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WAGNER ET LES JUIFS

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Au «judaïsme dans la musique »

a plu tout particulièrement l'appréciation suivante sur la nouvell e œuvre do Wagner : « Ce fut un vrai cri de douleur. »

(Kikeriki, 13 août 1882.)

* Cette légende contient un jeu de mots sur l'expression consacrée Festwcihspiel. On a changé la syllabe « Weih » en « Waih », terme employé par les Israélites pour exprimer une vive douleur, et provenant du latin Va? (victis).

« Das Judenthum in der Musik », c'est le titre même du factum publié par Wagner en 1852, dans lequel Meyerbeer, Mendelssohn, Halévy, sont particulièrement maltraités et dans lequel le créateur du drame chanté déclare « qu'un juif ne saurait être un peintre, un sculpteur, un poète, un musicien, un comédien, un artiste de talent », affirmation quelque peu hasardée et notoirement fausse pour certaines des branches ici citées, puisque les Israélites ont, au contraire, des dispositions naturelles et tout à fait spéciales pour le théâtre et la musique.

J'ai dit, plus haut, qu'on s'était quelquefois amusé à faire de Wagner le plus pur profil judaïque qui se puisse rencontrer; par contre, les juifs apparaissent sans cesse dans les caricatures de théâtre destinées à représenter les actualités wagnériennes.

Et, sans cesse aussi, ce sont des dialogues dans l'esprit du suivant publié par le Figaro de Vienne :

Deux juifs à Bayreuth, se présentant auprès de l'intendant du théâtre :

« — Ne pourrions-nous pas avoir des entrées, Monsieur le directeur, nous sommes des connaissances intimes de M. Richard Wagner.

« — Vos noms, Messieurs.

« — Les noms importent peu. M. Wagner a écrit toute une brochure sur nous, il nous connaît. »

A son apparition, la plaquette de Wagner (réimpression d'articles publiés dans un journal de musique en 1850) fit peu de bruit. L'époque n'était pas à ces sortes de discussions, et la question juive n'avait pas pris l'importance qu'elle a, depuis, revêtue.

En 1869, une seconde édition, avec lettre préface à la comtesse de Nesselrode (1), ne souleva pas encore de bien vives polémiques; cependant plusieurs brochures parurent déjà en réponse à la thèse soutenue par le maestro et la presse israélite commença à mener campagne contre lui.

Depuis lors, le « Judenthum », soit la puissance juive, a soulevé partout de violentes polémiques, ici au point de vue social et économique, là au point de vue littéraire, artistique, musical. Wagner dans sa lutte, s'il a ameuté contre lui beaucoup d'ennemis, s'est également créé nombre de partisans. La littérature antisémitique d'outre-Rhin voit en lui son Drumont et tous les ouvrages qui se publient dans cet esprit ne manquent jamais de donner son portrait et sa biographie (voir notamment Skizzenbuch der Wahrheit, 1880 — Der Talmud oder die Sittenlehre des Judenthums, 1880).

(1) Ceux que ces articles pourraient intéresser en trouveront une traduction dans la France musicale (avril et mai 1869).

Nicht durcli thierfreundliche Broscliiïren, sondern auf andere Art konnte der grosse Meister segenbringend gegen jene Thierschinderei wirken ; er braucht nàmlich blos vor den Vivisektionslokalen einige seiner Opcrnnummern aufzufùhren und die vivisektions-Studien werden sogleich beendet sein.

Non point avec des brochures en faveur des animaux, mais bien tout autrement, le grand Maître pourrait prêter son précieux concours contre les vexations que l'on fait subir aux bêtes ; il lui suffirait notamment d'exécuter devant les salles affectées à la vivisection quelques-uns de ses morceaux d'opéras, et les études vivisectionnelles seraient tout aussitôt abandonnées.

(Kikeriki de Vienne, 9 novembre 1879.)

Caricature publiée à propos de la brochure que Wagner venait de faire paraître contre la vivisection (1), ainsi que le rappelle le dialogue suivant, entre deux antiwagnériens, également emprunté au Kikeriki :

« — Un homme inouï, ce Wagner. Je suis absolument sous le charme de sa personne.

« — Tiens ! Que signifie pareil changement.

« — Pour me demander cela vous ne connaissez certainement pas sa nouvelle œuvre.

« — Quoi ! Elle serait sans dissonnances !

(1) Wagner était membre de la Société antivivisectionniste allemande. Ajoutons qu'il aimait passionnément les animaux et avait voué un culte tout particulier à son chien Russ, pour lequel il composa une épitaphe très caractéristique. Lorsqu'on le lui tua méchamment, il l'ensevelit à côté de la place où devait, par la suite, s'élever son tombeau.

« — Rien que des cris qui partent du cœur.

« — De Richard Wagner! Cela n'est pas croyable. Et comment est-il intitulé cet opéra?

<( — Ce n'est pas un opéra, mais bien une brochure contre la vivisection. »

Richard Wagner im Himmel.

Qu'il fasse soleil ou qu'il pleuve, aujourd'hui grand spectacle consacré : Trilogie de Richard Wagner.

Voilà ce que nous apprend l'affiche.

(Der Floh, 25 février 1883.)

Et d'autre part, d'après notre dessinateur, voici l'emploi des journées de "Wagner au Paradis.

1. Un orchestre d'anges-souffleurs pour instruments à vent est bien vite équipé de bombardons.

2. Beethoven et Mozart apprennent ici l'harmonie à l'école de Richard Wagner.

3. Jacques Offenbach, le très fortement enrhumé, est, pour la seconde fois, embroché.

4. Pour être agréable au Maître, les gentils séraphins portent également culottes de soie.

5. Au Paradis, lieu de la sagesse, chaque jour il y a place pour une représentation.

6. Et finalement — une telle récompense lui était bien due — Wagner est assis sur le trône du Dieu Wotan.

Comme on le voit, ce sont toujours à peu près les mêmes attaques et les mêmes ridicules visés.

Je ne retiendrai donc ici que ce qui a trait à Offenbach, si gaillardement embroché par le Maître de la « musique de l'Avenir » et rôtissant à un feu dont l'Amour entretient l'ardeur. Il est cuit au feu divin auquel Prométhée se brûla les doigts.

Wagner et Offenbach ne s'aimaient point, peut-être parce que tous deux avaient comme caractère, beaucoup de similitude. Wagner a écrit sur Offenbach et l'a traité de « pitre de la musique ». Offenbach s'est, à plusieurs reprises, exprimé d'une façon peu sympathique sur Wagner. On trouvera notamment dans Paris-Murcie (décembre 1879), publication bien oubliée aujourd'hui, un article où il l'appelle la « tête de Méduse » qui paralyse les jeunes compositeurs français et où il lui refuse la qualité de chef d'école. Précédemment, Offenbach avait fait la musique du Carnaval des Revues (1860), vaudeville qui contient toute une scène comique sur Wagner.

D'autre part, en 1871, alors que la paix venait d'être signée, parut à Altona un assez curieux pamphlet « Richard Wagner und Offenbach ». L'auteur anonyme ajoutait : « Un mot sous le harnais, par un ami de la musique. »

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