‹ Richard WagnerChapitre 11 sur 30 · I. — TANNHÀDSER · texte numérisé non relu

I. — TANNHÀDSER

(Le Venusberg et la Guerre des Chanteurs,)

Avec Tannhàu&er s'ouvre le cycle légendaire, c'est-à-dire une série d'oeuvres plus ou moins reliées entre elles, que le génie de Wagner marqua de sa puissante empreinte et. dont la composition ne fut interrompue que pour les Maîtres Chanteurs . C'est, sans contredit, le plus vaste monument que Tart a consacré aux traditions mythiques ou héroïques du moyen âge, la plus large illustration qui en a été faite et dont les arts plastiques n offrent aucune équivalence comme ensemble et dans de telles proportions. Dramatiquement aussi Tentreprise était nouvelle et aucun littérateur, aucun musicien ne Tavait réalisée ; Weber, qui s'y essaya^ eût peut-être réussi si des circonstances favorables s'étaient présentées. En effet, après le conte populaire du FrtischiltZy Weber

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décrit en musique deux poèmes médiévaux, Obiron (tiré de Huon de Bordeaux) et Euryanthe (tiré du Roman à la violette), mais les livrets étaient compliqués, médiocres, dépourvus de lyrisme, sans portée générale. Sans doute la reconstitution wagnérienne des époques médiévales n'a pas l'exactitude historique que recherche Térudit, elle est avant tout artistique, personnelle, laissant la voie libre à des théories ou à des commentaires qui ne dérivent pas toujours des légendes, mais elle en conserve les traits essentiels. Et cette reconstitution est faite principalement par la musique ; ce caractère plastique est mis admirablement en valeur par une succession d'images sonores qui maintiennent l'unité de l'œuvre et en offrent ainsi une sorte de vision prolongée.

Historiquement, autant qu'il est possible de situer les vieilles légendes, le cycle wagnérien se classerait ainsi : l'Anneau du Nibelung, l'œuvre colossale en quatre parties ; Tristan et Ysolde ; Parsifal, Lohengrin, Tannhâuser. Quant à la composition, décidée ou projetée dès le séjour de Dresde, le travail en fut réparti diversement ; il était rare que le maître ne s'occupât pas musicalement ou poétiquement de plusieurs sujets à la fois. £ntre les dates extrêmes il y a un intervalle de quarante ans, au cours desquels ses idées — certaines tout au moins — et plus encore son style se modifièrent : on peut le constater en

comparant les œuvres d'avant i85o à celles qui suivirent. L'œuvre composée tout d'abord qui serait classée la dernière dans Tordre historique, Tannhàuser^ présente avec ses Minnesinger le tableau de TAUemagne lyrique et chevaleresque au XIII* siècle.

La pièce est tirée de la légende du chevalier Tannhâuser et de ses amours avec dame Vénus, à qui un reste de superstitions païennes avait donné pour séjour une montagne enchantée, le Venusberg, nommé aussi le Horselberg. Ceux qui s*y aventuraient restaient prisonniers de la belle déesse. Après y avoir séjourné plusieurs années, Tannhâuser lassé, désireux de revoir le ciel et le monde des vivants, parvient à se délivrer en invoquant le nom sacré de Marie : le charme cesse alors et Tillusion tombe. A Rome, où il se rend pour faire pénitence, le pape lui refuse l'absolution, tant, dit-il, que le bâton qu'il tient à la main ne se couvrira pas de feuilles. Désespéré, le chevalier retourne au Venusberg ; cependant la miséricorde divine, que ce conte oppose avec une intention malicieuse et satirique à l'intransigeance du pape, produit le miracle, annonçant le pardon du pécheur*.

I. Une version populaire va plus loin : le pape Urbain qui a fait vainement chercher TannhUuser après le miracle, est damné à tout jamais. Rappelons que le thème du bâton qui reverdit Ggure dans de nombreuses légendes, avec les attributions les plus diverses.

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1^^^-* : A cette histoire, un peu fruste, que Wagner

t|r^^; put lire dans les traditions allemandes des frères

Grimm, dans un poème médiocrement rimé de Tieck, enfm dans le Salon de Heine, déjà utilisé par lui, le maître associe très heureusement une autre légende, la Guerre des Chanteurs à la Wartbourg \ En mettant en scène les Minnesinger et leurs tournois poétiques^, Wagner agrandit singulièrement le sujet, il créa en outre un drame en ' opposant à Tamour païen, sensuel, de la déesse

l'amour pur d'une chaste jeune fille, Elisabeth^, la nièce du landgrave, qui aime Tannhàuser et pleure son absence.

La pièce offre de belles situations : c'est un des meilleurs livret® de Wagner.

Ayant quitté le Venusberg qui forme Le premier tableau, Tannhàuser rencontre le landgrave et les chanteurs *, ses anciens amis, en train de chasser. Après quelque hésitation, ayant répondu évasive-

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