprimer 1<» pajwage «lu final <tu !i«oon«l acte € Venant en aide au nii^t^rable » («klit.

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musiciens dans une véritable extase. L'exécution, qui eut lieu devant une salle comble, fut merveilleuse et le succès dépassa toute espérance. Un professeur dp philologie, le D"" Kœchly, alla remercier Wagner, en lui disant que c'était la première fois qu'il comprenait une symphonie, du commencement jusqu'à la tin. Niels Gade, qui était venu de Leipzig exprès pour cette solemnité musicale, déclara qu'il ferait une seconde fois le voyage seulement pour entendre encore le récitatif des basses, ronnno il avait été dit. Un adversaire de Wagner, A. F. Anacker, directeur de musique et cantor à Freilierg, alla embrasser Wagner après le concert, et lui dit que désormais il pouvait le ranger parmi ses amis les plus dévoués. Entin parmi les auditeurs enthousiastes de la Symphonie avec chœurs, étaient un enfant et un jeune honiiue, qui, phis tard, devaient être deux disciples passionnés de Wagner. L'enfîint était le futur t<Minr Louis Schnorr de Carolsfeld, qui en 18(>.") devait créer, à Munich, le rôle de Tristan : il avait alors dix ans. Lo Jeiiiif homme

Flaxlau'l. p. 227). Tir'hat.sdifck avait mu» voix dfs plus vigoureuses «t il «'tait alors dans tout l'éclat de J»e8 moyens vo<'aux. Mais no pouvant sentir la contrition ««xtatiquo (jui arrarh»* à TannliMMisi-r cet «dan tinHi<-al, il toMil»ait. pour «lUeUjues notes cI'îVlmîs, dans un «-tat d»« v.'-ritable «-puisi'ment phtsi'iue. GesatnmetU; Srhrifl^n, t. VI II, p. 23(). — SoHci'nii's de Wiiffiier, p. 21 H.

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