‹ Richard Wagner d'après lui-mêmeChapitre 26 sur 47 · LOHENGRIN A WEIMAR · texte numérisé non relu

LOHENGRIN A WEIMAR

Désir de faire représenter Lohengrin à Paris. — Wagner ne peut même y faire exécuter Touverture de Tannhœuser, — Crise douloureuse. — Lohengrin accepté à Weimar. — Instructions du maître. — Les Juifs dans la mvisique, — Lohengrin est interprété comme un opéra ordinaire. — Wagner est contraint d'y laisserpratiquer des coupures. — Violent dépit. — Première idée de Bayreuth.

L'idée d'écrire un opéra français fut abandonnée et pour toujours. Non pas, toutefois, celle de produire à Paris un ouvrage traduit de l'allemand, car, au moment même où Wieland fut écarté, Wagner semble avoir conçu un désir très vif de faire représenter à rOpéra Lohengrin qui, comme on sait, n'avait pas encore vu le feu de la rampe. C'est, il est vrai, avec le plus grand dédain que le mattre annonça ce projet à son ami Uhlig. Mais, quoique le séjour de Paris lui fût devenu, à ce qu'il assure, absolument insupportable, il résolut de rester un mois dans cette ville (1), afin d'assister à une exé-

(1) Ce fut pendant ce séjour k Paris que Wagner rédigea Art et Climat^ afln de répondre aux reproches qu'on lui avait adressés de n'ayoir pas tenu compte dans sa description de Vœuvre d'art deVavenir, du rigoureux climat de l'Allemagne. — « S'il est un

i26 RICHARD WAGNER

cutioD de l'ouverture de Tannhœuser^ qui ne pouvait avoir pour lui d'importance réelle qu'à la condition de servir de point de départ à quelque entreprise théâtrale. Puis^ quand il apprit que cette audition musicale était remise à l'année suivante (i), le désespoir qu'il ressentit fut vraiment extraordinaire. Il eut, dit-il, ridée dé renoncer à sa femme, à ses amis, à tout, et de s'en aller en Grèce, afin de voir au moins le sol qui avait porté, jadis, la seule société au sein de laquelle il eût pu vivre. Enfin^ à force de s'être désolé et d'avoir divagué, il tomba malade. Certes, ces sentiments désordonnés avaient plus d'un motif. Après avoir dit à ses amis qu'il allait tout révolutionner, tout bouleverser, et ouvert à sa femme la perspective qu'il rapporterait de Paris gloire et fortune, Wagner était humilié de devoir avouer qu'il n'avait seulement pu faire entendre une ouverture. Peut-être même n'osait-il pas se

art qui soit né en dehors de toutes coaditioDS de temps et de lieux, dit-il en résumé, c'est celui qui existe aujourd'hui. Nous pataugions dans toutes les laideurs du Moyen-Âge, quand les Turcs sont Tenus k notre aide. Ils ont chassé vers l'Occident les derniers professeurs Grecs ; et c'est, d'après les leçons de ces maîtres Byzantios, c'est, d'après une notion ab.-^traite du beau déduite des ruines éparses d'un art disparu, que nous n'avons cessé d'édifier depuis lors. Du reste, l'art grec bien loin d'avoir été l'œuvre de la nature extérieure^ fut, au contraire, au moment de sa splendeur, l'expression du triomphe de l'homme sur la nature. Et partout où le sol et le climat permettent à l'homme de devenT fort et libre, celui-ci peut aussi devenir beau ot créer un art qui sera nécessairement en harmonie avec la nature extérieure.

(1) L'ouverture de Tannhœuser fut exécutée le 24 novembre 1850 par la société Sainte-Cécile, dirigée par M. Seghers- Cette audition passa presque inaperçue ; les quelques critiques qui en parlèrent jugèrent l'œuvre de la façon la plus défavorable. (Voir Richard Wagner jugé en France par G. Servières. Librairie Illustrée, p. 24.)

Page 1