II. Aus Unserer Wigalawaja Mappe
De nos cartons wigalawajesques.
— Ich bin mit Ihrer Haltung im Ganzcn zufrieden, lieber alterWilhelm. Sie kOnnen Augusta schreiben, dass Wœrth, Gravelotte, Metz und Sedan gegen die vier Siège in Baireuth das reine Potsdamer Manover waren. Gehen Sie nur ruhig nach Hause, mein rother Rheingoldorden wird Ihnen nachgeschickt.
Wagner à Guillaume. — Je suis à tout prendre satisfait de votre attitude, cher et vieux Guillaume. Vous pouvez écrire à Augusta queWœrth, Gravelotte, Metz et Sedan, en présence des quatre victoires de Bayreuth ne furent que pures manœuvres de Potsdam (c'est-à-dire des manœuvres de parade). Retournez en paix chez vous; mon ordre de l'Or du Rhin rouge vous sera remis.
[Die Bombe, août 18TG.)
Il n'est pas besoin de faire ressortir le sens satirique de ces légendes. Personne n'a oublié les « classiques » dépêches de Guillaume à Augusta durant la campagne de France, et tout le monde sait que, pendant la « semaine sainte de Bayreuth », c'est-à-dire lors des quatre soirées d'inauguration (1), Wagner fut littéralement bombardé de dépêches et de lettres de félicitations lui arrivant de tous les points du globe. D'autre part, Wagner avait reçu la décoration prussienne de l'« Aigle Rouge » après son Rienzi; c'est pourquoi, à son tour, sous la plume du satirique viennois, il se montre si généreux à l'égard du souverain allemand.
Mais ce que personne ne comprendra; ce qui est fort difficile,
(1) V Anneau du Niebelung, festival dramatique en trois soirées et un prologue.
pour ne pas dire impossible à traduire et à expliquer, c'est le titre même de cette estampe « Wigalawaja ».
Or ce nom à consonnance sauvage n'est pas autre chose qu'une simple onomatopée, le cri figurant dans les quatre premiers vers du Rheingoid et que Victor Wilcler, le traducteur français, n'a pas pu traduire, pas plus qu'on n'a pu rendre le cri non moins sauvage de la Watkyrie, « Hojotoho ».
Mais de ce « Wigalawaja » les Viennois ont fait une sorte de cri d'orgueil et de triomphe dont ils se sont servis à l'égard de Wagner et des choses wagnériennes : il y eut des annonces, des soirées, des festivals wigalawajiens; la caricature, comme on vient de le voir, s'en empara.
Le qualificatif « wigalawajesque » devint le comble de l'orgueil, de la contemplation du moi : il y eut des gens « wigala », d'autres « wigalawaja » et, au sommet, le saint Maître bayreuthien « Richard l'unique », planant sur l'univers entier.
Devant le vainqueur de Bayreuth inclinez-vous, grands de la terre! Ce n'est plus : cédant arma togœ, mais bien cédant arma musiquœ : telle est, du moins, la pensée ici exprimée par le crayon.
Et, pour finir, un bon mot :
— Rheingoid, parait-il, a plu beaucoup à l'empereur allemand.
— Seingold (littéralement : son or, mais le jeu de mots porte sur l'or de la Seine) lui fut encore plus cher.
Hélas !