RICHARD ^^AG^ER
d'adjoindre à l'orchestre de Zurich quelques artistes appelés des villes voisines î Son désespoir fut si violent qu'il ramena avec lui l'état de nervosité et tout le cortège de maux dont il se croyait à jamais délivré. Mais ce qui dut le surprendre, s'il eût le loisir d'y penser, c'est que cette disposition maladive qu'il jugeait, l'an passé, si peu propice à la production artistique, ne fit que l'y exciter. Et par là il fut amené à énoncer des principes diamétralement opposés à ceux qu'il avait professés jusqu'alors. « L'art, c'est la suprême efflorescence de la joie de « vivre », s'était-il écrié dans Art et Révolution. — « Tous ceux qui se réjouissent de mon art, dira-t-il « maintenant (1), doivent savoir qu'ils se réjouis- « sent de mes douleurs et de mon extrême infor- « tune. » Puis plus loin : « L'art n'étant qu'un « souhait exprimé avec la plus grande clarté possible, « il ne pourrait venir à l'idée d'un homme vraia ment heureux d'en faire... et, quant à moi, pour « avoir santé, jeunesse, nature, pour posséder une (' femme m'aimant sans réserve et un enfant vigou- « reux, je donnerais tout mon art. » Ces lignes furent écrites le 12 janvier 1852. Il faut noter cette date, car c'est là, la première manifestation du revirement qui va s'effectuer graduellement dans les idées du maître, mais qui n'éclatera au grand jour que dans le courant de l'été 1854.
Du reste, au moment où Wagner se livrait à ces
(1) G. S. T. III, p. 18. B. an Uhlig,\^. 147.
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méditations amères, il en était encore au pénible et rritant travail de la préparation, car ce fut seulelent au mois de mai qu'il se trouva en état de fixer esquisse complète de V Anneau du Nibelung (1). lur quels points portèrent donc ses efforts penant les quatre mois qui s'écoulèrent du commenement de janvier au commencement de mai 1852 ? fous en sommes réduits aux inductions et aux hypolièses ; nous les risquerons pourtant, car elles peuent tout au moins jeter quelque lumière sur les 'essous si peu connus de l'œuvre dont nous nous ccupons. D'abord nous savons que vers ce tempsi Wagner allait consulter fréquemment le profeseur EtlmûUer (2), traducteur en vers allitérés de Edda, de Gudrune, etc., et l'un des hommes, dit I. Houston Chamberlain, qui connaissaient le mieux i langue et l'ancienne poésie germaniques (3). Eviemment, Wagner qui avait eu tant de mal à trouver n langage pouvant convenir à Siegfried (4), sentait î besoin d'enrichir son vocabulaire, maintenant u'il avait à faire parler d'une façon caractéristique lOge, les géants, les dieux, et surtout le terrible V'otan (5). Mais est-ce là tout ? Le professeur
(1) B. Wagner Lhzt. T. I, p. 178.
(2) Mémoires de M™e Wille. Deutsche Rundschau . Février 1887,
(3) Houston Chaniherlaiu. Notes sur Tristan. Revue Wagnéienne, an. 111, n« X-XI, p. 221-22S.
(4) G. S. T. IV, p. 398-400.
(5) Die Sprache in Ricliard Wagners Dichtungen par Haus von rolzogeu. Leipzig, Féodor Reiubolh, p. 31.