I. Heiarich, i^^ttJe sur W.d'Eschenhach
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de la Table Ronde, — le pur Simple, qui a Tâme chaste, rebelle aux tentations du démon, accomplit inconsciemment sa glorieuse destinée : il sera le dernier roi du Graal que les Anges, après sa mort, transporteront au Ciel ; il régnera sur un monde de rêve, dont les tableaux vont défiler devant nous comme un série de belles fresques, représentant, dans leur séduisante irréalité, quelques épisodes de la fabuleuse histoire que Wagner remanie à son tour.
Voici, en premier lieu, Tépisode du roi malade que Ton mène au lac prendre le bain où s'apaiseront pendant quelques instants ses souffrances ; voici celui du cygne tué étourdiment par Parsifal ; a ux reproches que lui adresse le vieil écuyer Gournemanz, le jeune héros, comme celui de la légende, ne répond rien, il ne sait même pas son nom et est fort étonné qu'une femme, accroupie dans un coin — qui est Kundry la sorcière — le connaisse et lui parle de sa mère Herzéléide. Ensuite, comme dans les rêves, nous sommes transportés à travers la montagne jusqu'à la grandiose basilique où va s'accomplir la cérémonie du Graal. Parsifal y assiste l'air stupide, sans rien dire, sans rien demander, il est mis dehors par c elui qui Ta conduit : « Va chasser les oies, oison I j>
Le château magique est le lieu de deux scènes : entre Kundry et le magicien Klingsor, scène d'en-
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voûtement ; une autre dans le jardin enchanté, où figurent les Filles-Fleurs, idée empruntée par Wagner au roman d'Alexandre du curé Lamprecht et où Kundry tente en vaiii de séduire Parsifal. Mais de Rlingsor qui vient livrer bataille au héros, celui-ci triomphe sans peine et reprend la fameuse lance que le sorcier avait jadis dérobée au roi Pêcheur. Le château s'écroule. Et voici Tépisode le plus poétique, celui du Vendredi-Saint, quand Parsifal ayant retrouvé par miracle, après maintes chevauchées, le chemin du Montsalvat, y revient armé de la précieuse lance. Instruit par Gournemanz qui lui fait déposer ses armes en ce jour béni du Rédempteur, il est reconnu par lui comme le sauveur si longtemps espéré, et reçoit son hommage ainsi que celui de Kundry, agenouillée comme Madeleine aux pieds de Jésus.
De nouveau nous retrouvons l'imposante basilique où Amfortas a promis de célébrer, une dernière fois et au prixdes plus cruelles souffrances, le saint office dont la privation a jeté les chevaliers dans une profonde détresse, car ils ont perdu leurs forces et leur jeunesse. Mais ce n'est pas Amfortas, c'est le nouveau roi du Graal, Parsifal qui découvre le Précieux Sang, après avoir touché le roi malade de la lance. Amfortas est guéri, et Kundry, qui a reçu l'eau purifiante du baptême, meurt pardonnée.
Il ne faut pas chercher dans ce poème une action
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soénique quelconque. Ires éléments qui relient lee tableaux'de ce festival sacré sont purement poétiques, IWgument principal de la légende n'y figure pas.
Dans la légende la question que l'étranger doit •poser le jour de son arrivée — -et ce jour-là seulement — nu sujet du roi et de la •cérémonie à laqi>elle il assiste, est le signe qu'il est Télu attendu, celui qui accomplira la mission providentielle ; mais pour que le dénouemennt ne survienne pas immédiatement, Parsifal, que le hasard a conduit au Mcntsalvat, est un naïf, un simple ; il a été tenu par sa n>ère dans Tignoranoe du monde, 'de toutes choses, soumis à la loi du silence qui est de règle pour tout bon chevalier. Ce n^cst qu'après bien des aventures, après avoir été mis au courant par un ermite, que le jeune h^os pose la femeuse question. Wagner ne s'est pas servi de ce moyen qui e<it semblé l'ecommencer dans .un sens opposé Thistoire àe Lohengrin; il prend une autre donnée, moins ♦subtile, plus humaine. C'est la compassion^ qui fera agir Parsifal et ce sentiment s'éveillera «subitement en lui par l'intervention amoureuse de Kundryla sorcière, Tamour de la femme étant, pour Wagner, la source de tous les autres -sentiments. Ainsi, dans l'œuvre, l'élément chrétien et l'élément magique pourront
I . Ce sentiment est d^ailleurs indiqué dans la version allemande ée AVolfram d'Escbenhacfa.
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s'unir plus complètement et donner une certaine unité à un poème péniblement élaboré.
Wagner en effet n'y parvint pas du premier coup ; il chercha longtemps, nous le savons par lui-même, notamment par sa correspondance. Il pensa avoir réussi en identifiant la messagère du Graal {la hideuse créature) avec Tenchanteresse du château magique [Orgueilleuse), De là résulta une création bizarre, extraordinaire. La Kundry de Wagner n'est plus celle de Wolfram qui a plutôt un rôledeprophétesse, elle vit deux existences qui alternent et s'ignorent jusqu'à un certain point. Dans l'une, elle est la femme dévouée, toujours prête à servir les chevaliers ; dans l'autre, la personnification du péché, la courtisane, l'être de luxure asservi au pouvoir démoniaque du magicien Klingsor. Pour Wagner et les commentateurs, Kundry représente dans son intégralité la femme principe à la fois bon et mauvais, meilleur et pire. Au surplus, Thypnotisme, les théories occultes, la religion de Bouddha qui occupèrent Wagner à propos d'un drame projeté * se mêlent ici aux souvenirs de la Passion, car cette Rose de FEnfer,
I. Il s'agil des Vainqueurs dont Wagner a laisse une esquisse. L'action se passe au temps de Bouddha. Deux amants Ananda et Prakiti doivent renoncer Tun à l'autre pour expier une faute commise dans une vie antérieure. Rappelons que pour la partie chrétienne du poème, Wagner a utilisé quelques scènes de son Jésus de Nazareth — une très belle œuvre littéraire — entre aatx^s, celle de Madeleine au pied de Jésus reproduite au 3® acte de Parsifal.
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cette Kundry qui n'a pas d'âge est Hérodias, celle qui rit en voyant passer le Sauveur pliant sous sa croix et dont le rire a été maudit... Par cette Kundry qui sait tout, nous connaissons Tenf ance du héros, et ses origines.
Wagner a conservé sans trop le modifier le caractère du magicien Klingsor, maître du château magique. On sait que \e personnage existait réellement au temps de Wolfram d'Eschenbach, qu'il fut un poète éminent, un sorcier plus éminent encore, et que, au cours de son aventureuse jeunesse, il avait, par Teffet d'une vengeance maritale, subi le sort fâcheux d'Abélard. Wagner fait allusion à cet a accident » qu'il transforme en un acte volontaire destiné à lui assurer la conquête du Graal auquel il a déjà su ravir la précieuse relique de la Lance.
Tels sont les ennemis opposés à Parsifal ; du magicien le héros a raison par un signe de croix ; des séductions de la courtisane qu'il repousse avec véhémence il n'apprendra que la pitié, une grande pitié pour Amfortas qui fut victime de Tenchanteresse, pour le Sauveur même dont le sacrifice commémoratif est profané par des mains indignes. Et c'est autour de ce thème de pitié qu'évolue toute l'œuvre, c'est en ce thème qu'elle se synthétise*. Le thème est en soi fort beau, mais comme
I. Un reproduisant sur la scène Tacte eucharistique, partiellement au moins, Wagner s'attira de très yives critiques, notamment
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il arrive dans les conceptions wagnériennes si le sujet est basé sur un thème très simple, débarrassé de l'appareil banal ou conventionnel qu'on trouve dans Topera, le thème reste souvent une abstraction, une entité trop distante • de la vie réelle. Les personnages principaux ne sont pas présentés dans Parsifal de telle sorte que nous éprouvions pour eux ce sentiment de compassion qui devrait leur être accordé. Nous ne nous intéressons pas à Amfortas; les souffrances qu'il endure sont le châtiment mérité de ce prêtre-roi sacrilège, que les chevaliers n'auraient qu'à déposer. Il en est de même de Kundry, de cette créature que Nietzsche appelait une femme de chambre hystérique, de cette femme moitié vertu, moitié vice, qui ne peut se décider à choisir, encore qu'elle ait parfois conscience et quelques remords de sa vie débauchée. Son sort nous importe peu. La beautéde Parsifal résulte uniquement de sa religiosité, de son caractère de prière, du mystérieux silence qui plane sur l'œuvre ; le reste trahit l'effort et surtout la lassitude d'un
de la part de la princesse de W^ittgenstein qui était une fervente catholique... Il dénaturait le plus beau, le plus religieux des actes de la communion en y introduisant le sentiment humain de la compassion. Et dans une lettre la princesse rappelle qu'Eschyle fut condamné pour avoir traité au théâtre des mystères sans toutefois les avoir représentés... Certes, la singulière phrase qui termine Par^i/a/ .* « Rédemption au Rédempteur 1» (!) parait une hérésie, si l'on n'y voit pas un simple artifice de rhétorique, une sorte d'allitération voulue.
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génie désabusé. Cette pitié qui va de Thomme à 1 animal et qui, par une hyperbole poétique, monte jusqu'à Dieu, Wagner la réclame pour lui-*méme. Comme Parsifal^ il a erré, il a fait maintes chevauchées à travers la vie, sur les cliemins de la pensée. Il a rêvé d'une organisation politique et sociale différente, d'une humanité dégagée de tout contrat, libre dans son expansion la plus complète... Et maintenant comme Parsifal déposant ses armes un Vendredi Saint, il jette bas les siennes, TEpée, instrument de la force brutale, le Casque magique, symbole de la ruse et du mensonge.
Le monde de Thomme lui apparaît sous d'autres aspects. La vie intégrale, les droits de la passion, le renoncement ou le sacrifice d'autrui ne sont que les formes de Tégoïsme individuel, formes stériles qui aboutissent au néant, à la négation de la vie. A côté de la loi qui est une sauvegarde, à laquelle on obéit de gré ou de force, mais au-dessus d'elle, 1 humanité a placé le principe de la croyance, accepté librement, les dogmes de la bonté, de la charité, de la pitié. C'est à l'affirmation de ces vérités que tend le génie du maître, et Parsifal apparaît comme le dénouement du drame de sa vie, comme le résultat d'une conversion peut-être sincère, mais un peu forcée. Une grande paix, un grand silence descend alors en l'âme du poète, dont la musique va traduire le calme et le réconfort par de magnifiques accents.
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Cet élément religieux, plus ioi portant; — et d^ beaucoup — que celui qui est opposé comme contraste, a inspiré au compositeur des pa^es qui sont parmi les plus belles qu'il ait écrites, ou plutôt qui aient été écrites en musique. Egales aux compositions religieuses desgrands maîtres, elles s'en différencient par la liberté de leur écriture, par Tabsence de conventions, de procédés, de combinaisons comme on en trouve dans Toratorio classique. Elles se rapprochent davantage du chant liturgique le plus simple, syllabique, où la musique vient ennoblir, exalter la prière sans chercher à être elle-même une forme d'art. Les templistes qui s'assemblent dans la basilique sont des gens qui vont prier humblement, sincèrement, et comme les choses elles-mêmes sont susceptibles de nous arracher des larmes, de oe chant si sim|xle, presque primitif, auquel répondent des voix d'enfants du haut de la coupole, se dégage une impression d'art infinie, alors que TArt semble en être absent. L'acte de prière — traduit par le geste musical — apparaît seul, accompli par une foule mystérieuse, presque irréelle, de même qu'une force invisible conduit le pur Simple vers l'accomplissement inconscient de sa mission. Le reste n'importe guère, faits, événements, agissements ou discours des personnages ; les bruits du dehors, les vains appels ou les clameurs du château voisin, les plaintes du roi malade vont s'éteindre ou se
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perdre sous ces voûtes où règne le Silence, que la musique même reproduit.
Les thèmes religieux sont groupés dans une même tonalité (celle de la bémol majeur) prise comme point central et dont l'écriture modulante n'est que le rayonnement. Ils ont la sonorité douce, calme, sereine des consonances parfaites, ce qui est vraiment le caractère spécifique de cette partie de Toei^vre, où la voie diatonique domine, où le chromatisme n'est pas employé. •
Parmi ces motifs, certains ont une grande analogie avec quelques thèmes religieux de Tannhauser — notamment ceux du prélude du 3* acte (arrivée des pèlerins à Rome) . Le thème de Parsifal s'apparente à celui de Lohengrin, — il enaTallure héroïque que le personnage manifeste si peu de lui-même. Le motif du Graal est tiré de VAmcn de la liturgie de Dresde, Mendelssohn s'en est servi dans le Final de la Réformation Symphonie :
I Th de la Cène
II Th de la Foi
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IV Annonce du Rédempteur
III Amen Ulupgigue ^^ „,...„..^^ — ,
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Vin h du Printemps ou du Vendredi Sainl
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A Lohengrin aussi, aux scènes du 2* acte, se rattachent les thèmes, plus exactement les formules rythmiques relatives à Rlingsor, à Kundry et au Château magique :
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de Klingsor ■''^^f
f r^î"^^ >*- — ^ Lohengrin .2* acte
La scène des Filles Fleurs rappelle dans le motif de l'Adulation diversement présenté, la gracieuse ornementation du Jtrio des Filles du Rhin au 3® acte du Crépuscule ;
A dul aiionj,^^ -»...^^^^
Crépuscule des D ieux
Quant à la scène de séduction qui contient au début de beaux passages, elle offre un développement démesuré ; c'est un enchevêtrement laborieux de thèmes, de formules qui ne s'imposent pas à la mémoire et se perdent bientôt dans un chaos de modulations, d'harmonies compliquées. Toute cette partie magique, dont la meilleure scène est
aaa RICHAJID WAGNER
renvoùteiBenlde Kundry est inférieure à la partie correspondante dans Lohengrin ou dans Tannhàuser; la musique s'enlise dans un réseau de phrase» tortueuses, tourmentées, dans un chromatisme excessif, dans des formes dont Wagner s'était servi précédemment pour le même bat expressif, mais avec plus d'art et d'invention ; elle laisse une impression pénible, accablante.
A son apparition,. Parsifal provoqua une admiration enthousiaste; le mot de chef-d'œuvre fut prononcé. Plus de quarante ans se sont écoulés ; ce terme peut être maintenu si Ton considère la partie religieuse, les scènes du Graal^ celle du Vendredi Saint où s'épanouit une des plus belles mél4> dies de Wagner (thèmes VII, page 221). D'autre part, comme aux pèlerins de Bayreuth de 1882, Parsifal nous semble une fin, une conclosian : ki fin d'un procédé, d'un système qui, comme on le constate généralement dans les dernières œuvres des grands maîtres, a été poussé jusqu à Testrême et a fourni tout ce qu'il peut donner ; la conclusion d'une çeuvre colossale, qui est aussi celle d'une vie dont les dissonances ont enfin trouvé leur résolution dans la sérénité d'une cadence parfaite — et comme le dit Sully Pi-udhomnïe :
Son chant s*évanouit comme un baiser qui tremble, Et sous ses dol^ls tendus arrêtés tous ensemble Expira le dernier accopcf.