‹ Richard Wagner d'apres lui-méme (volume 3)Chapitre 15 sur 30 · LE POÈME DE LA ^YALKYR1E · texte numérisé non relu

LE POÈME DE LA ^YALKYR1E

tour à Zurich. — Nouveaux essais de propagande. — Lettre sur lacritique. — Publication de la lettre sur la Fondation Gœthe. — Projet d'article sur Vart de diriger la musique de BeetJwven. — Nouvelle tentative pour imprimer sa direction au théâtre de Zurich. — Wagner ne peut même organiser un concert. — Première manifestation du revirement pessimiste. — Manière toute nouvelle d'envisager Part. — Dernier effort intellectuel . — LeprofesseurEttmûUer. — Lesmots racines. — Shelley. — Le mythe de Lœilde W'otan. — Désormais Wagner ne cherchera plus que ce qui s'adresse au sentiment. — Lesfemmesetlamusique. — L'ouverture de Tannhœuser et le Vaisseau Fantôme à Zurich. — Autocritique. — Wagner s'installe à la campagne. — Le plan de V Amieau du Xihelung. — Le poème de la Walkyrie. — Désir de vovager.

Le i25 novembre, Wagner revint à Zurich célébrer ec sa femme l'anniversaire de leur mariage. 11 ivait qu'une pensée, c'était de ne rien faire du

tout, afin de consolider la robuste santé qu'il croyait avoir acquise et de laisser Timage de son grand drame se fixer d'elle-même en son esprit complètement apaisé. Comme, pendant son séjour aux eaux, Madame Wilhelmine avait arrêté un joli petit appartement au Zeltweg, il se livra d'abord tout entier au plaisir de s'installer de la façon la plus agréable. 11 plaça dans son cabinet un médaillon de Beethoven, les gravures, d'après Cornélius, des principales scènes des Nibelungen, puis la collection de ses propres ouvrages « reliés en rouge », et il fut ravi delà joie que lui causaient d'aussi petites choses (1), car il en concluaitque bien certainement il avait reconquis la belle naïveté de l'homme primitif. Mais, comme vous pensez, cet état de béate inertie ne pouvait durer longtemps. Si le séjour d'un établissement thermal est particulièrement favorable à la contemplation oisive, il y a dans l'activité d'une grande ville quelque chose de pratique, qui devait forcément le ramener à regarder la réalité en face. Alors, comment empêcher que sa pensée ne se reportât sur ce qui en était l'éternel tourment, à savoir sur le difficile problème de l'exécution de son œuvre? Maintenant qu'à Siegfried était venu se joindre Wotan, la nécessité d'une interprétation réellement dramatique s'était encore accrue, et tous les théâtres d'opéra étant définitivement écartés, il devenait indispensable de rendre possible le festival

(l) li. an Ulilig, p. 125-126.

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i V Anneau du Nibelung devrait faire son apparition. )ilà comment, malgré lui, Wagner se trouva conlit^ avant de se plonger dans la composition, à prendre sa plume de polémiste et à faire un derer effort intellectuel.

La première idée qui lui vint, ce fut d'obtenir le meux "prix Gœthe dont il avait été question l'anle précédente, afin d'avoir au moins le noyau de la mme considérable qu'exigerait sa grande entreise artistique. Il décida de publier la lettre qu'il ait écrite pour Liszt seul, quand il ne s'agissait le des représentations de Weimar. Mais où faire raître ces pages, trop spéciales pour une revue dinaire et pas assez pour un journal de musique? agner dut reconnaître que s'il n'y avait pas de éàtrepour une œuvre comme la sienne, il n'exisit pas non plus pour lui d'organe dans la presse, ors il résolut de s'en créer un, ou plutôt d'impor sa direction à la Neue Zeitschrift dont le prolétaire Brendel lui avait toujours été favorable, cet effet, il écrivit la Lettre sur la Critique (1) où, irès avoir montré encore une fois que la musique isolue a fait son temps, il décrétait que la Gazette I devait s'occuper de cet art que pour mettre en idence la nécessité de son union avec la poésie. ;t article qu'il envoya à Brendel, en même temps le la lettre sur le prix Gœthe devait lui servir introduclion. Mais il n'en resta pas là. Pour ache-

(1) Ueher Musikalische Kritik. G. S. T. V, p. 67-8K

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ver d'imprimer au journal son propre mouvement, il envoya à Uhlig le plan d'un autre article sur Vaj't de diriger la musique de Beethoven, où il s'ingéniait à prouver que les grandes œuvres du maître de Bonn sont de véritables poèmes qui ne peuvent produire leur effet que si le sujet en a été révélé de vive voix aux musiciens par le chef d'orchestre, et au public par le moyen d'un programme explicatif; car, autrement, affirmait-il, vu l'insuffisance du langage musical quand il est livré à ses seules ressources, l'exécution de ces chefs-d'œuvre est chose aussi ridicule que le serait la lecture « d'un morceau littéraire écrit dans une langue que ne comprennent ni le récitant ni les auditeurs». Ainsi, en démontrant à la fois l'extraordinaire puissance et l'insuffisance poétique de la grande musique, il pensait éveiller chez les autres le désir auquel son drame devait précisément répondre (1).

Ces articles de journaux avaient leur importance. Il était essentiel pour Wagner de faire naître efn Allemagne le mouvement d'opinion, qui pourrait seul lui fournir les ressources matérielles indispensables à la réalisation de ses vastes desseins. Pourtant, il souhaitait plus encore peut-être arriver à faire représenter à Zurich la série de ses opéras depuis le Vaisseau Fantôme jusqu'à Lohengrin. Non seulement parce que c'était l'unique voie pour se

(1) B. an Uhlifj, p. 157-162. Dans celte même lettre Wagaer envoyait à Uhlig son programme de l'ouverture de Coriolan. G. S. ï. V, p. 224.

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;réer des interprètes capables d'incarner les héros le VAiineau du Nlôelung, mais aussi parce que, naintenant qu'il avait reconnu avec précision son éritable but, il avait besoin de juger les résultats cquis, alors qu'il y tendait inconsciemment, et d'y rouver un point de départ qui, étant en dehors de 1 réflexion, fût réellement artistique. Toutefois les entatives qu'il avait déjà faites l'année précédente, l'ayant pas abouti, il voulut agir avec prudence. l résolut de ne mettre d'abord en avant que Tidée 'un simple concert, où figureraient les quelques lorceaux lyriques pouvant être détachés de ses rois opéras. Cô serait seulement le jour de cette udition musicale que, démasquant ses batteries, il istribuerait un programme se terminant par ces lots (1) :

Si, dans un concert, je voulais me présenter comme ramatiste, je ne pourrais le faire que d'une façon inomplète. C'est pourquoi je ne montre maintenant qu'un ôté de mon œuvre. Désire-t-on l'avoir tout entière, u'on m'accorde les moyens indispensables pour orgaiser des représentations théâtrales.

Et il ne doutait pas, dans sa naïveté, que le ublic, enthousiasmé par sa musique, ne s'empresàt de répondre à ses désirs ! Aussi, quel désenchanîment, quand il vit les quelques personnes qui 'étaient montrées disposées à patronner son conert, reculer devant la simple prétention qu'il émit

(1) B. an Uliliy, p. 132-134.

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