L'ANNEAU
le beau >motif de la Paix (XXI) ; celui Aa SomiDeil
(XX :bis) .
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XXI en majeur
Le grupetto classique, mesuré dans le grand air du Freischiitz et dont Wagner a si souvent usé, se transforme en un superbe motif, celui de la Rédemption d'amour (XXII), où le rythme donne à cette formule banale toute sa signification et sa beauté :
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Quant au troisième mode de création des sons, celui de la gamme chromatique, en dehors des cas où le chromatisme, en vertu de son caractère attractif, est em^ployé pour faire naître sur un point du cursus un effet de tension^ ou pour enchaîner plus étroitement .une succession d-accords, Wagner s'est servi de longues gammes ou de traits chromatiques pour représenter la fuite des Waïkyries, le crépitement des flammes qui embrasent le rocher (dernier acte de la Walkyrié) et généralement le rôle de Loge, le dieu du feu.
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dont le thème est très bien caractérisé par ce moyen. Comme élément de trouble, figurant le trouble de la passion, le désordre des sentiments poussés jusqu'au paroxysme, on trouve le chromatisme dans quelques passages de Toeuvre; dans Tristan^ ce sera, pour cette raison même, l'élément organique dominant, exclusif pour ainsi dire, du cursus mélodique.
De l'écriture harmonique et de l'orchestration de ces thèmes il serait impossible ici de parler utilement, avec quelque détail. Il faut pourtant signaler la splendide suite d'accords sur lesquels descend lentement, dans le thème deTIncantation du Sommeil (XXIII), une longue gamme chromatique. L'effet est admirable et absolument nouveau, offrant quelque analogie avec un passage de la Faust-Symphonie de Liszt :
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11 faut citer les belles harmonies du thème du Voyageur (Wotan dans Siegfried) où le chromatisme est curieusement alterné :
Egalement Teffet mystérieux des accords dans
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les thèmes magiques, celui du Tarnhelm (XXV) et celui du Philtre de mensonge [Crépuscule des Dieux) :
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Dans l'écriture orchestrale s'affirme une maîtrise qu'annonçaient déjà les œuvres précédentes.
Wagner est ici plus merveilleux encore, il montre une entente plus complète de la fusion ou des contrastes des sonorités et des timbres. C'est dans la Tétralogie qu'apparaissent les instruments dits wagnériens (tubas, saxhorns, basse trompette...), venant renforcer la famille des cuivres pour laquelle Wagner eut toujours une grande prédilection*. Ayant sous ses ordres tout un peuple d'instruments formant des groupes complets^ homogènes^ il assigne à chacun des groupes un rôle dans l'interprétation et la mise en valeur des éléments thématiques, dont nous avons essayé de déterminer le mode de structure, les caractères généraux expressifs et morphologiques.
I. Cette recherche des grosses sonorités valut à Wagner la commande d'un riche amateur qui, ayant entendu jadis une de ses premières œuvres, une ouverture où les trombones faisaient rage, pria Wagner d'orchestrer un morceau qu'il avait composé. Liszt transmit à Wagner la demande et fit la réponse qu*on devine.
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La partition. *
Construite avec les matériaux fournis par les thèmes, la partition constitue pour le vaste poème une illustration grandiose qui à la fin de chaque « journée » se résume en une magnifique synthèse. II serait à peine besoin d^en rappeler les pa^es maîtresses. Après le prologue de \0t du Rhin^ d'aspect décoratif et féerique, destiné à être joué sans interruption, l'a Walkyrie offre, en tant que drame musical, les parties Tes plus émouvaîite», celles aussi où l'intérêt mélodique se réalise le plus souvent dans les voix et dans la symphonie : le premier acte, presque en entier, avec son prélude descriptif; au second, pour ne citer qu'une scène, celle de TAmionce de la mort (Brûnnhilde et Siegmound), un des chefs-d'œuvre dramatiques du maître; au dernier, la classique Chevauchée, Tensemble des Wàlkyries, et la longue et superbe scène entre Wotan et Brtinnhilde, véritable poème où tout concourt, la voix et Torchestre-, à l'expression. Dans Siegfried^ intitulé tout d'abord le Jeune Siegfried^ la musique vive, vivante, ayant l'allure enjouée des scherzos, traduit le héros qui est la « Jeunesse, la Joie de vivre, la Joie d'aimer, TUomme-Enfant dans. sa. beauté splendide », dit très bien Alfred Emst. C'était la partition préférée de Nietzsche et de
Wagner lui-même. Bornons-nous à signaler au i''^ acte le ehant de la Fonge oomme étant construit à la façon d'un air, basé sur des progressions d^ordonnance* classique :
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la. grande scène de la Forêt avec ses murmures et ses chants d'oiseaux :
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enfin au dernier acte le réveil de la Walkyrie, la belle scène finale, où de nouveaux thèmes^ joyaux, exubérants, célèbrent la conquête de la Vie, de l'Amour et du Monde. '
La partition du Crépuscule des Bieuœ contient de fort belles pages, le prologue, l'interlude — en forme de scherzo — qui relie ce prologue à l'acte suivant, elle a surtout un admirable troisième acte, débutant par le délicieux trio des Filles du Rhin ; les récits de Siegfried, sa mort, le convoi funèbre et la conclusion où toute l'œuvre se résume, sont des « morceaux » où l'art de Wagner devient prodigieux et sublime. Par ailleurs, l'apport thématique y est de moindre valeur; excepté les thèmes de Brunnhilde que nous avons signalés, les thèmes nouveaux sont
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moins remarquables que dans les drames précédents. Les Gibichungen, Hagen ou Gutrune n^ont inspiré que des motifs sans grand caractère. Y eutil chez le compositeur une certaine lassitude causée par Timmensité du labeur accompli, ces motifs appartiennent-ils à Toeuvre primitive, datant d'une époque où Wagner était moins maître de son génie? Dans ces passages — principalement au second acte — se trahissent Tefifort, la recherche de l'outrance. Malgré la richesse de l'écriture polyphonique et de Tharmonisation, les scènes descriptives ou mélodramatiques de ce second acte, comme le long entretien d'Alberich et de Hagen, — excepté l'appel des guerriers qui offre une réminiscence du passage oc Alla marcia » de la Neuvième symphonie — sont inférieures comme invention à ce qui précède et surtout à ce qui suit, au splendide dernier acte.
On trouvera dans VAnneau^ souvent, bien des longueurs, que des coupures pratiquées ça et là ne sauraient améliorer, car elles proviennent de défauts de composition au point de vue scénique qui ne peuvent se corriger après coup. Mais de quelque façon qu'elle se poursuive, l'action dramatique est dominée par Vaction musicale qui se développe parallèlement. La musique nous transporte dans le pays merveilleux des songes auditifs, où les réalités du présent s'efFacent, se transforment. 11 se produit une sorte de suggestion.
. L'Anneau est comme un magnifique livre illustré dont nous voyons se dérouler les images, et dont nous lirions très peu le texte. Nous contemplons ces images de la même façon que nous contemplons de beaux paysages, de beaux effets de lumière, dont la cause première nous échappe. L'art et la nature, dispensateurs de Tlllusion bienfaisante, gardent le secret de leur mystérieux pouvoir.