‹ Richard Wagner d'apres lui-méme (volume 2)Chapitre 5 sur 35 · PROFESSION DE F' M DIS FRAN'CAIS · texte numérisé non relu

PROFESSION DE F' M DIS FRAN'CAIS

« grecs et romains un langage plus relevé, des « attitudes plus nobles, en un mot des pensées et « des actes différents de ceux du grand roi et « de sa cour...; le bon Dieu lui-même dût se « prêter à ce qu'on l'appelât courtoisement: vous. » ( )n avouera que ce dernier trait final doit nous paraître partif^ulièrement malheureux. Aujourd'hui encore dans toutes les prières qu'on nous enseigne le pronom pluriel est employé. Il est bien peu de })ersonnes qui dans un moment de détresse, n'aient senti, au moins une fois dans leur vie, le besoin d'invoquer le secours d'en haut. Ce malheureux exemple suffirait donc à nous rendre intimement conscient de l'injustice des critiques de Wagner. 11 nous fait sentir clairement que la forme n'existe pas pour quiconque y est accoutumé, et que le formaliste n' est pas celui qui s'en sert, sans y penser, mais, en vérité, celui qui fixe sur elle son attention, et la critique.

Il n'en est pas moins vrai que les formes du XMr siècle sont particulières. C'est un malheur pour elles; car pour cette raison elles seront comprises moins longtemps. Mais de hï on n'est pas en droit de conclure qu'elles sont vides. Autant voudrait dire que les langues que nous ne connaissons pas n'ont aucun sens. Sous le style oratoire de Hacine, l'àme humaine est présente, tout autant (pi'Eve avec sa chair blanche et tentante, sous l<»s grands falbalas ci sous les robes à paniers. Dire que les honnnes de rr temps-là

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n'aimaient que la pliras»^ <4 Talexandrin, est aussi ridicule qu'il le serait (rallirin<'r (ju'ils adoraient les rhiffons et non la r<'nnn<\

Admettons un moment que toutes les œuvres françaises du W'Il" sièele soient purement artilieielles : en faudrait-il ronrlure que devenus séniles, nous avons à tout jamais perdu le pouvoir d'enf^'endnM'? Il me semble (jue les deux derniers siècles prouvent bien le contraire. Je ne prétends pas ([ue nous ayons reconquis la position exceptionn«dl(' (|uc nous occupions au XIIT' siècle. A vrai dire, s'il est une création moderne (pii mérite d'être comparée à la cathédrale oj^qvale. c'est la synqdionie, (pii fut rnMivrc de l'Allemaj^ne. Mais c«» que nous avons pnxluit suftit pour nous mettr»' à Tahi-i du reproclie de st<^rilité. D'ahonl ce fut de l*aris. (ju'au si«'M'le dei'nier, partit ce j^n'and mouvem«Mit du retour à la nature, qui est Ir |)rin('i|)al mohilo aucpnd Waj:n«'r a ohéi. celui auquel est dû <•«' (jue son (iMivr<» contient d<* vraim«Mit ori^^^inal. A Paris enlin se forma l'esprit n*volutioniiairr qui est en train de réf^^Micrer l'Kurop«'. Dans le siècle présjMit, notre école de peinture occupe le prjMuier vau'^. Par son évocation de la vie, saisie, si l'on p<Mit dire. jus»|ue dans sa combustion instantanée, elle est cert^iinement ori^Miiale : c'est d'elle (pie dérive toute la peinture moderne, .le n'ose dire que notre littérature ait une é^'ale pn''«'minence. Mais entin Halzac, Georf?e Sand, I''Iaul)«'rt. .\uj(ier et Dinnas fils ont coopéré

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puissamment au développement européen. Nous ne passons pas pour un peuple musicien : pourtant sur ce terrain là même, Berlioz, avec ses écarts et son emportement, témoigne d'une rare vitalité.

Eh bien, pour Wagner tout cela ne semble pas exister. S'il reconnaît le génie évocateur de Balzac, c'est pour observer que la société française qu'il a peinte fidèlement, est trop laide pour pouvoir se passer des convenances de l'ancien régime, qui voilent au moins ses infirmités (1). La France lui semble du reste trahir l'épuisement intellectuel le plus complet (2), et, suivant lui, elle n'a pas encore pu se débarrasser des règles qu'ont établies les courtisans de Louis XIV (3). Décidément, il y a ici parti pris. Si l'on en pouvait douter, le malheureux écrit intitulé. Une Capitulation achèverait de convaincre. Il est vraiment déploral)le qu'un grand artiste se soit abaissé au point d'aller injurier une ville qui était tombée après avoir combattu jusqu'à la dernière bouchée de pain. Mais faut-il, pour cela, prendre une grosse voix, et crier à Wagner « \'ade rétro Satanas ! y> Non certes, le trait qu'il nous a lancé est de ceux (jui rebondissent, et n'atteignent que ceux qui les ont

(1) (resammelte Schriftcn, t. VIII, p. Il'J.

(2) Il)i(l, p. 42.

(W) Il)i.l, p. V.\.

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