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I. Kleine Wagner Legenden

Petites légendes wagnériennes.

Auch eine wahre Begebenheit : Der deutsche Kaiser schickt seinen Fliigelad jutanten zu Wagner auf die Biihne, Se.

Majestât wiinschc den Meister dringend zu sprechen. Der Meister liât sich in sein Zimmer zurùckgezogen mit dem strengen Wunsche : « Ich will absolut nieht gestiirt sein. «Niemand will den Adjutanten melden. Der aber offnetmit gut preussischer Kiihnheit die heilige Pforte. Wer unter-

steht sich ? schreit Wagner. Der Kaiser

lasst Sie bitten, sich einen Moment zu ihm in die Loge zu verfiigen. «« » Ich bedaure; bin im Moment sehr beschaftigt. « »» Der Kaiser la?sst dringend bitten. «« Und der Meister musste mit saufter Gewalt in die Furstenloge transportirt werden, wo ihm der Kaiser folgende historische Worte zufiusterte : « Liebcr Wagner, ich bin doch froh, dass ich nicht wie mein «rosser Ahnherr die Flôte blase, sonst hatten Sie mich am Ende gezwungen in Ihrem Orchestcr mitzuwirken.

Das wollte ich Ihnen nur gesagt haben.

{Die Bombe, de Vienne, n° 35, 1870.)

Encore un fait véridique : L'Empereur allemand dépêche son adjudant de service à Wagner, sur la scène, Sa Majesté désirant parler au Maître sur-le-champ. Or le Maître s'est retiré dans son cabinet avec le désir formel de n'être pas dérangé. Personne ne veut donc annoncer l'adjudant. Mais celui-ci, avec une audace tout à fait prussienne, ouvre la porte du retrait sacré. « Qui ose...? » s'écrie Wagner. — « L'Empereur vous fait prier de vous rendre vers Lui dans sa loge. » — « Je regrette, je suis pour l'instant fort occupé. » — « L'Empereur vous fait prier de la façon la plus formelle. » Et le Maître dut être transporté avec une douce violence dans la loge des princes, où l'Empereur lui susurra ces paroles historiques : « Cher Wagner, je suis content de ne point jouer de la flûte comme mon grand ancêtre, car sans cela, vous m'eussiez, à la fin, forcé à faire ma partie dans votre orchestre. Voilà ce que je tenais à vous dire. »

C'est là, en effet, un fait véridique, un événement historique, si Ton ose s'exprimer ainsi, que M. Victor Tissot rapporte comme suit dans son volume Vienne et la Vie viennoise (1878) :

« Si l'empereur Guillaume, qui est l'homme le moins musical de son empire, est venu bâiller, il y a deux ans, aux représentations de Bayreuth, c'est qu'il s'agissait tout simplement de prendre part à une grande démonstration de l'art allemand. M. Wagner sait qu'il n'a pas un admirateur en la personne de Guillaume 1er; aussi, à latin de la représentation du Crépuscule

des Dieux, lorsque l'Empereur chargea un de ses aides de camp, le général Lehendorf, d'aller chercher le maestro, celui-ci fut longtemps introuvable. Enfin le général découvrit Richard Wagner dans une obscure chambrette, au fond des coulisses : le compositeur était étendu dans une chaise longue, et sa femme, Mme Cosima, agenouillée devant lui, agitait un grand éventail, pour rafraîchir l'air autour de sa tête auguste ; l'abbé Liszt se promenait de long en large, comme un révérend Père qui médite sur la musique de l'avenir. Le comte de Lehendorf lit part au maître du désir qu'avait l'Empereur de le voir. Wagner dirigea ses regards sur Cosima et lui demanda s'il devait y aller.

« — Je crois que si tu t'excuses, cela suffira, lui répondit sa « femme.

« — Quand l'Empereur exprime un vœu, répliqua sèchement « l'aide de camp, ce vœu est un ordre. »

(( L'abbé Liszt s'interposa, et parvint à faire comprendre à son beau-fils qu'il était de toute convenance d'aller remercier l'Empereur. »

Je tiens d'un wagnériste français, en situation d'être bien renseigné, car il fut un intime du maître et de sa famille — je m'empresse de dire que ce n'est point M. Catulle Mendôs — la version exacte de cet incident.

C'est à deux reprises que le comte de Lehendorf fut expédié auprès de Wagner, car, la première fois, il avait essuyé de la part du musicien un refus absolument formel.

L'aide de camp de Sa Majesté ayant donc renouvelé l'impérial désir :

« ht es ein Befehl? Est-ce un ordre? » cria Wagner, et sur réponse affirmative, il ajouta du ton d'un homme qui a protesté tant qu'il a pu : « 5o, ich gehe », c'est-à-dire « puisqu'il en est ainsi, j'y vais, je me rends. »

Wagner était, au fond, un caractère indépendant, incapable de la plus petite courtisanerie vis-à-vis d'un souverain peu porté à apprécier son œuvre et son génie.

C'est ainsi qu'en plein dîner officiel, chez lui, devant le ministre de la Maison de l'empereur Guillaume et devant le roi de Bavière, les assistants ont pu l'entendre prononcer ces paroles caractéristiques et peu parlementaires, mais bien dans l'esprit de la

Langue allemande : « Les c.ochons couronnés qui ne s'intéressent point aux choses intellectuelles ne méritent point de vivre. » Roide, mais textuel.

On ne doit pas oublier, du reste, que Wagner en voulait tout particulièrement, non seulement à l'empereur Guillaume, souverain fort peu mélomane, du mépris dont il avait fait preuve à l'égard de ses productions musicales, mais encore à son père Frédéric-Guillaume IV qui lui, au contraire, montrait un goût éclairé pour les beaux-arts et avait appelé à Berlin, Meyerbeer et Mendelssohn(l). « Qu'il arrange ses opéras pour musique militaire? » avaient répondu monarque dilettante et monarque guerrier à toutes les demandes de protection.

L'Empereur d'Allemagne logé à « l'Ermitage » avait assisté à la première représentation de Bayreuth, ainsi que sa fille, admiratrice de Wagner, la grande-duchesse Louise de Bade. Le soir, une grande retraite aux flambeaux avait été organisée en l'honneur de Guillaume Ier aux accords de la Kaisermarsck, et de toutes parts il avait été, lui et les princes allemands, l'objet des acclamations les plus enthousiastes.

Il est permis de croire, comme on l'a dit et écrit sur tous les tons, que ces ovations finirent par agacer Wagner le véritable triomphateur du jour. D'où certaines pointes lancées contre le souverain qui lui prenait ainsi sa part de gloire, qui venait éclipser les rayons de son soleil. Quelques mots du musicien furent même colportés à ce propos dans les cercles intimes.

Tout naturellement, les journaux viennois abondèrent en articles ; voici un dialogue humoristique emprunté au Floh, et censé traduire une conversation tenue entre les deux personnages à la gare de Bayreuth.

L'empereur Guillaume. Je suis véritablement surpris de la bruyante réception qu'on m'avait préparée ici. Wagner. Moi aussi.

L'Empereur. D'autant plus que je ne suis, aujourd'hui, à Bay-

(1) Si les marches de Wagner figurèrent sans cesse dans les grandes fêtes officielles allemandes, du vivant de Guillaume, c'est à Mme de Schleinitz qu'il faut attribuer leur introduction.

reuth, qu'un simple particulier et que l'intérêt capital, c'est vous. Wagner. Je le crois bien.

L'Empereur. Quoique admirateur de votre Muse, si j'avais su cela je serais resté chez moi.

Wagner. Je n'ai point appelé Votre Majesté.

E Empereur . Je pense, cependant, que vous m'avez envoyé une invitation.

Wagner. Non, sire ! Pure affaire de forme. Vous avez acheté des parts de fondateur (ï) et avec cela... Maintenant la fête est gâtée pour moi.

L'Empereur. Je suis au regret vraiment si je vous cause quelque ennui.

Wagner. Cela me sert à grand'chose maintenant. Le public (criant). Vive l'Empereur !

Wagner. Tenez, écoutez cette misérable populace. Le public. Hoch ! qu'il vive !

Wagner. Crevez donc, vieux chiffons !

E Empereur. Asseyons-nous dans la voiture; je vais me mettre complètement dans le fond, de façon que personne ne puisse me voir.

Wagner. C'est ce que je voulais vous conseiller. Et vous, empereur du Brésil, dites à votre femme qu'elle ne soit pas tout le temps à remercier ainsi. Ce n'est point à elle que les saluts s'adressent. Vous, grand-duc d'Oldenburg, enlevez donc l'immense panache qui flotte sur votre sacré chapeau. Pourquoi montrer avec autant d'ostentation que, vous aussi, vous êtes quelque chose. Et vous enfin, comtesse Donhoff, parle diable ! quand on a aussi joli visage, on se met un voile. 11 ne faut pas attirer à soi tous les regards.

Le public. Vive l'Empereur ! Vive l'Empereur'.

Wagner. Que Wotan te frappe de son tonnerre ! ramassis de coquins, maudite populace.

L'Empereur qui, avec le Kronprinz, avait déjà assisté à Berlin à la répétition générale de Tristan et Iseult (17 mars 1876), l'Empereur qui, suivant l'expression de M. Tissot, avait consenti à « venir bâiller à Bayreuth », fut, paraît-il, assez froissé de la façon dont Wagner avait répondu aux avances qu'il considé-

(1) Un journal spécial, la Didaskalia, supplément littéraire du Frank furter- Journal de Francfort, a donné le 12 août 1876 le nombre des places qu'avait fait retenir l'Empereur d'Allemagne.

rait comme un honneur. Aussi, en mai 1881, alors que le compositeur vint à Berlin pour assister aux représentations de Rheingold, Wagner qui recevait partout les ovations les plus enthousiastes, qui, à Berlin, du reste, fut acclamé par le public et l'orchestre, ne reçut de la Cour aucune invitation officielle. Le bruit courut même que le prince héritier n'avait pas voulu avoir avec lui un entretien dans la loge impériale, le soir de la première : ce qui est certain c'est que, seul, le directeur Angelo Neumann fut appelé et félicité par le Kronprinz (1).

(1) Le Kronprinz assista cependant de nouveau aux représentations de Bayreuth, en 1882.

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