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unding, l'époux outragé, qui veut châtier un iultère incestueux, et les deux jeunes gens, dont imour est invinciblement touchant parce qu'il est ; de la mutuelle compassion que sentent l'un pour lutre deux victimes de la brutalité, n'est^ cela est anifeste, qu'une illustration saisissante du conflit oral que se livrent en Wotan, sa pensée, à savoir
loi, incarnée dans Fricka, et l'irrésistible penlant de son cœur figuré par Brunhild. Moins appant peut-être, le lien qui rattache au drame de Won la tragédie de Siegfried et de Brunhild n'est pas oins fort. Que sont en effet ces deux enfants du eu, qui personnifient son secret désir au point en poursuivre faccomplissement et d'en amener
triomphe malgré lui-même, sinon la renaissance \ son être intime délivré de toutes les entraves ms lesquelles son égoïste ambition l'avait enlacé ? 3ut au moins, ce jeune couple réalise le rêve d'une amanite régie par le seul instinct, que Wotan avait rmé quand il s'était senti envahi de dégoût et horreur pour la dure loi où lui-même s'était pris. Ainsi, le drame de Siegfried dans lequel Wagner avait voulu voir que le symbole de sa propre desnée d'artiste, fut ramené à sa portée purement iimaine. Au lieu de fournir le tableau d'une réîmption sociale très problématique, il devint le lamp d'expérience de la Société de lAvenir. Et ii'arrivera-t-ir? Bien loin d'être la justification de )n rêve, comme le maître le croyait et le voulait 5core, ce drame en démontrera l'inanité^ ainsi que
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Wagner sera bien forcé d'en convenir finalement (1), — Aussi longtemps, en effet, que Brunhild avait été à ses yeux moins une femme réelle que l'image de l'idéal, et que le philtre d'oubli symbolisait seulement l'influence sociale qui le lui avait fait trahir, il avait pu trouver les deux amants parfaitement innocents car l'idéal, étant chose abstraite, ne peut être coupable ni souffrir du tort qu'on lui fait, et nous ne sommes pas responsables de l'action exercée sur nous, à notre insu, par la société où nous vivons. Mais maintenant que Wotan est là pour nous obliger à voir dans Brunhild une femme véritable, les choses changent d'aspect. Désormais, il faut bien reconnaître en elle l'égoïsme de l'amante, prête à laisser périr le monde entier plutôt que de renoncer au gage par lequel elle croit retenir l'homme aimé, puis qui, trompée^ devient une hyène altérée de son sang. Le philtre d'oubli ne représente plus que le fait brutal qui s'accomplit en l'homme lorsque les charmes d'une beauté nouvelle effacent de son àme tout autre souvenir Bref, ce sombre drame, pre-
(1) En 1864, après avoir reconnu combien sa Société de V Avenir était chimérique, il ajoutera : « C'est le propre du poète que de voir par intuition l'essence intime du monde,, avant d'en devenir conscient par la connaissance abstraite. Au moment m^nie où je me livrais à ces rêves utopiques, j'esquissai, puis j'écrivis mon poème de VAnneau du Nihelung. Dans cet ouvrage, j'en étais venu à m'avouer inconsciemment la vérité sur les choses humaines. Tout y est absolument tragique et la volonté qui aspirait à construire un monde selon ses souhaits, ne peut arriver finalement à rien de mieux qu'à se briser elle-même dans une noble catastrophe. » G. S. T. Mil, p. 10-11.
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nt sa signification réelle, nous montre l'égoïsme laissant, après que les institutions dans lesquelles igner le croyait incarné ont disparu, et, ce qui , effroyable, renaissant au sein de Tamour même ur n'en devenir que plus cruel et plus sanguiire. — Ainsi le poème des Nibelungen perdra son ironnement : il n'aura plus pour conclusion la médie de la rédemption sociale. En revanche, la gédie de la vie y deviendra complète. Tandis 3, dans la première partie, j'entends le drame dit de Wotan, on verra que l'amour seul peut ren- I heureux; la seconde, à savoir le drame de son e, dévoilera l'égoïsme qui, se cachant sous cette ;sion même, la transforme en fureur homicide, la sorte, la véritable Comédie de la rédemption a immédiatement préparée. Elle ne pourra coner que dans l'épuration graduelle de l'amour, mtissant à dégager son essence morale, qui est Viarilé. Ce sera Tristan- Par si f al, vraie conclu- [î de V Anneau du Nibelung.
lais n'anticipons pas. Revenons à la Jeunesse de gfried. — Wotan ne s'y montrait que lorsque [imence la tragédie de son rêve; sa tragédie directe isi que l'épisode de Siegmund) y était seulement ontée. C'est dire que Wagner se trouvait alors itivement à ce nouveau drame, dans la même lation où il était à l'égard du premier, lorsqu'il vait encore écrit que la seconde des deux pièces isacrées à Siegfried. Encore y avait-il cette ciristance aggravante qu'ici les antécédents, au lieu
d'être exposés dans des morceaux formant intermèdes lyriques, comme Wagner l'avait fait dans la Mort de Siegfried^ donnaient lieu à des récits fort longs qui coupaient des scènes d'action, notamment, celle du réveil de Brunhild. Ainsi, la nécessité d'une troisième pièce, au moins, se faisait absolument sentir. Mais, de ceci, Wagner ne semble pas s'être aperçu tout d'abord. Peut-être ne le pouvait-il pas. Depuis des années qu'il méditait ce vaste ouvrage, c'était toujours Siegfried qui avait occupé le centre de son rayon visuel. Toujours la destinée du héros lui était apparue comme le sujet de son œuvre. Tout le reste, malgré son importance croissante, ne devait être qu'accessoire. Or il en devrait être autrement si une pièce nouvelle était ajoutée, où Siegfried ne paraîtrait pas. Alors, le poème de Wagner, ne trouvant plus son unité en un personnage, il faudrait la faire découler de l'idée morale qui seule désormais pouvait en commander toutes les parties. Pour cela il était indispensable de poser, dès le début, cette idée avec tant d'évidence que le spectateur ne put qu'en attendre le développement. En un mot, le sujet de l'œuvre entière était dorénavant la catastrophe qui frappera inévitablement Wotan et tous les personnages en qui s'incarnent ses désirs, parce qu'il veut avoir, à la fois, les jouissances de l'égoïsme et celles de l'amour, ce qui est impossible. 11 fallait par conséquent que, dès l'abord, Vanneau^ symbole de l'égoïsme, nous fût présenté comme tirant tout le pouvoir qu'il donne du renoncement à ramow\ et
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)mme devant, au contraire, être fatal à quiconque rétendra s'en servir sans avoir pu détruire en soi
plus doux et le plus fort des sentiments. Ce n'é- ,it pas au lendemain de la composition de Siegfried je Wagner pouvait s'aviser de cela. Il était alors op immédiatement sous le charme de l'idylle qu'il înait d'écrire pour pouvoir faire autre chose que 9n réjouir. « Siegfried m'a fait éprouver la plus *ande joie, écrivait-il à Liszt (1). En tous cas, est là ce que je devais faire, et, assurément, ce que squ'ici, j'ai fait de meilleur. » Ce qui l'inquiéta ulement ce fut l'effet que pourrait produire à ^eimar, une versification qui, suivant le drame pas pas, ne semblait donner place nulle part au morau de musique. Tout au moins il crut prudent de envoyer son poème qu'accompagné d'un comentaire pouvant en expliquer la forme, d'une façon us directe, plus brève et plus intelligible que la ngue dissertation d'Opéra et Brame, Et comme îtude autobiographique qui devait former d'abord seconde partie de l'article d'où est sorti ce livre, dont il avait décidé maintenant de faire la préface j ses poèmes d'opéra, devait montrer, naissant et
développant dans ses précédents ouvrages, la rme nouvelle, dont Siegfried n'était que l'épamissement complet : persuadé que rien ne poulit mieux répondre au but, il se mit de suite à le diger.
'i)B. Wagner Liszt. T. 1, \^. 3L
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Ce petit écrit qui a paru sous le titre de Une Communication à mes Amis, et auquel nous avons fait plus d'un emprunt, le retint jusqu'à la mi-août, époque à laquelle il mit tout travail de côté pour aller à la rencontre de Uhlig qui venait lui consacrer les quelques jours de vacance dont il pouvait disposer. De Rohrschach, il fit à pied, avec cet ami dévoué, la route pittoresque de Zurich. Ensuite il le mena, sans nul doute, au lac des Quatre Gantons, trop intéressant et trop voisin de la ville qu'il habitait pour être négligé; et, bien probablement, il fit gravir à son compagnon le promontoire de Seelisberg, dont les bois évoquaient pour lui les scènes de la Jeunesse de Siegfried au point que c'était là seulement qu'il en voulait composer la musique (i). Fut-ce à cet endroit même que Wagner lut à Uhlig le poème qu'il venait d'achever ? Je l'ignore, mais ce qui est sûr, c'est que celui-ci fut déconcerté par une telle poésie. Il déclara au maître qu'il lui était impossible de concevoir qu'elle pût comporter une musique acceptable. Wagner fut lui-même un moment ébranlé car, aussitôt Uhlig parti, il se mit de suite à l'œuvre pour voir ce qu'il en adviendrait. Mais bien vite il fut rassuré. « Ce que tu ne pouvais te représenter se fait tout seul , écrivait-il à son ami (2). Oui, je te le dis, les phrases musicales se font sur ces vers et ces périodes, sans que j'aie à y
H)B. Wofjner Liszt, T. II, p. 7.3, (2) B. an ï'kUg, p 99.
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nser. Cela croît de soi-même, comme sur le sol , plantes sauvages. » Mais ce ne fut là qu'une nple expérience, qu'il dut vite interrompre. Après oir écrit le commencement du premier acte et ["été quelques motifs plastiques, « notamment cède Fafner», il se trouva trop faible, trop énervé, ur être en état de composer une musique robuste saine comme devait Tètre celle de Siegfried, et il sida de consacrer la fin de la belle saison à acérir une forte santé.
En vérité, il croyait ainsi accomplir un devoir limande par ses propres opinions sur les raprts qui doivent exister entre Fart et la vie. « Si me mettais au travail avec un corps malade, crivait-il, le 8 septembre 1851 (1), je tomberais [ans la plus grave inconséquence. Pour pouvoir crire une musique réellement saine, il faut que e commence par rendre mon corps absolument ain. Conquérir la pleine santé pour me mettre en îtat d'entreprendre la composition de Siegfried donc pour moi quelque chose de joyeusement ;olennel. » Du reste, encore dominé par l'optisme le plus naïf, il était convaincu que rendre la ité au corps humain était aussi aisé que ramener société à l'harmonie, et pouvait se faire par les mes procédés. Dans l'un et l'autre cas il devait fire de revenir à la nature, après s'être débarse des ferments mauvais qui sont le produit d'un
B. an Uhlig, p. 100,
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régime corrupteur (1). Et tout rempli de cette conviction, dès le mois d'août, il avait renoncé au vin, à la bière, au café, ne mangeait plus que des viandes rôties ou grillées, puis pour chasser les germes impurs il s'était mis à l'hydrothérapie. Enfin, dans le courant de septembre, il se rendit à Albisbrunn, petite ville thermale , agréablement située sur les hauteurs qui séparent le lac de Zurich de celui de Zoug; et là, c'est chose phénoménale que la quantité de bains, frictions et compresses froides qu'il s'administra. Mais ce qui est plus surprenant encore, c'est que ce régime forcé, au lieu de le rendre entièrement malade, opéra de la façon précise qu'il avait imaginé. En vérité, il sentit (( qu'un jeune sang pur et frais venait remplacer petit à petit son vieux sang corrompu. » Alors, assuret-il, il fut envahi «par une ivresse éthérée, auprès de laquelle l'excitation du vin lui parut chose infiniment grossière. » Enfin, et c'est là l'essentiel, « le penchant à l'abstraction » qui l'avait dominé pendant les dernières années, fit place à une tranquillité d'esprit, qui lui permit de se laisser absorber par les sensations immédiates (2).
Que Wagner ait vraiment senti à Albisbrunn tout le bien-être qu'il vient de dépeindre, certes je ne le contesterai pas. Seulement, comme on peut le penser, ce n'est pas aux vertus de l'eau claire que je
(1) B. ]Vag7ier Liszt. T 1, p. 152-153. — B. an Ulilig, Heine, p 291.
(2) Ibid., p. lûo, 125.
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ttribuerai. S'il se trouva guéri du « penchant à bstraction », c'est qu'il en était arrivé finalement point où toutes les idées abstraites qu'il avait duites péniblement, commençaient à prendre ns son poème une forme concrète. S'il éprouva e ivresse jusqu'alors inconnue , c'est qu'il eut fin la joie indicible de voir l'œuvre gigantesque, a réalisation de laquelle il travaillait depuis si igtempsdans les ténèbres, se dresser tout entière ns ses immenses proportions Sa correspondance laisse aucun doute à ce sujet. Le 30 septembre iécrivait, en effet, les résultats merveilleux qu'il ribuait à ses excès hj'drothérapiques, et c'est au mmencement d'octobre que nous trouvons la preère mention de la tétralogie. « En plus des deux Siegfried, écrivait-il alors, j'ai bien d'autres idées ;n tète. Mon poème se composerait de trois drames ivec un prologue en trois actes ! » Et le 12 noveme, il prononçait la parole décisive. « Albérich, )rùlant d'amour, poursuit les trois filles du llhin. Elles le repoussent l'une après l'autre. Alors, enraîné par la rage, il vole l'or autour duquel elles 5e jouaient. Et cet or, qui n'est en soi que la pagure brillante des profondeurs aquatiques, il possède une autre vertu! 11 peut donner l'empire du ïionde, mais à celui-là seul gui a renoncé à l'anour. — Voilà le motif de tout mon drame, jusqu'à 'a mort de Siegfried (1). » En effet, et si nous
1) B. an Ultlly, p. 119.
ajoutons à celte scène au fond du Rhin, celles entn Wotan, Fréia et les géants, qui nous montrent qu( l'or apporte la mort à quiconque prétend le possé der sans avoir pu renoncer à l'amour, on verra qu( dans le prologue en trois actes, qu'il venait de conce voir, Wagner avait trouvé le moyen de donner un( forme sensible à l'idée qu'il fallait poser tout d'aborc pour qu'un poème, embrassant le drame des héroj et celui de AYotan, pût exister. Il est vrai qu'il n'j avait là que la première partie de la thèse philosophique dont V Anneau du Nibelung devait être l'expression. Il restait à établir comme un des points initiaux du drame, la lutte de la loi et de la nature, qui devait faire explosion dans le tragique épisode de Siegmund. Mais ceci n'était en somme qu'une forme secondaire de l'idée principale. Une telle lacune ne pouvait empêcher l'œuvre colossale d'apparaître à Wagner, vivante et palpable dans son ensemble. Le maître entendit donc alors, le thème de Venvie, toujours suivi de celui du renoncement, retentissant à travers toute sa tragédie et en marquant à la fois, le rythme et la signification suprême. Il vit les dieux et les héros se mouvant, superbes comme des statues éveillées à sa voix ; et, convaincu que toutes ces splendeurs artistiques n'étaient que l'expression concrète de sa philosophie, il put s'abandonner à la joie d'être enfin arrivé à l'instant, depuis si longtemps désiré, où « sa pensée trouverait la délivrance en se perdant dans la réalité de l'œuvre d'art (1). » "
(1) G. S. T. III, p. 58.
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u même moment il eut une fortune inespérée, lame R., la mère de son élève, promit de lui serune rente suffisante pour assurer son existence dant le temps que durerait la composition de \neau du Nibelung. Ainsi il put rompre les engalents pris avec le théâtre de Weimar, où son re ainsi agrandie devenait impossible. Enfin t, loin de manifester du dépit lui adressa les )les les plus encourageantes (1). « La tâche ? modeler en une trilogie dramatique l'épopée is Nibehingen puis d'en composer la musique, est gne de toi, lui écrivait cet excellent ami.... itissez-nous un temple tel que les générations tures s'écrient : il fallait être fou pour entreendre une œuvre pareille I » Ce plan tracé jas par le chapitre de la cathédrale de Séville à rchitecte chargé d'élever ce monument, est le ul qu'on puisse te recommander. — Et^ comme jourd'hui elle est là, la splendide cathédrale, je mets pas en doute la monumentale réussite de n œuvre. »
nsi, tout se réunissait pour que la félicité de jner fût sans mélange. Il pensait avoir reconquis )buste santé de l'homme primitif. Il croyait tous à la constitution prochaine de la Société de enir. Son œuvre lui en semblait la justification ne doutait pas que, dans toutes ses parties, réalisât pleinement l'harmonie artistique, dé-
fi. Wagner Liszt. T. I, p. 153-154.
crite dans Opéra et Drame. Le moment où nous sommes marque donc le point culminant de la vi( du maître. C'est alors qu'il «^oûta le bonheur le plu; grand et le plus complet que le monde pouvait lu offrir.