‹ Richard Wagner d'apres lui-méme (volume 3)Chapitre 3 sur 30 · RICHARD W\GNER · texte numérisé non relu

RICHARD W\GNER

« tique et impérieusement despotique, qui détermine (^ d'avance l'individu. Dès le berceau, il s'empare de (' lui, fixe la place qu'il devra occuper dans la so- « ciété et le degré d'indépendance dont il pourra (( jouir. II lui impose sa morale, et, par là, le prive (( de toute spontanéité de jugement. » Bref, de l'homme, l'Etat a fait un bourgeois, c'est-à-dire « un être qui n'a d'autre personnalité que celle que l'Etat lui prête » (1). Ainsi incarné dans l'Etat, l'esprit humain se substitue donc réellement à la source vive d'où découle toute activité naturelle, et comme il a la prétention de soumettre la vie à une règle immuable, il tend à la pétrifier, à en faire, comme dit Wagner, un monument. On ne saurait pourtant aller jusque là, c'est pourquoi cet esprit omnipotent a dû se charger de lui imprimer un mouvement artificiel et automatique. De là, la mode. Elle est, on le voit, uniquement la conséquence du régime de l'Etat, et, pour la faire disparaître, il faut détruire l'Etat.

Wagner n'hésite pas (2). Et comment hésiterait-il, lui qui croyait alors à la toute-puissance et à la toute-bonté de la nature ? Il avait une foule de raisons pour ne voir dans l'Etat qu'une inutilité nuisible. D'abord, comme l'esprit humain ne peut supprimer la nature, il devait nécessairement échouer dans sa prétention de l'assujettir à des règles fixes

(1) G. s. T. IV, p. 8o.

{2)lhid., {.. 83.

Il n'est arrivé, en eiïet, qu'à donner naissance à un conflit qui, sous une autre forme, renouvelle celai de l'amour et de l'égoïsme. Enfm c'est en pure perte qu'une semblable expérience a été tentée, car la nature, ayant en soi tout ce qu'il faut pour atteindre à ses fins, il eût suffi de la laisser faire pour que, se corrigeant elle-même à mesure que le besoin s'en fait sentir, elle arrivât par sa propre évolution, à constituer une société harmonieuse. L'Etat doit donc disparaître. Mais il sera remplacé, il sera remplacé, affirme Wagner, par Vart (1). Vous croyez à une plaisanterie ? Pas du tout, je cite textuellement. Et Wagner s'est même donné la peine de justifier très sérieusement cette assertion extraordinaire. « Si l'Etat est mauvais, dit-il en substance, c'est parce qu'il prétend imposer le résultat de l'expérience et que, par là, il détruit l'individualité humaine. Mais si le fruit de l'expérience des hommes qui nous ont précédés ne doit pas nous être imposé, il est bon qu'il nous soit trans7Jiis. Or, c'est ce que l'art seul peut faire, car pour qu'une telle tratumissio7i soit réelle, il ne suffit pas qu'elle s'adresse à notre intelligence, il faut que, par les sens, elle pénètre directement jusqu'au plus intime de notre être, jusqu'au sentiment. Et c'est là le privilège exclusif de l'art, du grand art qui dispose de tous les moyens par lesquels une idée peut être réalisée devant les sens. .')

(1) Entwiirfe, p. 16-19, G. S, T. IV, p. 90-96,

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