WIELAND LE FORGERON
Foi de Wagner dans sa propagande révolutionnaire. — H se décide à écrire un opéra pour Paris. — Wieland le Forgeron. — Ses rapports avec la Mort et la Jeunesse de Siegfried (Gœtterdœmmerung et Siegfried). — Ardeur révolutionnaire. — Défaillance. — La perspective d'écrire sa musique sur des vers étrangers le décourage. — Nouveaux plans d'ouvrages littéraires. — Wagner à Paris. — Avertissement de la police. — Quarante-septième représentation du Prophète, — Le maître décide qu'il n'écrira pas d'opéra pour Paris. — Résultats bienfaisants de la conception de Wieland.
Chose curieuse, V Œuvre d'Art de C Avenir, cet ouvrage abordé par Wagner dans le dessein manifeste de préparer le grand drame qui sera un jour VAnneau du Nibelung, eut pour résultat immédiat de faire surgir en l'esprit du maître, le sujet si longtemps cherché du fameux opéra parisien, et de lui inspirer un éclair d'enthousiasme réel pour une entreprise qu'il avait considérée jusque-là avec la plus grande répugnance! C'est que les médita-
iOO RICHARD WAGNER
tions sur les rapports de l'art et de la société auxquelles il venait de se livrer, lui ayant démontré rimpossibilité d'atteindre aujourd'hui à la perfection, l'avaient conduit à envisager le triomphe de la révolution comme le seul but à poursuivre. Enfin, son livre, quand il fut achevé, lui parut si formidable, qu'il crut déjà voir les jeunes gens se groupant partout autour de lui v comme les disciples d'une foi nouvelle », aûn de combattre a pour la vie et pour l'art (1) » . Ainsi, il était arrivé à se persuader qu'un opéra ultra- révolutionnaire pourrait très bien faire son chemin à Paris ; ainsi, la répulsion que lui causait, au point de vue de la forme, l'obligation de subir une versification étrangère^ s'était effacée devant la perspective de faire entendre un appel retentissant « à la destruction et au renversement de tout ce qui mérite d'être détruit et renversé (2)». Dans de telles conditions, vous pouvez comprendre que la pensée de disposer d'une tribune aussi en vue que le Grand Opéra de Paris ait exercé un moment de fascination sur lui. Et, comme il suffisait qu'un projet s'accordât avec sesconvictionis intimes pour que l'inspiration jaillît, aussitôt le sujet poétique voulu lui était apparu. C'est justement cette légende de Wieland le Forgeron^ qui s'était présentée à lui sans qu'il la cherchât, comme conclusion naturelle de V Œuvre d'Art de l'Avenir, Elle convenait
(1) B. an Uhlig, p. 14-18.
(2) /&id.,p. 21.
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SOUS tous les rapports, car son héros n'est au fond que Siegfried, asservi, dégradé, comme Wagner rétait lui-même, par l'obligation de transformer l'art en moyen de propagande ; et la fable en apparaissait au maître comme une version de celle des Nibelungeriy plus mouvementée, plus claire et se prêtant mieux, par conséquent, à son principal objet : la divulgation, devant un public français, de l'évangile révolutionnaire.
Bien curieux, en vérité, est ce poème de Wieland. Wagner ne l'a pas achevé pour la raison péremptoire que c'était une variante de Siegfried, dont le fond musical devait passer dans V Anneau du Nihelung. Mais il a toujours conservé pour ce scénario une telle prédilection, qu'il voulut le donner, d'abord à Liszt, puis à Berlioz (1). Enfin, beaucoup plus tard, quand il recueillit en une édition complète toutes ses œuvres, tandis qu'il rejetait Tesquisse de la Sarrasine, puis celles de Barberousse et de Jésus de Nazareth^ il retint Wieland (2), et prit soin d'en relever l'importance, en notant que ce fut la conception de ce drame qui^ de la politique, le ramena décidément à l'art (3). A cet intérêt général, s'en ajoute un autre particulier, pour nous autres Français, c'est que Wieland nous était précisément destiné. Nous allons donc en donner une analyse détaillée, qui pourra du reste reposer le lecteur de
{i)B. Wagner Liszt 1. I,p. 10!, 107, 188.
(2) G. S. T. III, p. 213.
(3) Ibid., p. 7.
toates les questions philosophiques et esthétiques dont nous avons dû et devrons encore l'entretenir.
Le premier acte a pour objet de nous montrer combien étaient heureux les hommes, alors que le communisme régnait encore parmi eux ; et, certes, il aurait pu plaire aux admirateurs du Voyage en Icarie de M. Cabet. Nous sommes dans un bois, au bord de la mer, devant la maison, où Wieland le forgeron vit joyeux avec ses frères, dont Tun est médecin et Tautre chasseur. Tandis que ce dernier pourvoit à la nourriture et l'autre à la santé communes, Wieland, assis devant sa forge, fait des armes pour le chasseur, et des vases pour le médecin. Ainsi, grâce au concours réciproque qu'ils se prêtent, chacun d*eux peut se consacrer exclusivement à son occupation favorite, et s'y livre avec une ardeur, rendue plus grande par la pensée du plaisir que son travail causera à ses frères. Le bonheur qu'ils goûtent tous trois est assez vif pour donner lieu à des effusions lyriques dont, certainement, le musicien eût tiré parti.
Mais l'heure du repas commun est arrivée, "le chasseur et le médecin sont déjà rentrés au logis. A sa grande surprise, Wieland, resté seul, voit passer dans la nue trois jeunes filles, aux longues ailes de cygne. Ce sont trois Walkyries. L'une d'elles vole avec peine, et, tout d'un coup, le forgeron la voit tomber dans la nier. Vite, il se jette à la nage et il a bientôt fait de la ramener à la vie. La jeune fille est évanouie : elle a une blessure
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au côté que Wieland découvre, après avoir détaché ses ailes qui étaient liées seulement à ses épaules. Grâce à un baume composé par le médecin, elle revient rapidement à elle. Naturellement, elle est charmante, et notre forgeron en devient éperdument amoureux. De son côté, la pauvrette abandonnée par ses sœurs^ se laisse toucher par Thomme qui Ta recueillie et soignée si doucement. Elle lui dit qu'elle se nomme Schwanhild et consent à devenir sa femme.
Nous voici arrivés au point culminant des joies qu'a pu goûter Tbomme de Vâge d'or. Après avoir été témoins du bonheur et de la productivité qu'il doit au communisme^ nous l'avons vu se conquérir une femme, non pas en courant sus, comme faisaient, paraît-il, les premiers hommes (1), mais à la nage, et avec une délicatesse irréprochable. Il est temps que la catastrophe arrive. En effet, tandis que Schwanhild repose dans la maison, où l'a portée Wieland, et que celui-ci rêve dans les bois, des navires arrivent et des hommes armés en descendent. Ge sont les gens de Neiding^ tyran du voisinage, qui a entrepris de mettre un à la société naturelle, en fondant un Etat dont il serait le chef. Conduits par Gram, son maréchal, ils viennent s'emparer de Wieland, dont le despote a entendu vanter le talent, et dont, pour cette raison, il a résolu de faire son sujet. Ces farouches sicaires se divisent
(1) MaxMaUer. Jê.%%b\% àQ Mythologie comparée^ p. 307.
en deux bandes. L'une met le feu à la maison où dort Schwanhild, afin que le forgeron n*ait plus rien qui le rattache à son pays natal, et l'autre s'en va fouiller le bois. Comme on voit, le mouvement scénique nécessaire pour un public français, ne manque pas dans ce premier acte. Il se termine par une scène très dramatique qui, certes, entre les mains d'un musicien comme Wagner, fût devenue un splendide morceau d'opéra. « C'est toi, Wieland, crie Gram au jeune homme, que ses gens ramènent garrotté et les yeux bandés, c'est toi le forgeron qui a fait de si merveilleux ouvrages. Eh bien, dis-moi, où as-tu pris l'or dont tu les as forgés? » — « L'or, je veux bien te le dire. Tu sais que, jadis, aux dieux fut ravie la belle Iduna^ qui leur donnait la jeunesse. Lés dieux vieillirent tous, leur beauté se flétrit et Odur, l'amant deFréia, n'étant plus lié par ses attraits, s'éloigna d'elle. Plus tard, les dieux reconquirent Iduna, et avec elle refleurirent beauté et jeunesse; mais jamais plus Fréia neput reconquérir le cœur d'Odur. Alors, l'infortunée alla s'asseoir sur ce rocher qui domine la vallée. Là, triste et seule, elle pleure son époux infidèle, et ses larmes qui sont d'or, tombent goutte à goutte dans le fleuve. — Ces larmes, je les trouve dans l'onde limpide, et c'est de leur substance que je forge de beaux ouvrages pour les hommes joyeux. »
Quelle que soit l'intention socialiste, manifeste dans ces paroles, n'y a-t-il pas ici une véritable éclosion poétique ? Et quand on pense à l'art avec
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lequel Wagner savait donner une forme mélodique exquise à de tels récits (1); on ne peut douter qu'il n*eûtfait de ce morceau une perle dont le charme délicat, eût été rendu encore plus sensible par la violence de ce qui précède et de ce qui suit.
— « Tu pérores agréablement, réplique Gram, mais tu n'en es pas moins un voleur. Que Tor soit les larmes de Fréia, qu'importe 1 II n'en est pas moins la propriété du roi, puisque ce pays lui appartient. C'est pour lui que tu travailleras désormais. — Qu'on l'emmène ! »
Mais, à ce moment, un doute terrible s*empare du malheureux : c Qu'avez-vous fait de ma femme, s'écrie-t-il ? »
— t Ta femme. . . où était-elle ? »
— « Je l'ai laissée endormie à la maison. »
— « Eh bien, Regarde ! »
Et, riant avec férocité, Gram enlève le bandeau qui couvrait les yeux de Wieland. A la vue des ruines fumantes qui ont remplacé sa demeure, l'infortuné reste un moment paralysé par la douleur ; puis, d'une voix angoissée : « Schwanhild ! Schwan* hild ! crie-t-il. » Nulle réponse. — « Morte ! brûlée ! ... Oh I vengeance alors I » Et, d'un effort furieux, il rompt ses liens, arrache le glaive d'un des soldats qui l'entourent, puis, se ruant contre tous avec la force du désespoir, il contraint la bande entière
(1) Sans nul doute, Wagner n'a pas écrit ce morceau sans en concevoir la mélodie qui, bien probablement, sera passée dans le Rheingold,
à reculer. Pendant ce temps, ses frères et quelques amis sont accourus, et, bien vite, Gram et ses complices sont obligés de remonter sur leurs navires et de fuir en hâte. Alors, Wieland se précipite de nouveau vers les débris fumants de la maison où, peu d'instants auparavant, il comptait jouir de l'amour de sa fiancée. Il voudrait s'y ensevelir et mourir avec elle. Mais ses frères le retiennent, et lui proposent d'aller demander au roi Rotbar, leur parent, de les venger, t Vengeance, oh oui ! » s'écrie Wieland ; mais, tout en acceptant l'offre de ses frères, il veut lui-même se mettre immédiatement à la poursuite des ennemis. D'un coup, il abat un tronc d'arbre, le pousse dans la mer, et saute dessus. Les navires sont déjà hors de vue, et Wieland ne sait dans quelle direction ils ont fui. — N'importe 1 La nature sera Talliée de l'homme de la nature, et la nymphe de TOcéan saura bien le guider. Ainsi finit le premier acte, en plein merveilleux, mais d'une façon très dramatique.
Le second acte est encore plus mouvementé. Mais, comme il a un sens tout allégorique, il faut d'abord que nous en donnions la clef. Les trois frères que nous avons vus, au début de la pièce, goûter les délices du communisme, figurent évidemment les trois branches du corps social, à savoir : le travail, la science et l'art. Mais, Wieland, le héros du poème, est, nécessairement, quelque chose de plus. C'est l'homme de la nature, dans toute sa puissance, c'est Siegfried, avons-nous dit, et par conséquent c'est
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Wagner lui-même. Il s'ensuit que Schwanhild ne saurait être une simple femme : ses longues ailes blanches et sa façon de tomber du ciel sont là pour le montrer. En vérité^ Schwanhild, c'est Brunhild, mais une Brunhild, dépouillée de son individualité et réduite à n'être que le symbole de tout ce qui, dans la nature, incite le génie de Thomme et le rend créateur. A côté de cette femme idéale, il fallait son antithèse, il fallait Gudrune. Telle est Bathilde, la fille du tyran Neiding. Mais, là encore, l'intention allégorique l'emporte sur la réalité concrète. Et, avant tout, ce qui frappe dans Bathilde, c'est qu'elle est la personnification de la mode. On se souvient que Wagner considérait la mode comme la rivale de Tart, rivale qui, en elle-même impuissante, n'exerce un empire artificiel que grâce au charme dérobé à la nature, dont elle use ensuite selon son caprice égoïste [\). Or, Bathilde ajustement volé à Schwanhild un anneau magique dont la vertu est de rendre l'homme invincible, et irrésistible la femme. — C'est grâce à cet anneau, dont le rôle sera ici celui du philtre d'oubli dans Siegfried, que Bathilde devient l'héroïne du second acte de Wieland. — Déjà, par la force de cet appât d'emprunt, Gram avait été asservi, il en est de même pour Wieland, quand, guidé par la nymphe de l'Océan, il arrive à la cour de Neiding. Dès qu'il voit la perfide enchanteresse, il perd tout souvenir de Schwan-
fl) Voir Doire chap. III, p. 65 (note).
hild; et, au lieu de se venger, il se met à travailler pour le tyran, dans Tespoir d*étre aimé de sa fille. Mais c'est Gram que Bathilde veut épouser. Aussi faut-il trouver un autre moyen pour retenir le forgeron dont on a d'autant plus besoin que ses frères étanjb arrivés, porteurs d'un message comminatoire du roi Rothar, il faut des armes pour repousser l'ennemi. Le roi Neiding se résout donc à lui faire couper les jarrets. Toutes ces choses peuvent sembler confuses, exposées brièvement comme je suis obligé de le faire ici, mais, en réalité, elles s'enchaînent et donnent lieu à beaucoup de mouvement. La réception des envoyés du roi Rothar, qui s'accomplit avec tout le cérémonial chevaleresque, donne même lieu à une certaine pompe scénique, et le tout se termine par le supplice de Wieland. amené d'une manière très dramatique. — Neiding, qui lui avait promis Bathilde, pour prix de son travfril, s'écrie tout d'un coup : c Non, il n'en sera pas ainsi ; ma fille n'épousera pas l'ouvrier qui forgera les armes, mais le guerrier qui, les brandissant sur le champ de bataille, décidera la victoire. > Et, disant ces mots, il montre Gram du doigt. A la vue de cet homme, dans lequel Wieland reconnaît confusément le meurtrier qu'il est venu poursuivi'e, et qui maintenant est son rival, il ne peut contenir sa colère. Tirant son sabre, il se jette sur lui et le tue. Mais, en même temps, il blesse à la main Bathilde qui a voulu arrêter le coup; et, à la vue du sang de sa bien-aimée, son désespoir est tel
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«{u'il se laisse prendre sans résister par les sicaires (le Neiding. Ceux-ci exécutent Tordre barbare du roi, tandis que ses deux frères partent en hâte pour annoncer le fait épouvantable à Rothar qui le yengéra.
Le dernier acte est le plus beau. Il nous transporte dans le triste atelier, où Wieland, estropié, doit travailler à tout jamais pour Neiding. Celui-ci lui donne du pain en échange de ses peines; n'est-il pas quitte envers lui ? La rage et le désespoir remplissent Tâme du malheureux, et cependant rien n*a pu vaincre sa fatale passion pour Bathilde. C'est pour elle qu'il accepte la vie misérable qui lui est faite. C'est pour elle qu'il se résigne à servir son bourreau^ et à faire des œuvres qu'il méprise. Tout mutilé qu'il est^ il espère toujours obtenir la main de Bathilde, et il chante en martelant le fer à coups redoublés. Cependant, un bruit léger se fait entendre. On a frappé à la portç, et Bathilde paraît. Elle vient tenter une démarche hardie. Son anneau, l'anneau dans lequel réside toute sa puissance^ a été coupé par le fer de Wieland, quand celui-ci l'a blessée. Il importe de le réparer, et Wieland seul en est capable. Mais qu'arrivera-t-il quand elle cessera d'en être parée ? Avant de tenter cette redoutable épreuve, elle engage sa foi au forgeron, et veut lui faire jurer un amour éternel. « Je jure par cet anneau», dit-il, et il s'empare du talisman. Mais aussitôt le voile qu'il avait sur les yeux tombe, et le passé se dresse devant lui dans toute son horreur.
SchwaDhild brûlée par Neiding qu'il sert et par Bathilde qu'il adore ! — « Vengeance! » s'écrie t-il, brandissant son lourd marteau, et il allait assommer Batbilde, quand celle-ci lui dit : < Non pas, tu te trompes, Scbwanbild n'est pas morte. Elle a eu le temps de revêtir ses ailes et de fuir dans Tazur. )> A ces mots, les pensées de Wieland prennent immédiatement un autre cours. Il est beureux que Scbwanbild vive ; mais bêlas ! comment la conquérir de nouveau, maintenant que l'infirmité le rive à son triste atelier? « Scbwanbild, soupire-t-il, que ne puis-je m'élever au-dessus de ce sol que mes faibles pieds ne toucbent plus qu'avec douleur ! Comme jadis; j'ai glissé vers toi en fendant les flots, je m'élancerais alors dans la nue t Mes bras sont assez forts pour me porter, et terrible est ma détresse. Des ailes ! des ailes ! Ob ! si j'avais tes ailes, un béros s'élèverait agile dans les airs ! Il se vengerait et écbapperait à la misère. » — Alors, dans une excitation violente, il se roidit sur ses jambes brisées. Batbilde l'appelle doucement; mais, d'un geste impérieux, il lui impose silence. Elle le regarde anxieusement, et remarque que ses lèvres tremblent, tandis que ses yeux lancent des éclairs de plus en plus brillants. Exalté par l'inspiration, il est parvenu à se dresser jusqu'à sa pleine bauteur. « C'est un Dieu qui est devant moi I » murmure Batbilde, épouvantée et cbarmée à la fois. — « Non, c'est un bomme, fait Wieland soucieux, un bomme dans la plus grande détresse. » Puis avec
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ravissemeDt : <( La détresse, la détresse qui coatraint ! Elle illumine mon cerveau. Ce qu'aucun homme n'a vu, je le vois I Des ailes, je saurai m'en faire. Schwanhild, femme adorable, déjà je me sens près de loi, oui, je volerai vers toi ! »
Au fond, ceci n'est que la mise en action de la théorie philosophique du besoin contraignant, unique force créatrice du monde. Mais il n'y a pas là pour Wagner une simple abstraction. C'est luimême qu'il nous montre ici, édifiant le drame qui lui permettra de s'élever bien haut, au-dessus des platitudes de l'opéra. Aussi^ comme il est éloquent! Bathilde a quitté Wieland, et tandis que celui-ci forge ses ailes, une voix d'en haut se fait entendre. C'est la voix de Schwanhild, qui voltige au-dessus du cachot.
— Wieland, soupire-t-elle doucement^ penses-tu toujours à moi ?
— Schvsranhild, ma splendide fiancée ! Tu es donc venue à ma recherche^ toi qui avais fui si loin de moil
— Oui, les vents ont porté tes soupirs jusqu'à ma demeure radieuse, où je languissais sans toi.
— Tu as donc abandonné ta demeure radieuse pour voler vers moi, vers moi que la douleur accable et qui gémis dans la détresse.
— Oui, j'ai volé à travers les airs pour consoler ta douleur et soulager ta détresse.
— Je suis dans la détresse, mais elle m'a inspiré. Elle m'a enseigné à échapper au malheur.
il2 RICHARD WAGNER
— T'es-tu forgé des armes, vigoureux forgeron, pour triompher de tes ennemis ?
— Non, je fais une œuvre inouïe ; je meïorge des ailes pour voler vers toi.
— Wieland ! Wieland ! si tu viens t'unir à moi dans l'azur, alors jamais plus je ne t'échapperai, homme tout-puissant. >
Est-il plus charmants couplets : et se ûgure-t-on ce qu'ils fussent devenus, mis en musique par Wagner I Malheureusement, la fîn est atroce : si, dans la Société de r Avenir, nous avons trouvé la théorie des anarchistes, il faut bien reconnaître ici leurs procédés. Au moment où Wieland venait d'achever ses ailes, Neiding vient voir si les armes qu'il a commandées sont faites. Wieland trouve moyen de l'enfermer, puis, après s'être envolé, il met le feu à l'édifice dans lequel le roi est brûlé vif avec sa suite. Et ce n'est qu'après raccompliss.ement de cette terrible vengeance, qu'intervient l'apothéose finale, à laquelle prennent part, avec Wieland uni à sa fiancée, le roi Rothar et toutes ses troupes, accourus pour mettre fîn à la tyrannie de Neiding.
Nous voici bien loin du dénouement de la Mort de Siegfried, où les dieux étaient sauvés par le sacrifîce du héros. Mais c'est que, depuis Tannée précédente, les idées de Wagner avaient fait du chemin dans la voie révolutionnaire. Et, en vérité, cette conclusion de Wieland n'est qu'une première esquisse de celle de V Anneau du Nibelung, Sieg-^
PREMIÈRI^S ASS1SF.S DU GRA>D ŒUVRE DART ii3
fried ne sera pas sauvé, il est vrai, mais le Walhalla sera brûlé et tous les dieux périront. Là, où l'on sent mieux encore le commencement d'élaboration poétique du grand drame, c'est dans la scène où Wieland forge ses ailes. Evidemment, elle fut le modèle de celle où Siegfried forge son glaive ; et il est très probable que Wagner a conçu, en écrivant la première, quelques-unes des mélodies qui ont passé dans la seconde. Pour le reste, comme nous l'avons dit en commençant, Wieland^ c'est la Mort de Siegfried, car, dans les deux pièces, le héros trahit sa femme véritable, par TefTet d'un maléfice. Il y a, toutefois, une différence capitale : tandis que, dans Siegfried, les personnages ont une réalité concrète, qui domine l'action, ici, leur signification allégorique est tellement manifeste, que c'est Tidée, l'intention du poète, qui conserve la première place, [/intention de Wagner, c'était de figurer, par l'infidélité que Siegfried et Wieland commettent sous l'empire d'un sortilège, celle dont, lui-même, pendant le temps où il avait été chef d'orchestre et compositeur d'opéras, s'était rendu coupable envers son idéal, sous la pression d'une civilisation fausse comme la nôtre. Or, dans Siegfried, on ne saurait dire que cette idée apparaisse clairement. Gudrune n'a, en effet, aucun caractère symbolique ; c'est une jeune fille très désirable. Et quoique le philtre d'oubli soit l'œuvre du méchant Hagen, on a, tout au moins, la sensation qu'il représente simplement Teffacementdetout souvenir,qui s'opère enThomnie
incapable de résister aux fascinations de la beauté. — Wagner lui-même sera obligé, à la fin, de reconnaître que l'Anneau du Nibelungn'sL]^SL8 la signification qu'il lui avait d'abord attribuée. — Au contraire, dans Wieland, nul doute n'est possible. Non seulement Je forgeron auquel le roi Neiding a fait couper les jarrets, aûn qu'il soit contraint, pour gagner sa vie, de prostituer son talent^ est bien l'image directe de Wagner, dans la situation où il jugeait que la société l'avait mis, mais tout le cadre dans lequel se meut le béros, est purement allégorique. Bathilde, elle-même, est moins une femme qu'un symbole vivant ; et nous voyons de nos yeux que c'est bien par la vertu de l'anneau ravi à Schwanbild, qu'elle a pu s'emparer de l'âme de Wieland. — Là, est le défaut de ce scénario. L'allégorie y est trop constamment visible : Tidée ne s'y est pas perdue dans la vie; défaut capital, aux yeux de Wagner, dans une œuvre d'art (1). Mais, pour plaire aux Français^ il pensait, sans doute, que la clarté était indispensable. Puis, comme il nous Ta dit, en écrivant cet opéra, il se proposait beaucoup moins de faire une œuvre d'art accomplie qu'un acte révolutionnaire. Nécessairement, il fallait donc que son intention sautât aux yeux.
Quoi qu'il en soit, vers la fin de 1849, Wagner s'éprit réellement de ce projet d'opéra. Belloni qui
(1) G. s. T. IV, p. 97, 123.
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s'occupait de lui préparer la voie à Paris, lui avait écrit que la Société des Concerts n'attendait que la partition des ouvertures de Tannhœuser et de Rienzi^ pour en commencer immédiatement Tétude, et au même moment, ses amis de Dresde lui firent parvenir cinq cents thalers (1875 francs), que d'autres envois de fonds semblaient devoir suivre. Ainsi, il put imaginer un instant que les artistes Français brûlaient du désir de faire connaissance avec sa musique, et que, affranchi du besoin de gagner sa vie, il pourrait, au contraire, verser Tor pour pousser et soutenir son œuvre. Si j'ajoute que sa principale bienfaitrice, étant une jeune dame aussi intelligente que belle, il croyait marcher à la victoire, comme les paladins d'autrefois, sous l'égide de la beauté, on pourra comprendre l'enthousiasme débordant, dont une lettre à Uhlig nous a conservé l'écho. « Mon art, s'y écriait-il ti), n'a jamais eu « qu'à se louer du cœur des femmes. Cela tient, « vraisemblablement, à ce que, dans une société « comme la nôtre, elles restent plus que les hom- « mes, à l'abri des contagions malsaines. Aussi, « elles sont la musique de la vie. Ce qu'on leur « donne, elles l'acceptent sans réserve, pour vous « le rendre ensuite mille fois embelli par leur symu pathie. » Puis, après ce dithyrambe en l'honneur de sa belle protectrice, il expose en détail son plan de campagne. « J'irai trouver Vaez, dit-il, et si je
(1) B.an Uhlig, ^. 19.
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« parviens à lui faire comprendre mon idée et à lui « inspirer le désir de s*y associer, tout est bien. « S'il en est autrement, je cherche le poète qu'il a me faut jusqu'à ce que je l'aie trouvé. Toutes les « difficultés qui surgiront seront pour moi et mon « associé l'occasion de charges à fond de train dans « la presse. Puissions-nous ainsi faire pénétrer « dans tout ce fumier un peu d'eau fraîche et pure ! « En tous cas, je serai dans mon élément, car, revote lutionner, révolutionner partout où je vais, voilà u ma mission. Si je succombe, ma défaite sera plus « honorable qu'un triomphe obtenu sur les voies u battues. Même sans succès, j'aurai servi la cause « que je défends. Mais qui dure vainc. Durer, pour iK moi, c'est avoir l'argent nécessaire pour vivre, a car, de la force de ma volonté, je ne saurais dou- K ter. Du reste, si mon argent finit trop tôt, il est u une autre circonstance sur laquelle je puis compte ter : c'est la République sociale qui, un peu plus « tôt ou plus tard, est inévitable en France. Si elle <( est proclamée, me voilà, je suis l'homme de la (( situation, car, dans l'art, j'ai déjà hardiment « travaillé pour elle. »
Etait-ce assez s'illusionner I Du reste cet optimisme fut bientôt refroidi. Wagner ne tarda pas à apprendre que les cinq cents thalers qu'il avait reçus de Dresde, étaient tout ce que ses amis pouvaient lui envoyer. Et comme cette somme dut être employée à éteindre les dettes qu'il avait faites à Zurich, l'aspect qu'avait pris un moment à ses yeux
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sa campagne parisienne, changea complètement. Ensuite , à mesure que Wieland , prenant forme dans son esprit, éveillait ses facultés artistiques, l'obligation de le faire traduire en vers français, avant d'en arrêter la musique, commençait à l'exaspérer. Alors, en effet, vers et mélodie naissaient simultanément en lui comme la forme nécessaire du sujet ; pouvait-il supporter la pensée d'avoir à sacrifier sa propre inspiration pour faire autre chose, suivant la pensée d'un autre homme et le génie d'une langue étrangère ? Il en vint, assure- t-il, à ne plus pouvoir travailler à Wieland^ sans entendre constamment une voix railleuse, murmurant en français, avec l'intonation banale de la politesse conventionnelle : « Bonjour Monsieur. Gomment vous portez-vous ?(!)» Et, finalement, il abandonna ce scénario, pour se remettre à faire de nouveaux ouvrages théoriques. « Quand je terminai VŒuvre « d'Art de r Avenir, écrivait-il à Uhlig (2) le 27 '( décembre, j'étais décidé à ne plus rien faire de ce « genre. Je dois bien rire maintenant d'une telle « résolution, car de toutes parts et de toutes choses, « me vient l'incitation à reprendre ma plume d*écri- « vain. Pour être complètement sincères avec nousa mêmes, nous devons nous avouer que c'est là la « seule chose qui, à présent, ait un sens et un but. » En effet, du moment que, ne pouvant faire une
(1) B. an Uhlig, p. 35.
{i) Ihid.,ip. 21.
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véritable œuvre d'art^ il était obligé de considérer son Wieland comme un simple moyen de propagande, il devait arriver à reconnaître que la forme artistique, n'y étant qu'un luxe^ mieux valait présenter ses idées toutes nues, comme cela n'était possible que dans un livre.
Selon toutes probabilités, ce fut alors qu'il rédigea l'esquisse d*un vaste travail sur le Génies qui devait être l'exposé méthodique et complet de tout son système social et esthétique (i). Mais ce travail de réflexion, pour lequel il n'était pas fait, n'eut d'autre résultat que de le rendre malade. Et comme sa femme et ses amis le pressaient d'aller à Paris, persuadés, eux qui ne connaissaient pas Wieland^ qu'il allait y conquérir gloire et fortune; comme Liszt lui écrivait une lettre « feu et flamme » pour achever de le convaincre, vers la moitié de janvier, il se mit décidément à écrire ce malheureux scénario, et, à la fln du même mois, il partait pour Paris,
(1) D'après cette esquisse qui a été publiée (Entwurfe, p. 34-45) OQ Toit que cet ouvrage devait être divisé eu trois parties. La première, consacrée au temps où, grâce à uq ordre social vraiment organique, le génie était commim, devait nous faire assister à TéclosioD de toutes les véritables créations humaines : langage, religion, mytbe^etc. La seconde, embrassant toute la période historique devait traiter du génie individuel et montrer qu'il eut pour mission de briser les communautés nationales pour préparer la société universelle. Enfin la troisième partie, après avoir mis en lumière la laideur de la civilisation moderne et prouvé que le génie aspire aujourd'hui à trouver sa délivrance dans le communisme, se serait terminée par un tableau complet de la société de l'avenir.
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comptant sur le mouvement et le changement d'air I
pour guérir complètement. Hélas ! c'est le contraire |
qui devait nécessairement arriver; car, ainsi qu'on peut le penser, son séjour en France ne devait être qu'une série de déboires.
Pour commencer, il ne trouva pas Belloni qui, par suite d'un malentendu, était absent juste à ce moment-là (1). Ainsi, toutes les démarches qu'il fallait faire pour produire Wieland se trouvèrent différées, car c'était cet homme habile et très au courant des dessous du monde parisien, qui devait s'en charger. Mais Wagner ne fut peut-être pas bien fâché de ce contre-temps. Ce qui lui importait le plus, c'était la campagne de presse qu'il voulait entreprendre, et qui sait si Belloni l'eût approuvée? De suite, il se mit donc à chercher un écrivain disposé à traduire ses différents écrits. A qui s'adressa-t-il ? Je l'ignore ; ce qui est sûr, c'est que la police eut vent de la chose, et, un beau matin, Wagner eut la visite d'un agent de la sûreté, qui lui déclara que s'il était venu à Paris simplement pour s'occuper de musique, tout irait bien, mais que s'il s'avisait de publier quoi que ce fût touchant à la politique, il pourrait lui en cuire. Ce fut là une véritable douche d'eau froide, et, sur l'heure, tout projet de polémique littéraire fut abandonné.
Restait Wieland, Wagner fit lire ce scénario à
{i)B.an VhliQy p. 32.
quelques Allemands fixés en France, avec lesquels il s'était lié. Ceux-ci lui déclarèrent qu'il fallait revenir de... Vlcarie, pour imaginer qu'un tel ouvrage fût possible à Paris, en 1850. Et, pour qu il s'en convainquît par lui-même, ils l'engagèrent à aller voir le Prophète qui était alors en plein succès. Le maître assista à la quarante-septième représentation de l'ouvrage de Meyerbeer. qu'il ne connaissait pas encore. Assurément, nul opéra ne pouvait lui être plus désagréable. D'abord, si le sujet a un sens, il est la condamnation des idées révolutionnaires sur lesquelles Wagner eût voulu s'appuyer. Qu'est-ce en effet que ce prophète insurgé, sinon un vulgaire imposteur ; et ces anabaptistes communistes, sont-ils autre chose que dès laquais, qui ont envie de boire le vin de leurs maîtres? Mais ce qui dut le révolter au plus haut point, c'est la forme artistique. Des fragments mélodiques sans fraîcheur, empruntés à toutes les écoles du monde et cousus ensemble de la façon laplus incohérente, voilà la musique. Si ce morcellement mélodique , si les liaisons antimusicales auxquelles il donne lieu étaient motivées par la raison dramatique , on pourrait les excuser. Il n'en est pas ainsi. Car^ dans nul opéra, peut-être, le bon sens n'a été sacrifié à l'effet purement matériel, autant que dans ceux de Meyerbeer. Et, de cela, Wagner pouvait aisément se rendre compte dans le Prophète, où le finale du troisième acte est calqué sur celui du second acte de son Rienzi, de telle façon que le grand effet qui
PREMIÈRES ASSISES DU GRA?iD ŒOYRE d'aRT i21
le termine, a été pris sans soji motif déterminant (1). Gela saute aux yeux. Quand Rienzi, au milieu du peuple assemblé, proclame le rétablissement de la République romaine, et que, à cet instant précis, le soleil, surgissant à l'horizon, illumine la nature entière, il y a là un effet scénique et musical qui a sa raison d'être. Mais, lorsque ce même effet se produit dans le Prophète^ c'est tout différent : Jean de Leyde n'étant qu'un simple imposteur, le soleil et Thymne rayonnant, sont un contre-sens . — Je le répète, aucun opéra ne pouvait déplaire à Wagner autant que le Prophète, qui était absolument l'extrême opposé de ce qu'il voulait faire dans l'art. Eh bien, il dut se rendre compte que c'était précisément là ce qu'il fallait aux Parisiens de 1850. « Jamais, dit-il, il n'avait vu au Grand Opéra un public aussi nombreux, ni aussi enthousiaste.» Cette représentation fut la seconde douche glacée qu'il reçut à Paris. Aussitôt après, il écrivit à Liszt, «une longue lettre fortement motivée », dans laquelle il déclarait que, « à aucun prix, il ne composerait un opéra pour Paris! (2) ».
Ainsi fut abandonné le projet de Wieland, Non pas que Wagner eût renoncé immédiatement à en achever la composition; au contraire, l'idée d'en
(1) Ce rapprochement avait frappé Wagner, car il Ta signalé dans Opéra et Drame, voir G. S. T. III, p. 372-375.
(2) Cette lettre ne se trouve pas dans les deux volumes de la correspondance entre Liszt et Wagner. Wagner la signale dans une ultre à Uhlig B, an Uhlig, p. 32.
écrire lui-mérae le poème en allemand lui inspira d'abord ane véritable joie. Mais c'était là une velléité qui devait s'évanouir bien vite. Du moment qu'il reportait les yeux vers l'Allemagne , c'était Siegfried qui devait, nécessairement , reprendre possession de sa pensée ; et alors, comme je l'ai dit, Wieland devenait impossible. Toutefois ce n'était pas en vain qu'il avait écrit ce scénario, car il était ainsi revenu sur le terrain artistique, et par là ses idées révolutionnaires qui, auparavant, tendaient à se dilater indéfiniment, avaient trouvé leur limite. Cette transformation devient visible quand on compare l'esquisse dramatique de Wieland avec le récit de cette légende, qui termine VŒuvre d'Art de l^Avenir, « 0 peuple, s'écriait-il alors, Wieland c'est toi. » Au contraire, dans le scénario, il est manifeste que le béros légendaire est devenu simplement Wagner, et Wagner artiste.